Une épée de Damoclès au-dessus d'Haïti

Le médecin haïtien Jean-Jacques Carré.... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le médecin haïtien Jean-Jacques Carré.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le médecin Jean-Jacques Carré, qui cumule les allers-retours entre sa famille qui habite Trois-Rivières et la clinique médicale où il oeuvre dans la capitale haïtienne, jette un regard réaliste, pour ne pas dire pessimiste, sur les cinq années qui se sont écoulées depuis le tristement célèbre tremblement de terre de 2010.

Rejoint par téléphone à Port-au- Prince, M. Carré souligne à grands traits que la situation économique de son pays d'origine est au plus bas et que, nonobstant leur légendaire résilience, les Haïtiens vivent avec une épée de Damoclès accrochée au-dessus de leur tête.

Lorsqu'on l'interroge sur l'état de la situation actuelle en Haïti, M. Carré cherche mais ne trouve guère de quoi se réjouir. À ses yeux, l'économie haïtienne, qui traînait de la patte avant 2010, ne s'est pas encore remise sur pied, conséquence inhérente au séisme qui a réduit en poussière les principaux leviers économiques qui tenaient Haïti à bout de bras.

«Les infrastructures qui existaient auparavant n'ont pas été beaucoup remplacées. En terme de démolition de buildings endommagés et de débris, on a pu enlever tout ça, mais en termes de reconstruction, il n'y a pas beaucoup de progrès depuis 2010. Sinon, la vie économique a repris un peu dans le pays, tranquillement», remarque-t-il.

Du même souffle, le médecin souligne que le coût de la vie est maintenant inabordable en Haïti, ce qui mine le moral de la population. «La vie en Haïti, comparée avec ce qu'elle était avant le séisme, c'est sûr que ce n'est plus la même chose. L'inflation est galopante, le coût de la vie excessif.» La gourde, monnaie nationale haïtienne, a chuté à 39 pour un dollar canadien, en baisse quasi constante depuis 2013.

Malgré la résilience qui honore les Haïtiens depuis des décennies, l'optimisme de la population n'est pas au beau fixe. Selon les observations de M. Carré, qui rappelle n'être ni psychologue, ni psychiatre, l'économie en berne «a un impact direct sur le moral de la population. Actuellement les gens n'ont pas de pouvoir d'achat, donc ce n'est pas facile. Les Haïtiens sont pris dans une spirale économique.»

Alors que les commémorations du cinquième anniversaire du séisme battent leur plein, les Haïtiens n'ont donc pas la tête à la fête, plutôt le coeur en deuil. Et l'inquiétude est devenue leur pain quotidien. «Le temps a peut-être guéri certaines blessures, mais on vit dans l'attente du prochain séisme. Nous avons des rendez-vous annuels avec les catastrophes, cyclone, tremblement de terre, inondation, dépréciation économique. Comme Haïti est au carrefour de trois ou quatre failles sismiques, on se prépare au pire», rappelle M. Carré.

En effet, selon le bureau des Mines et de l'Énergie d'Haïti, «il y aura des séismes majeurs dans le futur à l'échelle de quelques dizaines ou de la centaine d'années: c'est une évidence scientifique».

«Il y a une épée de Damoclès sur nos têtes et les gens vivent avec. On fait ce qu'on peut», conclut le médecin haïtien, non sans rappeler que l'aide financière saupoudrée par la communauté internationale depuis cinq ans n'a pas permis de récolter les fruits escomptés.

«L'aide a été un pansement sur un bobo, mais on ne s'est jamais attaqué au problème de fond», se désole-t-il.

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