Unis contre la terreur

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Des millions de citoyens ont manifesté pour dénoncer les attentats à Paris.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ils étaient près de 1,5 million de personnes à marcher dans les rues de la Ville lumière, dimanche, plus de 3,7 millions dans toute la France pour crier haut et fort, dans un silence assourdissant, leur amour inconditionnel de la liberté d'expression à la suite de l'attentat perpétré dans les bureaux de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

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Une cinquantaine de dignitaires et chefs de gouvernement ont répondu présent à l'appel du président français, François Hollande, en ouvrant la marche de solidarité à Paris, suivis par près de 1,5 million de citoyens. 

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Parmi une cinquantaine de dignitaires et chefs de gouvernement, dont le ministre de la Sécurité publique du Canada Steven Blaney, des Trifluviens d'origine ont mis leurs pieds dans ces pas en joie pour dire: «Charlie c'est moi».«La foule chantait parfois La Marseillaise, parfois elle scandait «Charlie!» ou «Pour la liberté d'expression!», mais en général, c'était surprenant de silence, les gens discutant calmement entre eux», raconte la philosophe et poète trifluvienne Marjolaine Deschênes. «Familles et enfants étaient de la partie. Plusieurs portaient un crayon haut levé, ou dans leurs cheveux.»

C'est donc dans un calme serein que les manifestants sont partis de la place de la République pour se rassembler à la place de la Nation, empruntant une artère au nom prédestiné, le boulevard Voltaire, philosophe français considéré par plusieurs comme le père de la tolérance et du verbe satirique.

Le cortège faisait plus de 3 km de long, sans compter les rues avoisinantes où refoulaient les badauds. Trois heures après le départ officiel de la marche, vers 18 h, des manifestants continuaient d'affluer lentement.

Exceptionnellement, les transports en commun étaient proposés gratuitement pour faciliter les déplacements, bien que certaines stations de métro aient été fermées par mesure de sécurité.

Une foule compacte que Mme Deschênes a pu franchir non sans difficultés.

«Les rues étaient tellement bondées que la marche était extrêmement lente, voire en arrêt, très souvent. Les gens étaient on ne peut plus calmes. Au rythme de la marche et avec la congestion des rues, il était très compliqué de se rendre à place de la République. À mon retour, le [train] était tellement bondé que j'étais compressée contre au moins cinq personnes en même temps. Les gens blaguaient sur cette proximité extrême; ils étaient détendus, voire assez contents d'être en sardines pour la tolérance et contre la violence», explique Mme Deschênes.

Les imposantes mesures de sécurité déployées pour l'occasion étaient bien visibles. Outre les tireurs d'élite et les agents en civil escortant les politiciens, des policiers sécurisaient un large périmètre, présents à tous les coins de rue, bloquant le passage, détournant autant les passants souhaitant rentrer chez eux que les manifestants qui cherchaient à rejoindre le cortège.

L'artiste trifluvien de renommée internationale Guy Langevin était présent place de la Nation et a constaté de visu l'attachement nouveau des Français pour les forces de l'ordre. «La foule signalait son affection aux services de police de toutes sortes. On le sait, les CRS n'ont habituellement pas la cote auprès du public français, mais aujourd'hui, ils étaient carrément les vedettes du show. Il faut dire que la population a pu, au cours des derniers jours, réaliser combien ce métier pouvait parfois être périlleux. Ce sont peut-être, dans l'immédiat, ceux qui sortent les plus grandis dans l'opinion publique dans cette suite d'événements.»

Des messages d'espoir

Aux maintenant habituelles affiches arborant «Je suis Charlie s'ajoutaient hier «Je suis flic; je suis Juif; je suis la France», en hommage aux victimes diverses. C'est ce qu'on pouvait lire notamment sur le carton que brandissait Josiane Fitoussi, Parisienne. «C'est important d'être ici, a-t-elle souligné. Pour la liberté d'expression. Et pour dire non à la barbarie.» «Je manifeste contre l'obscurantisme, l'ignorance et le fanatisme, a renchéri Martine, 57 ans, fonctionnaire habitant elle aussi la capitale. Je suis heureuse qu'il y ait autant de monde. Je trouve ça émouvant.»

Dans cette foule dense de solidarité, M. Langevin a perçu l'unité de la France face à l'inacceptable.

«Le rassemblement d'aujourd'hui a permis à tous d'exprimer leur dégoût d'une violence gratuite et inutile. Quand je dis tous, je veux dires les jeunes, les vieux, les blancs, les noirs, les beurs, les catholiques, les juifs, les musulmans. Car il faut bien le dire, les musulmans se sentent directement touchés et salis par les gestes de ''fous de dieu'' comme ceux qui ont été perpétrés.»

«J'ai marché aujourd'hui pour partager mon dégoût de la violence et du jeu de la terreur. Pour dire mon désir, partagé, de tolérance. Cela, même si une bande de politiciens marchaient aussi - peut-être à des fins plus ou moins nobles», ajoute Mme Deschênes.

Des Français fiers

À plusieurs reprises, dans différentes parties du cortège, les marcheurs se sont mis spontanément à entonner l'hymne national français. Des milliers de personnes chantant d'une même voix, à travers les drapeaux français et européens qui flottaient dans le ciel nuageux du mois de janvier. «Je suis fier d'être Français, a dit Romain Jugé, 17 ans, voyant toute cette foule réunie. C'est important de montrer qu'on ne se laissera pas marcher dessus par quelques individus extrémistes endoctrinés par une doctrine qui n'est pas la nôtre.»

«Les Français ont démontré qu'ils veulent organiser une vie commune et offrir une société ouverte à tous et surtout, une société où émettre une idée, une opinion, une position ne doit pas nous attirer la mort», conclut M. Langevin.

En collaboration avec La Presse et AFP

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