France: «On se demande comment c'est possible»

Trois Trifluviennes d'origine actuellement en France ont vécu... (AFP)

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Trois Trifluviennes d'origine actuellement en France ont vécu les moments sombres des derniers jours qui ont suivi l'attentat au Charlie Hebdo.

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(Trois-Rivières) La France a connu vendredi une troisième journée sombre marquée par la violence. Alors que les autorités encerclaient les auteurs de l'attentat de Charlie Hebdo qui a fait douze morts mercredi ainsi que l'auteur de la fusillade du lendemain à Montrouge qui a coûté la vie à une jeune policière, plusieurs Français vivaient dans l'insécurité et la peur. Trois Trifluviennes actuellement en France témoignent de ces moments bouleversants.

Nathalie Lesage est une Trifluvienne d'origine qui habite maintenant à Paris, dans le 20e arrondissement. Sa résidence n'est qu'à un kilomètre des locaux de Charlie Hebdo.  

Après trois jours marqués par des événements violents, elle affirme que le climat était vendredi soir «au recueillement, au questionnement, à la tristesse et à la désolation». 

«On se demande comment c'est possible, pourquoi c'est arrivé. Aurait-on pu l'éviter? Il y a à la fois un soupir de soulagement que ça se termine, mais il y a également une cicatrice qui restera à jamais dans le coeur de tout le monde ici, de par la violence de l'attaque, la situation exceptionnelle des derniers jours, la peur, le deuil de personnes très respectées tuées et du symbole de la liberté qui a été attaqué», témoigne Nathalie Lesage. 

Touchée par les événements violents qui ont secoué la France cette semaine, Nathalie Lesage était aux côtés de milliers de Français mercredi et jeudi à la place de la République. Elle sera de plus de la marche silencieuse de demain, à Paris.

«J'ai toujours dit que la France était aussi belle que laide. Les derniers événements l'illustrent. Dans toute cette violence, un grand sentiment de cohésion et de désir de paix s'est installé», précise-t-elle. «Les rassemblements se font dans la paix, mais cela n'empêche pas que tous resteront sur leurs gardes un peu plus encore et que les choses changeront. Il y a l'avant et l'après.»

L'inquiétude a gagné toute la France

Caroline Dufour, cette étudiante en biologie médicale à l'Université du Québec à Trois-Rivières qui poursuit actuellement un stage dans un laboratoire à Strasbourg, explique que la peur a submergé toute la France vendredi, alors que deux prises d'otages avaient lieu simultanément. Lorsque la Trifluvienne s'est présentée au laboratoire en matinée, une affiche avait été apposée sur l'immeuble décrétant «l'alerte vigipirate» (le plan français de lutte au terrorisme).

«Déjà, ça donnait un ton étrange à la journée», avoue l'étudiante de l'UQTR.

«Quand on a su pour la première prise d'otage, nous sommes restés aux aguets pour savoir la suite des événements. Quand j'ai annoncé à mes collègues pour la deuxième prise d'otages, j'ai vu de la consternation et de la colère. Et aussi de l'impuissance. On se demandait quand ça allait arrêter, parce que ça devenait irréel», ajoute Caroline Dufour. Ses collègues français et elle acceptaient difficilement que la fusillade de jeudi, qui a coûté la vie à une policière, avait un lien avec l'attentat de Charlie Hebdo ainsi que les prises d'otages. «Ce n'était pas évident à avaler.» 

En début de soirée, la nouvelle tombe que les deux prises d'otages sont terminées. Les trois ravisseurs, les deux auteurs de l'attentat ainsi que le responsable de la fusillade de jeudi à Montrouge avaient été neutralisés, entraînant un soulagement au sein de la population mais aussi un sentiment d'inquiétude. 

«On se doutait bien que ça allait se terminer aujourd'hui, compte tenu des circonstances, mais nous appréhendions l'ampleur des dégâts avec les morts et les blessés», précise l'étudiante de l'UQTR. 

Les inquiétudes étaient fondées. Quelques heures plus tard, on apprenait que quatre otages avaient été tués lors de la prise d'otages au super-marché juif de la capitale.  

Plusieurs Français vivent, selon Caroline Dufour, dans la peur, après trois jours très éprouvants. Est-ce que les actes terroristes sont terminés? Ou est-ce le début d'une suite d'événements violents?

«Il y a du soulagement pour l'instant, mais on se demande si c'est pas simplement le début de quelque chose. Une amie près de Paris devait prendre le train pour se rendre à Paris en fin d'après-midi, mais elle avait peur», témoigne l'étudiante qui n'accepte pas, de son côté, de succomber à la peur. 

«Je ne peux pas dire que ça ne m'a rien fait. Trois jours de terreur, deux fusillades au AK-47 qui sont finalement reliées et des otages... ça finit que tu te demandes ce qui peut arriver.»

Le risque d'instrumentalisation politique

Selon Marjolaine Deschênes, une chargée de cours en philosophie à l'UQTR présentement à Paris pour poursuivre des études postdoctorales, «certains chercheurs, écrivains et intellectuels craignent que l'émotion collective générée par les événements soit vite instrumentalisée sur le plan politique, par sorte d'amalgame médiatique».

La chercheuse et auteure souligne de plus que des intellectuels s'interrogent sur la liberté d'expression et de création «devant le fait que l'écrivain Michel Houellebecq retarde la promotion de son roman Soumission, qui met en scène une France démocratiquement devenue musulmane en 2022».

La Trifluvienne participera également à la marche de demain prévue à Paris. «Je ne lisais ni ne suivais Charlie, ce n'est pas mon genre d'humour, mais je marcherai dimanche pour la tolérance et contre la violence, quelle qu'elle soit.»

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