«Ça fait peur»: Djemila Benhabib dénonce l'intégrisme religieux

Djemila Benhabib a perdu des amis dans les... (Sylvain Mayer)

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Djemila Benhabib a perdu des amis dans les attentats de Paris.

Sylvain Mayer

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(Trois-Rivières) «Ce n'est pas seulement une attaque contre la liberté d'expression, c'est aussi une attaque contre la démocratie. On a touché aujourd'hui [mercredi] le coeur des Français», a souligné de Paris l'auteure québécoise Djemila Benhabib qui continue malgré tout de dénoncer l'intégrisme et l'obscurantisme religieux.

L'ancienne candidate péquiste dans Trois-Rivières lors des élections de 2012 est intimement liée à l'attentat de Paris. Elle connaissait personnellement le caricaturiste Charb, Stéphane Charbonnier, ainsi que quelques journalistes de Charlie Hebdo qui ont été assassinés froidement sur leur lieu de travail. En visite à Paris chez des membres de la famille, elle avoue avoir été «tétanisée» en apprenant la terrible nouvelle.  

«Je savais que la vie de Charb était en danger et que Charlie Hebdo était ciblé, mais un attentat d'une telle ampleur qui défigure une rédaction et qui ampute ses membres, je ne m'y attendais pas. Je ne pouvais imaginer cela», souligne-t-elle au bout du fil troublée par les événements. «C'est terrible ce qui vient de se produire.»

«C'est dire l'état de choc dans laquelle je suis. Je réalise que la démocratie est fragile et que la liberté d'expression l'est autant. Nous avons affaire à des professionnels de la guerre qui ont frappé au coeur même de la capitale parisienne avec une telle facilité. Ils ont assassiné froidement les membres de Charlie Hebdo avant de prendre la fuite dans les rues de Paris alors qu'il y avait beaucoup de bouchons de circulation. Ça fait peur!»

Djemila Benhabib a reçu en 2012 le prix international de la laïcité du Comité laïcité République des mains de Charb lui-même, alors escorté par quatre policiers pour assurer sa sécurité. Un souvenir qui a profondément marqué l'auteure québécoise. Quelques heures après son assassinat, elle se souvient d'un homme de principes «extrêmement courageux» qui n'a pas eu peur d'affirmer ses convictions.  

«Chaque personne du Charlie Hebdo courait des risques incalculables et elle exerçait son métier dans la plus grande discrétion, car elle savait qu'à tout moment, on pouvait les frapper, on pouvait les atteindre. Ces hommes avaient des principes. Ils étaient des résistants», estime Mme Benhabib. 

À l'instar de milliers de Français, Djemila Benhabib est descendue dans la rue mercredi soir pour dénoncer l'attentat, mais aussi pour manifester sa solidarité à l'égard des victimes. «Au-delà de la partisanerie et des partis politiques, les gens se sont naturellement dirigés vers différentes places. J'étais à la place de la République. Et elle était noire de monde. Il y avait des gens de toutes les générations. Les gens étaient ébranlés, mais ils voulaient faire passer le message comme quoi la France était debout», témoigne-t-elle.

La caricature religieuse est un des fondements de la république française. Déjà à l'heure de la Révolution, les dessins dénonçant le pouvoir étatique et religieux circulaient abondamment. Ces caricatures ont même été un vecteur important des idées révolutionnaires, rappelle l'auteure. «La France est un des rares pays dans le monde où on peut rire des religions. Et on trouve ça absolument normal. Il faut désacraliser les religions.»

«Charlie Hebdo sont les héritiers de la Révolution française qui a fait péter plusieurs verrous. Mais apparemment, il en demeure un. C'est la critique de l'Islam», a ajouté Mme Benhabib.  

L'auteure de Ma vie à contre-Coran et de Les Soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident n'est pas surprise que les présumés auteurs de l'attentat sont des Français de confession musulmane.  

«La démocratie est atteinte d'un mal. Il est en nous. Ce mal est l'Islam politique qui a aujourd'hui déclaré la guerre à une simple rédaction. On a retourné des fusils d'assaut contre des plumes, contre des dessinateurs. C'est totalement insensé. Le message est clair. On ne veut plus de paroles libres, de personnes qui réfléchissent, de personnes qui rient. On veut des gens totalement déshumanisés qui ne croient qu'à des dogmes absolument terrifiants. Il faut critiquer les religions.»

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