Lieux de culte: «Occupez-vous de vos affaires!»

Jean-François Royal, d-g. du Musée des religions du... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Jean-François Royal, d-g. du Musée des religions du monde de Nicolet et président du Conseil du patrimoine religieux du Québec.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Nicolet) «Occupez-vous de vos affaires!» C'est par ces mots qu'on pourrait résumer plus d'une heure d'entretien du Nouvelliste avec Jean-Fançois Royal, président du Conseil du patrimoine religieux du Québec. Oui, le même Jean-François Royal (JFB), directeur général du Musée des religions du monde de Nicolet. Lorsqu'il dit de vous «occuper de vos affaires», il ne faut pas le prendre comme une injonction impolie, mais plutôt comme un bon conseil. Vous voulez sauver votre église, un couvent, un cimetière? Hé bien occupez-vous en! D'autres le font et très bien. Car il en va pour le patrimoine religieux comme pour tout autre dossier qui nécessite des fonds publics: un peu de lobbying ne fait pas de tort.

N - Sérieusement, il faut faire du lobbying?

JFR - C'est comme dans n'importe quoi. Inévitablement. C'est sûr qu'il revient aux évêques de décider quelle église fermer. Mais c'est la table de concertation régionale qui fait des recommandations au Conseil du patrimoine religieux pour des subventions. C'est elle qui arrive avec une liste d'épicerie. Alors, quand des gens nous appellent pour se plaindre que leur église n'est jamais priorisée, on leur dit d'embarquer sur leur table régionale.

N - C'est le conseil que vous donneriez à une présidente de fabrique aux prises avec un gros problème de restauration d'église?

JFR - Oui. Il faut être là pour faire valoir ses points. Je lui dirais de se tenir au courant de ce que fait le CPR, d'appeler régulièrement pour avoir des conseils car nous avons une équipe technique sur place. C'est aussi un moyen de savoir vers où s'en vont les priorités. La table régionale est un groupe qui est en lien avec toutes les fabriques. Minimalement, un président de fabrique doit avoir des contacts avec ce groupe pour le carnet de santé de son église.

N - Vous affirmez aussi que le problème des églises n'est pas seulement le problème des fabriques.

JFR - Tout à fait. Il va falloir que tout le monde mette l'épaule à la roue et surtout, qu'un jour, on réussisse à sortir la religion de ce débat-là pour le traiter vraiment d'un point de vue historique, architectural et patrimonial. Il faut arrêter de jouer aux hypocrites et se dire: c'est là, on l'assume, ça fait partie de nous autres et on décide de le sauvegarder.

N - Sommes-nous en retard dans la sauvegarde de notre patrimoine religieux?

JFR - En retard? En fait, je pense qu'on est mélangé. Surtout avec le débat que nous avons eu l'an passé sur la laïcité de l'État et la charte des valeurs. Comment justifier qu'on reconnaisse l'importance patrimoniale des communautés religieuses dans le développement du Québec et en même temps prôner une plus grande laïcité de l'État? En fait, on pourrait très bien reconnaître que la société actuelle du Québec est basée sur la religion et l'enseignement reçu de ces communautés religieuses. Ça n'empêche pas de reconnaître qu'aujourd'hui on vit dans un État laïc. Et, ce serait bien de le faire avant que les communautés religieuses disparaissent complètement.

N - Vous ne pensez-pas qu'avec la création du CPR, l'État a fait son lit? Ce n'est pas suffisant?

JFR - Je dois répondre comme président et comme citoyen.... qui lui pense autre chose. Le gouvernement a fait un certain choix, dans la mesure où il a mis de l'argent et permis que des restaurations se fassent. En même temps, il s'est sorti du dossier, puisque c'est un tiers qui gère le fonds du CPR. Cela permet d'éviter de l'ingérence politique. Par contre, on n'a encore qu'une Loi sur le patrimoine culturel... pas religieux. C'est pour ça que tout le monde se renvoie la balle.

N - Justement, vous prétendez que les évêques ne vous aident pas vraiment.

JFR - Il y a le discours de l'évêque de Trois-Rivières, et pas seulement lui, qui dit qu'il veut plutôt investir dans le message évangélique et non le bâtiment. Je comprends, mais nous, c'est l'histoire qu'on préserve, la symbolique du lieu, son poids dans notre histoire.

N - Dans votre récent communiqué, vous souhaiteriez plus de planification dans la fermeture des églises.

JFR - Oui. Les évêques sont parfaitement au courant selon nous de ce qui s'en vient dans les prochaines années. Ils connaissent aussi les projets de fusion de paroisses. Ils ont déjà fait des choix.

N - Mais ne vous les communiquent pas?

JFR - Ils ne le communiquent à personne. Pourquoi? Espèrent-ils un renouveau? Nous on dit: pourrait-on planifier un développement stratégique des églises au Québec? Les évêques de Nicolet et de Trois-Rivières sont au courant des tendances lourdes, des secteurs plus problématiques à Trois-Rivières comme à Drummondville. Il y aura un surplus d'églises. Si on savait quelles églises seront fermées dans quelques années, il pourrait y avoir des gens qui s'organisent immédiatement pour leur trouver une autre vocation, des partenaires, etc. Il y a de beaux exemples comme l'orchestre symphonique de Lévis installé dans une église. Peut-être que l'orchestre symphonique de Trois-Rivières serait aussi intéressé à avoir sa maison.

N - En terminant, diriez-vous que Trois-Rivières a un bon comportement envers son patrimoine religieux?

JFR - Oh oui! On le voit avec l'église St-James. En même temps, une ville a ses limites et ne peut tout prendre. Je comprends les maires. Ce n'est pas qu'aux villes à s'occuper de ça.

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