Lieux de culte: «Nous sommes rendus à un tournant»

Pierre Bacon, vice-président de la table régionale du... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Pierre Bacon, vice-président de la table régionale du Conseil du patrimoine religieux, où il représente l'évêché.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

Le Nouvelliste (N) a rencontré Pierre Bacon, vice-président de la Table régionale de la Mauricie-Centre-du-Québec du patrimoine religieux, l'instance où sont d'abord acheminées les demandes d'aide financière des fabriques, pour poursuivre la conversation amorcée avec Jean-François Royal (JFR) , président du Conseil du patrimoine religieux du Québec, sur l'état du patrimoine religieux dans la région. Jasmine Johnson (JJ), responsable des communications à l'évêché, a aussi participé aux échanges.

N - M. Bacon quel est l'état des lieux?

PB - Je pense qu'on est rendu à un tournant compte tenu du fardeau financier que représente les églises et leur caractère patrimonial. C'est un beau patrimoine que nous avons dans le diocèse de Trois-Rivières. Plusieurs de ces églises sont de très vieilles bâtisses et demandent beaucoup d'entretien. Ce patrimoine a été amené jusqu'à aujourd'hui dans un état assez intéressant. Disons qu'il est correct mais qu'il ne s'améliore pas.

N - Comment approche-t-on ce problème en Mauricie?

PB - Dans le diocèse de Trois-Rivières, nous avons une approche spécifique face au patrimoine religieux, et ce, depuis la fermeture de l'église Saint-Philippe. À l'époque, Mgr Martin Veillette a mis sur pied le Comité d'aménagement des églises, d'art sacré et de patrimoine religieux (bien meubles). On s'était rendu compte qu'il y avait eu des pertes patrimoniales. On voyait chez des antiquaires les biens des églises. Il y a eu une réaction. C'est assez unique d'avoir ce comité, je pense. Après, Mgr Luc Bouchard a lui aussi décrété que les biens rattachés au culte ne se vendraient plus. On les donne ou on les garde, mais on ne fait pas de commerce avec ça.

N - Comment cela fonctionne-t-il?

PB - Si on a une fermeture d'église, je me rends sur place et je dis au prêtre modérateur de prendre tout ce qu'il peut avoir besoin pour les autres églises. Ce qui a une valeur patrimoniale ou artistique est redistribué dans les églises restantes, de sorte que le patrimoine religieux est conservé dans le réseau ecclésial et non chez les antiquaires, où souvent ça traverse les lignes pour aller vers les États-Unis. Ce qui ne trouve pas preneur va dans les pays de mission.

N - Peut-on dire qu'on a appris de nos erreurs?

PB - Ça prend des événements comme ça (la fermeture de Saint-Philippe) pour nous faire réagir et je pense qu'on a bien réagi.

N - Lors de la fermeture de Saint-Philippe, on a eu l'impression que la fabrique a été laissée à elle-même, non?

PB - Oui. C'est sûr qu'un comité comme ça vient aider les fabriques. Ce qui est aussi intéressant, c'est que dans la foulée du concile, on s'est débarrassé de beaucoup de choses. Beaucoup d'objets religieux ont disparu à l'époque. Là, les églises veulent récupérer ces choses. Comme l'église de Saint-Tite où il ne restait pratiquement plus rien de son patrimoine et qui vient de recevoir une pietà des Carmélites. Même chose à l'église de Sainte-Geneviève-de-Batiscan qui vient de se trouver des anges adorateurs. Eux aussi essaient de refaire leur décor en se basant sur des photos anciennes.

N - Lorsque vous parlez d'un tournant, vous faites aussi allusion à l'implication des non-pratiquants?

PB - Oui. J'ai visité environ 90 églises jusqu'à La Tuque. C'est intéressant de voir les gens en campagne qui tiennent à leur église, mais un moment donné, malgré qu'on ait encore beaucoup de croyants, le fardeau de leur entretien s'est retrouvé sur le dos des pratiquants seulement. C'est là qu'il faut prendre un tournant, peut être avec l'aide des médias, pour que les croyants prennent conscience de l'importance patrimoniale des églises. En fait, je pense qu'ils en sont conscients, mais pas de la gravité des difficultés financières des fabriques. Les personnes âgées meurent, les donateurs aussi. Et les gens ne paient pas leur dîme. L'Église ne peut tout payer d'autant plus que sa mission est d'abord pastorale.

N - Jean-François Royal estime qu'il faut peut-être cesser de faire une distinction entre patrimoine religieux et patrimoine tout court, qu'en pensez-vous?

PB - Dans une église, si on enlève la partie religieuse, sa partie catholique, elle perd beaucoup de son importance sentimentale. C'est très différent pour les gens, même pour les non-pratiquants, une église où il y a encore des activités religieuses et une église où il y a des activités sportives. Pour moi, il ne faut pas dissocier le caractère religieux de ce patrimoine, il faut conserver nos racines catholiques. Même pour les athées.

N - Êtes-vous d'accord lorsqu'on dit que les évêques doivent faire connaître leurs plans à long terme en ce qui concerne la fermeture des églises?

JJ - Les évêques ne peuvent avoir une vision à long terme sur ce sujet, car ce sont les fabriques qui prennent ce genre de décision. (...) Ça n'appartient pas à l'évêque. Les églises appartiennent à la communauté chrétienne. Dans sa lettre pastorale, l'évêque a incité les gens à se questionner: est-ce plus important de garder un bâtiment ou d'avoir de l'argent pour payer un agent de pastorale?

PB - Voilà pourquoi je dis qu'on est à un tournant. On ne demande pas aux gens de faire une profession de foi. Mais si une église a besoin de réparations - et il y en a plusieurs dans ce cas -, il va falloir faire une collecte de fonds parallèle, un peu comme ils s'apprêtent à le faire à Sainte-Anne-de-la-Pérade (...) Je pense aussi que les municipalités vont devoir s'en mêler. Il y a des choix à faire.

JJ - Des choix déchirants dans les villages mais aussi dans les villes.

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