Transformation des lieux de culte: de lourdes pertes en perspective

L'église de Sainte-Anne-de-la-Pérade est à nouveau accessible aux... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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L'église de Sainte-Anne-de-la-Pérade est à nouveau accessible aux fidèles malgré les travaux urgents et dont elle a besoin à l'un de ses clochers.

Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Nicolet) À l'automne, le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) lançait un cri d'alarme dénonçant de lourdes pertes en matière de patrimoine religieux au Québec. Un cri dans le désert. «Seul Le Devoir a fait un article», a déploré le président du CPRQ, Jean-François Royal, également directeur du Musée des religions du monde, de Nicolet.

Et pourtant, le conseil n'y est pas allé avec le dos de la cuillère signalant l'accélération rapide du phénomène de mutation des immeubles religieux, ainsi que le nombre alarmant de démolitions sans compter une bonne centaine d'églises qui attendent toujours qu'on leur trouve une autre fonction.

Au moment où on procède à la démolition de l'église Saint-Philippe, où des collectes de fonds sont en cours un peu partout en Mauricie et au Centre-du-Québec pour réparer des églises en plus ou moins bon état et où on cherche de nouvelles vocations pour des églises sur le point de fermer, l'avertissement du CPRQ est plus d'actualité que jamais.

En effet, alors que les fermetures, mises en vente et démolitions se multiplient au Québec, près de 200 édifices n'ont pas trouvé de nouvelle fonction pour assurer leur avenir, révèlent les derniers résultats de l'enquête du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) sur la situation des lieux de culte en mutation dévoilés à l'occasion du Forum sur le patrimoine religieux.

En Mauricie seulement,20 lieux de culte sont en mutation (fermés, démolis ou en vente) tandis qu'on en compte 21 au Centre-du-Québec (où par contre aucun n'a été démoli). Le CPRQ préfère ne plus fournir de liste, tant les choses évoluent rapidement. Il faut aussi savoir qu'il arrive qu'une église devienne un centre communautaire et qu'on continue d'y dire la messe. Ce n'est toutefois pas toujours le cas.

Amorcée il y a quatre ans, cette enquête visait à documenter les cas de lieux de culte en mutation, c'est-à-dire fermés, vendus, transformés et démolis. C'est à partir du corpus des 2751 édifices inventoriés en 2003 par le CPRQ que s'effectue la recherche, permettant aujourd'hui d'établir des comparaisons avec les chiffres du dernier coup de sonde effectué il y a 30 mois, soit en mai 2012.

Les résultats révèlent d'abord une augmentation rapide des mutations depuis cette date, totalisant 434 cas (+164). C'est une moyenne de 45 mutations par année depuis 2011 et 72 mutations pour la seule année 2014. Fait inquiétant, l'enquête révèle aussi que les édifices qui ont une valeur patrimoniale importante sont davantage touchés qu'avant: 117 sont identifiés (+ 45), parmi lesquels 31 sont protégés en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

Au sujet des acheteurs de lieux de culte, la tendance se confirme depuis 2012: pas moins d'une centaine est passée aux mains des municipalités (+ 52), ce qui représente la seule catégorie d'acheteurs en croissance; leur nombre ayant doublé en 30 mois. Les secteurs privé et à but non lucratif ont peu acheté de lieux de culte durant cette période.

Que fait-on avec les lieux de culte? L'enquête révèle un point de bascule: une majorité n'a pas trouvé de nouvelle fonction (190) par rapport aux 180 autres qui ont trouvé une utilité autre que religieuse, particulièrement pour des usages polyvalents (58), communautaires (21), culturels (23) et résidentiels (33).

Le plus inquiétant est le nombre de démolitions qui a doublé durant la période pour atteindre 61 cas (+27) et surtout les 129 édifices restants, sans usage, pour lesquels il n'y a aucune démarche, projet ou acquéreur potentiel connu. Ce nombre est trois fois plus élevé qu'en mai 2012 (+87). De ce nombre, 79 sont fermés et 42 sont à vendre.

Le CPRQ juge cette situation très préoccupante, car elle révèle la difficulté grandissante de trouver une nouvelle vie aux lieux de culte, d'autant plus que ceux-ci ferment à une vitesse sans cesse grandissante. Plusieurs problématiques sont à considérer pour expliquer cette situation, notamment le manque de planification des fermetures et l'absence d'aide technique et financière adaptée à la réhabilitation des édifices religieux.

Comme tout ce qui relève de Québec, le Conseil du patrimoine religieux a vu son budget coupé. Dans ce cas-ci, du tiers.

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