«Je suis complètement fou»

Après avoir parcouru 12 750 kilomètres à pied... (Photo: Stéphane Lessard)

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Après avoir parcouru 12 750 kilomètres à pied à travers les États-Unis, Louis-Étienne Prévost entend faire profiter les autres de son expérience et de ses réflexions dans le cadre de conférences thématiques dans les écoles et dans des rencontres destinées au grand public ou à des clients corporatifs.

Photo: Stéphane Lessard

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) 12 750 kilomètres à raison de 40 kilomètres quotidiennement, 450 jours passés dans les montagnes ou dans le désert, trois paires de bottes et douze paires de souliers de pointure 16 usées jusqu'à la semelle, un bonne dose de persévérance et un soupçon de folie, voilà comment on pourrait résumer la véritable odyssée d'Ulysse réalisée par le Trifluvien Louis-Étienne Prévost.

Depuis 2002, l'homme de 60 ans a traversé les États-Unis à trois reprises, à pied s'il-vous-plaît et, plus souvent qu'autrement, avec la solitude et l'anxiété comme seules compagnes de voyage.

Avec trois diplômes de maîtrise en poche et un emploi de haut fonctionnaire dans la fonction publique québécoise, M. Prévost décide en 2002 de troquer le complet et la cravate contre la clé des champs. Athlète de haut niveau dans les années soixante-dix (il participe aux Jeux olympiques de Montréal en aviron), l'homme surnommé «Northern Strider» par les membres du club sélect des randonneurs de l'extrême choisit l'activité fétiche du philosophe Jean-Jacques Roussseau comme point de non-retour.

D'abord, le marcheur solitaire franchit les 4240 kilomètres de la Pacific Crest Trail en 2002, qui s'étirent de la frontière mexicaine aux bornes canadiennes et qui culminent à plus de 4000 mètres d'altitude, puis les 3510 kilomètres du sentier des Appalaches en 2009 entre les États de la Géorgie et du Maine, pour terminer son périple en septembre 2014 après avoir parcouru les 5000 kilomètres qui séparent le Montana du Nouveau-Mexique, ligne d'arrivée de la Continental Divide Trail. Le tout sans tente et armé seulement d'une boussole, d'un GPS et d'un peu de nourriture.

«Je suis complètement fou», avoue d'emblée celui qui croit être le premier Québécois à avoir triomphé de ces trois sentiers mythiques, un exploit qui inscrit son nom sur la courte liste de la Triple couronne de longue randonnée nord-américaine. Outre pour renouer avec la nature, «prendre un break» et mettre à rude épreuve sa force physique, c'est pour découvrir les valeurs d'une sous-culture américaine, celle des «striders», c'est-à-dire ceux qui marchent à grands pas, que le jeune retraité se lance dans une épopée qui va chambouler sa perception du monde.

«Dans la montagne, j'ai découvert une véritable sous-culture, des gens qui pensent différemment de la masse des amis-requins», signale-t-il avec humour. «Lorsque je suis parti, je me disais que ce défi allait se ventiler ainsi: 55 % pour le défi physique, 35 % pour la nature et 10 % pour les nouvelles rencontres. Un fois l'aventure décantée, j'ai réalisé que c'était 55 % pour le monde, 35 % pour la nature et 10 % pour le défi physique.»

Ainsi, sans réfréner «la chair de poule» qui lui pousse sur les bras en évoquant les «striders» qu'il a rencontrés lors de son périple, M. Prévost ne cache pas que depuis, il ne considère plus les êtres humains qui l'environnent avec le même point de vue, particulièrement ceux qui vivent une situation de rupture sociale.

«Lorsque tu marches avec ta maison sur le dos, tu deviens un peu comme un itinérant. Parfois je devais faire du pouce pour contourner des obstacles et j'avais l'impression de devenir un être invisible. C'est comme si les gens jetaient sur moi le même regard qu'ils jetaient sur les itinérants. J'étais devenu un non-être, un être transparent. J'aurais probablement pu acheter la majorité des gens qui me croisaient sans me voir, mais compte tenu du fait que j'avais l'air d'un itinérant, on me considérait comme tel. Donc oui, je pose aujourd'hui un regard différent sur ma société. Lorsque je vois un itinérant sur la rue, je vais reconnaître sa présence», ajoute-t-il, philosophe.

À compter de 2015, M. Prévost entend faire profiter les autres des expériences et des réflexions acquises lors de sa Triple couronne de longue randonnée dans le cadre de conférences qu'il destine à plusieurs publics. D'abord, les écoles sont dans sa ligne de mire. «Ces conférences-là, je veux les faire sur mon bras», tient-il à souligner.

«Je veux parler de l'importance de la ténacité, de la persévérance, du fait que l'on construit sa propre chance. La chance, après tout, c'est la rencontre du hasard et de la préparation. Sans parler de mon amour de la nature.»

Lors de conférences proposées au grand public et à des clients corporatifs, le randonneur trifluvien souhaite s'entretenir d'une dizaine de thèmes dont la planification, l'apport technologique, la nutrition, le voyage, etc. Le tout, précise-t-il à grands traits, en remettant son cachet à des organismes à buts non lucratifs.

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