Peine de mort: Yvon Deshaies persiste et signe

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

Agrandir

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Louiseville) Le maire de Louiseville n'en démord pas. Au lendemain de ses propos sur la peine de mort qui ont fait couler beaucoup d'encre, Yvon Deshaies maintient le même discours alors que le doyen de la Chambre des communes, Louis Plamondon, estime que le débat est clos depuis plusieurs décennies.

Les demandes d'entrevues se sont bousculées jeudi. Plusieurs médias d'un peu partout au Québec se sont intéressés aux recommandations controversées du maire de Louiseville. «J'ai dû donner une dizaine d'entrevues», a-t-il souligné en précisant toutefois que sa position n'a pas changé.

«Personne n'est venu me dire des bêtises ou me féliciter. J'ai eu beaucoup de courriels positifs, environ 85, et aussi quelques courriels négatifs», précise le maire Yvon Deshaies. «Je n'ai pas eu de menaces non plus.»

Au lendemain de ses propos énoncés lors de la présentation aux médias du budget 2015 de la municipalité, le maire Deshaies n'est pas surpris de l'ampleur de la réaction populaire. «Je maintiens ma position. Ç'a fait réagir les gens. C'est fait pour faire réagir», avoue-t-il. «Je savais qu'en disant ça, on en déçoit une gang, mais on plaît [aussi] à une gang. Il y a des gens qui sont tannés. Et je suis tanné de voir ça, cette justice-là, comment c'est difficile.»

Selon le maire de Louiseville, certains condamnés ne devraient pas avoir droit d'appel, une disposition pourtant fondamentale dans le système juridique canadien. «Bien sûr j'ai parlé de pendaison, mais peut-on regarder pour que la justice soit encore un peu plus raide, plus rigide et qu'elle fonctionne un peu plus vite? Le meurtrier coupable de ses gestes, je suis pour qu'il parte tranquille, point final! On va retarder des années de temps et retourner en appel, puis en appel. Ça ne finit plus. On est dans un monde de papier et de papeterie. Des dossiers en voulez-vous, en v'là», continue à dire Yvon Deshaies en précisant que des meurtriers qui ont avoué leur crime comme Guy Turcotte ne devraient pas avoir de droit d'appel. «Quand on parle de M. Turcotte, il n'y a pas d'appel selon moi. C'est fini, c'est réglé. Il dit qu'il a tué ses enfants. Qu'on ne traîne pas ça deux ou trois ans de temps. C'est ça que je déplore.»

La peine de mort au Canada a été abolie en 1976 par le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau à la suite d'un long débat à la Chambre des communes. Les élus ont toutefois décidé que la peine capitale, par 130 voix contre 124, serait remplacée par l'emprisonnement à perpétuité. Les députés du Québec étaient alors majoritairement en faveur de son abolition. Les opposants se trouvaient surtout dans les rangs des progressistes-conservateurs et des créditistes de Réal Caouette, le seul chef de parti favorable au maintien de la peine capitale.

Dans les faits cette sentence n'était toutefois plus décernée par les tribunaux canadiens depuis plusieurs années, la dernière pendaison au Canada remontant à 1962.

Le débat a refait surface à Ottawa en 1987, alors que les progressistes-conservateurs étaient au pouvoir. Le doyen des communes, le bloquiste Louis Plamondon, qui qualifie de «barbares» les propos du maire de Louiseville, était député du parti au pouvoir. Il se souvient que le premier ministre Brian Mulroney n'était pas en faveur du retour de la peine de mort. «Ce débat n'a jamais été ramené à Ottawa depuis, contrairement à l'avortement qui revient tout le temps», explique Louis Plamondon. «Lorsque nous avons aboli la peine de mort (en 1976) ça faisait déjà plusieurs années que les juges ne voulaient plus condamner à mort des criminels.»

Louis Plamondon soutient de plus que les risques d'erreurs judiciaires étaient très grands. «Lorsqu'une personne a été exécutée, on ne peut la ressusciter. On peut toutefois toujours dédommager celle qui passe 20 ans en prison», précise le député de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour en ajoutant que l'enchâssement dans la constitution de la Charte canadienne des droits et libertés qui protège le droit à la vie rend le débat futile.

Par ailleurs, Louis Plamondon estime qu'il est «épouvantable» de prôner le retour de la peine capitale pour faire des économies. «Lorsqu'une personne est condamnée à mort aux États-Unis, elle traîne longtemps dans le couloir de la mort. Et il en coûte 1,2 million $ alors qu'une personne condamnée à 25 ans de prison, coûte 780 000 $ à l'État.»

De passage à Trois-Rivières, le ministre des Transports du Québec et ancien policier, Robert Poëti, a invité le maire de Louiseville à s'adresser directement au gouvernement fédéral pour faire avancer son point de vue.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer