Le ministre Moreau est allé trop loin, selon les maires Angers et Lévesque

«À moins que je fasse pousser de l'argent... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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«À moins que je fasse pousser de l'argent dans les arbres, je n'aurai pas le choix d'augmenter les taxes à cause de ce pacte fiscal.» - Michel Angers

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(Trois-Rivières) Michel Angers et Yves Lévesque ne se sont pas fait prier pour se joindre à la voix de plusieurs de leurs collègues au Québec pour dénoncer les propos tenus, mercredi, par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau.

Jeudi, l'Union des municipalités du Québec, flanquée de son conseil d'administration, dont le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque, a fait une sortie virulente à propos de la position du ministre, la qualifiant de «manque de respect et d'atteinte inadmissible à la démocratie municipale».

Rappelons que mercredi, Pierre Moreau a soutenu qu'en mettant la responsabilité d'une partie de la hausse des comptes de taxes sur le dos de la baisse des transferts du gouvernement aux municipalités, les Villes de Laval et Longueuil prenaient les gens «pour des crétins». Il a par ailleurs prévenu les maires que Québec pourrait couper l'équivalent des hausses de taxes que les Villes attribuent au pacte fiscal dans les prochains transferts aux municipalités.

«L'ingérence du ministre est sans précédent. Il est allé trop loin», a lancé la présidente de l'UMQ, Suzanne Roy. La mairesse de Longueuil, Caroline Saint-Hilaire, a ajouté qu'il s'agissait d'un triste jour pour la démocratie municipale, que le ministre flirtait avec l'abus de pouvoir, mais qu'elle ne céderait pas à l'intimidation.

Contrairement à la prétention du ministre, les maires présents ont tenu à rappeler que les cas de Longueuil et Laval n'étaient pas des cas isolés, et que la grande majorité des municipalités seraient dans l'obligation de justifier ces hausses de taxes par la réalité imposée par le pacte fiscal transitoire.

Ils ont par ailleurs déploré que le fardeau fiscal supplémentaire imposé aux familles cette année s'élevait à 1273 $ en moyenne de la part de Québec, mais à uniquement 70 $ par famille dans les municipalités. «Nous n'avons aucune leçon à recevoir du gouvernement», a fait savoir Suzanne Roy.

À Shawinigan, le maire Michel Angers, qui n'a pas pu être présent à la conférence de presse, endossait totalement l'opinion de ses collègues. «Je suis d'accord avec Yves Lévesque, comme quoi ce sont des propos inacceptables de la part du ministre. Quand nous avons accepté ce pacte fiscal transitoire, avec pratiquement le couteau sous la gorge, c'était dans l'optique de se voir redonner nos billes dans le futur et que Québec nous considère comme un gouvernement à part entière», se souvient Michel Angers.

Pour lui, Québec n'a pas à dicter la ligne, spécialement en ce qui concerne l'utilisation des surplus des Villes, qui sont de l'argent des contribuables amassé pour financer des projets d'infrastructures et des services auxquels les citoyens ont droit, et non pour compenser un effort fiscal imposé par Québec.

«À Shawinigan, je ne dégage pratiquement aucun surplus. Il suffirait d'une ou deux tempêtes de neige imprévues et nous serions sur le fer. À moins que je fasse pousser de l'argent dans les arbres, je n'aurai pas le choix d'augmenter les taxes à cause de ce pacte fiscal. Si Québec souhaite se mettre le nez dans mes contrôles de dépenses, je suis plus qu'ouvert et le ministre réalisera qu'il y a pas mal de chemin à faire avant de nous accoter», signale Michel Angers.

Dans nos pages, jeudi, le maire de Trois-Rivières s'indignait des propos tenus par le ministre. «C'est donc dire que l'UMQ elle-même et toutes les municipalités membres de l'UMQ prennent la population pour des crétins. Mais on ne gère pas de l'argent de Monopoly. C'est de l'argent réel et on ne peut pas en inventer», avait-il fait savoir, mentionnant que la réaction du ministre était «indigne de sa position».

Moreau se défend

Loin de reculer, le ministre Moreau s'est défendu de vouloir intimider les élus municipaux et sa position n'a pas changé d'un iota. «Ce n'est pas de l'intimidation, a-t-il déclaré. C'est dire que nous allons prendre des mesures fiscales pour mettre les contribuables à l'abri d'une imposition qui n'a pas lieu d'être.»

Le ministre a cité l'exemple de la Ville de Laval, qui est assise sur un surplus de 111 millions $. Il presse donc son maire Marc Demers, et sa collègue Caroline St-Hilaire, de puiser dans ces coussins au lieu de refiler la baisse des transferts à leurs contribuables.

«Ce sont deux maires qui augmentent leurs dépenses, qui engrangent les surplus et qui disent qu'ils sont obligés d'augmenter les taxes à cause du pacte fiscal, a indiqué M. Moreau. Ça ne se tient pas sur le plan de l'argumentaire, ça ne se tient pas sur le plan budgétaire.»

M. Moreau envisage toujours de retenir des transferts aux municipalités qui refusent de compenser leurs pertes par des gains en efficacité. Il n'exclut pas d'expédier des chèques directement aux propriétaires pour compenser la hausse de leur fardeau fiscal, des sommes qui seraient déduites des transferts aux villes.

Il a par ailleurs indiqué qu'il n'est pas question pour le premier ministre Philippe Couillard de rencontrer des représentants du monde municipal, comme le réclame l'UMQ.

De l'ingérence

Le chef par intérim du Parti québécois, Stéphane Bédard, a quant estimé jeudi que la sortie du ministre Moreau constitue de l'ingérence dans l'administration des villes. Selon lui, le ministre ne cherche qu'à détourner l'attention des coupes annoncées par le gouvernement libéral.

«Je trouve ça insultant pour les contribuables, a dénoncé M. Bédard. C'est nous prendre pour des crétins de penser qu'on ne sait pas que les augmentations qu'on a actuellement sont dues au Parti libéral et aux mauvaises décisions qu'ils ont prises», a déclaré Stéphane Bédard.

Avec la collaboration de La Presse

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