Que faut-il retenir de la tuerie de Polytechnique?

Quatorze femmes ont perdu la vie lorsqu'un tireur-fou... (Photo: archives PC)

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Quatorze femmes ont perdu la vie lorsqu'un tireur-fou a fait feu dans l'École polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est demain qu'on commémorera la tuerie de l'École Polytechnique de Montréal, survenue il y a 25 ans, le 6 décembre 1989, alors que Marx Lépine, âgé de 25 ans, avait ouvert le feu sur 28 personnes, tuant 14 jeunes étudiantes, dont la Latuquoise Annie St-Arnaud, et en blessant quatorze autres (4 hommes et 10 femmes), avant de se suicider. Les crimes avaient été perpétrés en moins de vingt minutes à l'aide d'une carabine semi-automatique obtenue légalement. Le Nouvelliste a demandé à quelques personnalités féminines de la région ce qu'elles retiennent de cet événement tragique qui a marqué à jamais la mémoire collective des Québécois.

Sylvie Tardif

Coordonnatrice de Comsep

Chez Comsep, pendant la semaine, tous les animateurs d'ateliers ont rappelé l'histoire de la tuerie dePolytechnique et nommé les 14 étudiantes assassinées, suivi d'une minute de silence. On a aussi distribué des cartes dans le cadre de la campagne en faveur du contrôle des armes à feu, qui seront postées aux trois chefs des partis politiques fédéraux. «On retient que c'était un geste qui visait des jeunes femmes qui voulaient réussir et que ce combat-là reste un combat qu'il faut poursuivre à travers le monde, observe Sylvie Tardif. On le voit avec l'affaire Ghomeshi: les femmes se lèvent. Et il ne faudra jamais arrêter, ne serait-ce qu'en souvenir de ces femmes mortes. Il faut continuer cette lutte-là.» Mme Tardif confie par ailleurs que lorsqu'elle s'est rendue à Montréal aux festivités entourant le50e anniversaire du droit de vote des femmes, plusieurs participantes étaient inquiètes d'attirer un tireur fou. Des pneus de voitures de quelques-unes d'entre elles ont d'ailleurs été crevés pendant le rassemblement et le service de sécurité avait enseigné aux femmes qui devaient prendre la parole sur la scène... la façon de se jeter au sol en cas de tir!

Fabiola Toupin

Auteure, compositeure, interprète

Mme Toupin a fait partie des artistes qui ont chanté la chanson du Trifluvien Jacques Thivierge: Elles étaient 14. «Je trouve malheureusement que la condition des femmes dans le monde, en ce qui a trait à leur vulnérabilité, n'a pas avancé. Ça m'inquiète beaucoup que les femmes et les enfants soient encore sur la ligne de tir. C'est d'une grande tristesse. Cet anniversaire me fait aussi penser au magnifique discours de la comédienne britannique, Emma Watson, devant l'ONU. Quand des jeunes comme elles prennent la parole, je me dis que la cause des femmes est en voie d'avancer.»

Michèle Laroche

Ex-directrice générale de l'Agence de santé et des services sociaux

«À l'époque, ce qui m'avait frappé, c'est que c'était presque inconcevable qu'un rapport homme-femmes puisse se traduire avec une telle violence dans un contexte québécois, se souvient Michèle Laroche. C'est une chose qui m'avait complètement déstabilisée, même si je savais que la violence existait. Aujourd'hui, il y a encore beaucoup de violence mais de plus en plus dénoncée. Je pense qu'on ne sera jamais à l'abri d'actes extrêmes. Je considère cependant qu'il n'y a pas eu de réel progrès puisque l'arme dont s'est servi Lépine est encore en circulation. Ça m'interpelle beaucoup cette circulation d'armes à feu et je ne suis pas ici en train de dénoncer les chasseurs. C'est plus en rapport avec la facilité avec laquelle on peut obtenir des armes.»

Paule Brunelle

Ex-députée bloquiste de Trois-Rivières

«Ce qu'il faut retenir de cet événement, c'est qu'il me semble qu'on avait appris la leçon en établissant le registre des armes à feu, note-t-elle. Or, le fédéral veut l'abolir sans refiler les données au gouvernement du Québec, alors que les policiers ont dit et redit qu'il était utile ce registre. C'est comme si on n'avait pas appris nos leçons. Pour moi, ça n'a aucun sens! On a déposé plusieurs projets de loi aux Communes mais sans jamais réussir à restaurer ce registre. C'est incroyable! C'est pour ça que c'est une bonne chose qu'on souligne cet anniversaire. Les femmes ont fait du chemin, mais on n'est jamais à l'abri d'un retour en arrière.»

Joanne Blais

Coordonnatrice de la Table de concertation des femmes de la Mauricie

«Pour nous, cet événement n'était pas anodin, car non seulement il ciblait des femmes, mais des féministes, note Mme Blais. Cet anniversaire nous rappelle qu'il faut nous unir pour lutter encore contre la violence envers les femmes. Depuis Polytechnique, le chercheur Martin Dufresne compile les noms des femmes et enfants tués par des hommes, en tant qu'homme, et il est rendu à 1040 femmes et enfants tués, incluant les 14 de Polytechnique. Il met aussi en garde contre le discours masculiniste sur la détresse des hommes'', et rappelle que ces hommes tuent pour préserver sur leurs victimes un droit de contrôle acquis socialement et culturellement et qui leur tient lieu d'identité.»

Noëlla Champagne

Ex-députée péquiste de Champlain

Pour Noëlla Champagne, enseignante de formation, les événements funestes de Polytechnique auront démontré qu'il faut toujours rester vigilant face à des personnes, hommes ou femmes, aux prises avec un mal être ou une maladie mentale. Surtout, dit-elle, il faut réagir, demander de l'aide ou dénoncer afin d'éviter le pire. «À chaque année, c'est souligné à l'Assemblée nationale cet anniversaire. En ces temps où on parle surtout de harcèlement sexuel, il faut faire que nos jeunes soient alertes à réagir à toutes sortes de situations. Il faut déceler les difficultés que rencontrent les jeunes hommes et les jeunes femmes. La vigilance demeure la première façon de faire, à l'école, au collège ou à l'université, de la part des parents, des enseignants ou des amis.»

Danielle St-Amand

Ex-députée libérale de Trois-Rivières

«Il y a deux choses qu'on retient: les grands pas qui ont été faits par les femmes pour prendre leur place et ce qui est troublant, la violence qui est encore importante, note Mme St-Amand. Des femmes assassinées par leur conjoint ou leur ex-conjoint, on en voit à la tonne et c'est terrible. En plus, Lépine, ce sont des féministes qu'il a tuées. Heureusement que les femmes arrivent à prendre leur place et à créer un équilibre mais il faut continuer à faire la promotion d'une place pour les femmes et surtout combattre cette violence-là qui est franchement inquiétante en 2014, je trouve.»

Sylvie Roy

Députée caquiste d'Arthabaska

«Je crois que cet événement a marqué la fin de notre innocence», a confié Mme Roy. Cette dernière, étudiante au Cégep de Trois-Rivières à l'époque, se rappelle avoir appris la nouvelle à la radio, alors qu'un commentateur décrivait les événements en cours. «C'était tellement horrible que je croyais qu'il s'agissait d'une pièce de théâtre, un peu à la Orson Welles. J'attendais la conclusion, raconte-t-elle. J'ai mis du temps à réaliser toute l'horreur et surtout le fait que c'était un crime sexiste. Je crois que c'est notre 11 septembre à nous. Tout le monde se souvient où il était à l'époque, au moment du crime. Comme jeune fille, j'ai perdu ma naïveté ce jour-là... et en pratiquant le droit, j'ai continué à la perdre.»

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