«La pauvreté a des répercussions sur toutes les sphères de ma vie»

Ginette Gélinas témoigne des effets de la pauvreté... (Photo: François Gervais)

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Ginette Gélinas témoigne des effets de la pauvreté sur sa vie.

Photo: François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Ginette Gélinas, 60 ans, n'a pas toujours été pauvre. Elle a déjà vécu dans une grande maison, conduit une belle voiture, porté des vêtements de marque et déposé du saumon frais et des asperges dans son panier d'épicerie.

Pour se récompenser d'avoir bien travaillé, l'infirmière avait également l'habitude de s'offrir une sortie au théâtre ou une soirée d'humour. 

Durant la même époque, la Shawiniganaise n'aurait pas hésité non plus à prendre la route de Montréal pour assister au spectacle du poète-chanteur Leonard Cohen. Elle l'adore.

Dans son ancienne vie et en direct de son salon, Mme Gélinas aimait aussi regarder les artistes défilant sur la scène du Noël du pauvre. Parions qu'elle en a déjà profité pour ouvrir son portefeuille et faire un don aux gens de la région qui sont dans le besoin.

Si ce soir, vous la voyez pousser les portes de la salle J.-Antonio-Thompson où est diffusée la 56e édition du téléthon, c'est parce que la donne a changé. 

Radicalement.

Ginette Gélinas n'est plus une simple spectatrice. Elle est aujourd'hui une personne démunie.

«La pauvreté a des répercussions sur toutes les sphères de ma vie, tous les jours.»

C'est la première phrase que la dame a écrite dans une lettre adressée au Noël du pauvre. Sur cette feuille 8 1/2 x 11, elle témoigne des effets de la pauvreté, un mot et une situation aussi difficile à vivre qu'à prononcer et à décrire.

Ginette Gélinas s'est mariée dans la jeune vingtaine et a mis au monde deux garçons. Jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de 10-12 ans, leur maman a tenu le fort à la maison pendant que leur père était directeur d'usine.

C'est pour faire taire les bien-pensants qui chuchotaient dans son dos qu'elle se «faisait vivre» que Ginette a débuté une formation collégiale à temps plein en soins infirmiers. Pendant trois ans, Mme Gélinas a concilié ses études, ses responsabilités familiales et... son nouveau statut de femme monoparentale.

Infirmière de nuit durant la grande majorité de sa carrière au sein d'une communauté religieuse et au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, la dame travaillait, dormait, travaillait...

«Le métro-boulot-dodo», résume celle qui, faute de temps et d'énergie, a peu à peu délaissé le dessin, la peinture, la marche en plein air et le reste.

Embauchée, en 2007, pour mettre en place le service de soins infirmiers dans une résidence privée pour personnes âgées, Ginette Gélinas a fait fi de la fatigue qui s'est incrustée de plus belle dans son corps et dans sa tête. Le 4 avril 2008, l'infirmière est rentrée au travail, mais ça a été la journée de trop.

«Dépression majeure», a diagnostiqué le médecin en lui signant un congé forcé pour une période indéterminée. «J'ai passé le reste de l'année assis devant ma télé, mais je n'ai rien vu», raconte celle qui a rapidement écoulé ses prestations de maladie de l'assurance-emploi.

Toujours incapable de reprendre le chemin du travail, Ginette Gélinas a dû se résigner à se tourner vers le programme d'aide sociale. Depuis 2009, l'ex-infirmière reçoit chaque mois l'équivalent de ce qu'elle gagnait, avant, chaque semaine.

«(...) Quand j'ai été acculée au pied du mur et obligée de faire une demande d'aide sociale, c'était comme si je m'écroulais. Moi! (...) La gêne, la honte, le désarroi et l'insécurité ont pris place dans ma vie, au quotidien. Ma fierté et mon estime en ont pris un sacré coup!», a-t-elle écrit dans sa lettre où elle admet que se loger et se nourrir sont devenus sa priorité.

Mme Gélinas s'est départie de sa voiture, a mis une croix sur sa passion pour la culture, s'habille dans des ouvroirs et met ce qu'elle peut dans son panier d'épicerie. Quant à Leonard Cohen, la dame seb contente de réécouter son CD qui joue en boucle dans son logement de la 2e Rue.

Pour une femme habituée d'être active et indépendante, la situation a été et est toujours difficile à accepter.

«Mais je m'arrange...», assure Mme Gélinas qui en mai dernier, a pu cesser de prendre sa médication. La femme demeure néanmoins fragile. Elle dit trouver écoute, conseils et réconfort auprès des intervenants et usagers de différents organismes communautaires qu'elle fréquente pour sortir de sa solitude.

En prévision de cette entrevue, Ginette Gélinas a décoré son logement des couleurs de Noël. Elle s'excuse de ne pas en avoir mis beaucoup. À force de compter ses sous, elle n'a plus le coeur aux réjouissances.

«(...) J'essaie d'immerger de cette onde. Pas toujours facile quand on se sent à part. C'est comme si j'avais été marquée au fer rouge. Je suis devenue marginale par manque d'argent. La pauvreté mène à l'exclusion sociale et j'en souffre beaucoup», dit-elle en reprenant la conclusion de sa lettre.

Ce soir, Ginette Gélinas devrait assister au spectacle présenté dans le cadre du Noël du pauvre. «Ça va me faire du bien de sortir!», lance-t-elle en souriant et avec reconnaissance.

L'aide reçue fera une belle différence à l'approche du temps des Fêtes. Ginette Gélinas en profitera pour acheter son pain préféré et étendre du beurre à la place de la margarine.

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