Yvon Carignan officiellement congédié

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Yvon Carignan

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(Trois-Rivières) L'ex-directeur général de la Maison Carignan, Yvon Carignan, a officiellement été congédié lundi, a appris Le Nouvelliste. Le principal intéressé a reçu une correspondance en ce sens de la part du président du conseil d'administration, Rosaire Hébert, stipulant que l'enquête administrative menée par la firme Deloitte révèle «une gestion hautement déficiente» et des «pratiques administratives incompatibles» avec sa responsabilité de directeur général.

On se souviendra qu'une enquête avait été demandée à la suite de ce que le conseil d'administration qualifiait d'irrégularités administratives. Yvon Carignan avait été suspendu avec solde de son poste le 17 février dernier, et attendait depuis les conclusions de cette enquête pour connaître son sort.

Or, le seul rapport auquel M. Carignan dit avoir eu accès a été la transcription de ses réponses fournies verbalement à l'enquêtrice de la firme Deloitte. Le document lui aurait été envoyé vendredi afin qu'il puisse le relire et signer chacune des pages attestant que les déclarations étaient les bonnes. Or, le même jour, le conseil d'administration se réunissait et décidait de son sort, votant à l'unanimité son congédiement.

«Je n'ai même pas eu la chance de regarder si le document était conforme à la réalité. Ça prouve ce que je dis depuis le début. Ils ont toujours voulu ma tête et ils ont tout fait pour l'avoir. L'enquête administrative, ça n'a été que pour gagner du temps», souligne Yvon Carignan.

La lettre de congédiement de trois pages fait d'ailleurs état de reproches graves à l'égard d'Yvon Carignan. On lui reproche notamment des irrégularités dans la gestion financière et opérationnelle de l'organisme, l'utilisation abusive et non justifiée des argents de la maison, l'acceptation et l'usage de privilèges indus, une participation à une pratique de travail des usagers au bénéfice de tiers, un manque d'intégrité et de professionnalisme envers les usagers et un manque de transparence dans ses communications avec le conseil d'administration.

Le conseil va même jusqu'à lui reprocher un style de gestion «autoritaire et menaçant, assimilable à un régime de terreur» envers les employés. «J'ai travaillé là pendant 25 ans et je n'ai jamais entendu parler de rien. Aucun employé n'est jamais venu se plaindre. Et soudainement, je suis un dictateur», s'étonne-t-il.

Yvon Carignan déplore qu'on lui reproche des pratiques qui ont toujours été faites de bonne foi. «La participation à la pratique de travail des usagers, on a toujours fait ça. On collaborait avec des événements, des festivals, où les usagers allaient ramasser des chaises, faire du ménage. On a distribué des paniers de Noël. Il y avait un retour qui servait au fonctionnement de la maison. C'était une pratique formatrice pour les usagers et même encouragée par l'Agence de santé», maintient Yvon Carignan.

Il reconnaît avoir déjà prêté de l'argent à des usagers dans le besoin, mais assure que toutes les sommes ont été remises, et refuse qu'on lui reproche son manque d'intégrité sous le seul prétexte qu'il traitait les usagers comme des amis ou de la famille.

«J'ai dû trop les respecter. C'était ça mon défaut», constate-t-il. Ce dernier rappelle par ailleurs que le président du conseil d'administration, Rosaire Hébert, se serait placé en apparence de conflit d'intérêt en vendant une police d'assurances à la maison, lui faisant toucher du même coup une commission. La Chambre de la sécurité financière du Québec enquêterait d'ailleurs toujours dans ce dossier.

M. Carignan ne comprend pas qu'à aucun endroit dans sa lettre de congédiement, on ne fasse état d'exemples concrets des irrégularités dans la gestion financière et opérationnelle, qu'on lui explique ce qui lui a précisément été reproché. On peut toutefois lire que «l'enquête démontre à l'évidence, et à tout le moins, une naïveté dangereuse et inquiétante qui justifie aux membres du conseil d'administration de perdre confiance en vous».

«On me congédie parce que j'ai été naïf. C'est la meilleure», lance celui qui compte maintenant s'adresser à la Commission des normes du travail. En effet, maintenant que son congédiement a été officialisé, Yvon Carignan entend porter plainte pour pratique interdite et pour congédiement fait sans cause juste et suffisante.

Par ces démarches, Yvon Carignan dit garder toujours espoir de pouvoir retrouver sa place au sein de l'organisme. «Pourquoi je devrais perdre espoir? On m'a congédié pour rien et n'importe quel juge saura le reconnaître. En 25 ans, j'ai bâti un organisme qui vaut presque 6 M$ en infrastructures, qui emploie 40 personnes et qui aide 90 usagers à tous les jours. Ils ne se débarrasseront pas de moi pour une simple guerre de pouvoirs et des intérêts financiers», lance Yvon Carignan.

Le président du conseil d'administration, Rosaire Hébert, a préféré hier s'abstenir de commenter la situation, évoquant des raisons légales. Il n'a donc pas été possible d'obtenir plus de précisions sur les irrégularités qui étaient reprochées à Yvon Carignan.

Avec la collaboration de Gabriel Delisle

Extraits de la lettre de congédiement

> «...vous aviez une connaissance personnelle de plusieurs faits troublants posés par des subordonnés ou du moins de nature à inciter à accroître votre surveillance de leur prestation de travail, ce que vous n'avez pas fait.»

> «...vous avez adopté un style de gestion autoritaire et menaçant, assimilable à un régime de terreur envers vos employés.»

> «...vous avez émis des critiques publiques et participé à une croisade de dénigrement contre votre employeur ainsi que l'organisation, ses dirigeants et vous avez médit sur vos collègues de travail.»

> «Vos réponses vagues, ambiguës et votre attitude de tenter de justifier l'injustifiable ainsi que votre manie de vous déresponsabiliser des événements troublants en tentant de remettre la faute sur les administrateurs du conseil d'administration ou sur vos subordonnés lors de l'enquête indiquent clairement un sérieux manque à votre devoir et vos responsabilités de responsable des finances.»

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