Réforme des Commissions scolaires: des maires en colère

Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.... (Émilie O'Connor)

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Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.

Émilie O'Connor

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Bécancour) «J'ai une question existentielle sur l'éloignement pur du centre de décision du centre d'opération. C'est une décision prise à Québec comme trop d'autres affaires. On est en train d'éloigner la prise de décision du milieu sous prétexte de sauver de l'argent.»

Le plan du gouvernement du Québec de modifier le réseau des commissions scolaires est hautement critiqué par Jean-Guy Dubois. Selon la volonté du ministre Yves Bolduc, le territoire de la MRC de Bécancour sera dorénavant rattaché à la Commission scolaire des Bois-Francs en raison de la disparition annoncée de la Commission scolaire de la Riveraine. Et le maire de Bécancour estime que cette orientation du gouvernement ajoute du poids à sa réflexion concernant un possible départ pur et simple de la région du Centre-du-Québec pour joindre la Mauricie.

«Qui gagne quoi dans cet exercice? Qu'est-ce qu'on sauve? La Commission scolaire de la Riveraine est au minimum de ses dépenses. Donc, est-ce qu'on ne serait pas mieux d'être associé à une commission scolaire de Trois-Rivières au lieu d'être avec une commission scolaire à 70 km de chez nous? Je n'ai rien contre Victoriaville. Mais je sais que c'est loin de chez nous. Plus ça va, plus il y a des éléments qui nous incitent à y penser (à joindre la Mauricie). On n'est pas rendu à en faire la demande au gouvernement. Mais ça fait partie de la réflexion.»

Cette annonce du gouvernement Couillard suscite plusieurs préoccupations. Les adolescents qui habitent les secteurs de Sainte-Angèle-de-Laval et de Saint-Grégoire de Bécancour fréquentent actuellement l'école secondaire Jean-Nicolet de Nicolet. Ces élèves seront relocalisés dans une école de la Commission scolaire des Bois-Francs. 

La redistribution des élèves fait craindre à Alain Drouin la disparition d'une des trois écoles secondaires de la Riveraine que sont Jean-Nicolet, la Découverte de Saint-Léonard-d'Aston et les Seigneuries de Saint-Pierre-les-Becquets. C'est la raison pour laquelle à défaut de conserver la Commission scolaire de la Riveraine, il préfère que celle-ci soit rattachée intégralement à la Commission scolaire des Chênes de Drummondville.

«C'est une décision improvisée, c'est le pire scénario pour le service aux élèves. Il ne faut pas couper le territoire. Ça va compliquer les affaires pour les parents, les élèves, les professionnels, l'ensemble des services. J'implore le ministre à genoux pour un minimum de sympathie. Pour le bien des élèves, il faut intégrer la Riveraine à Drummondville. Ça répond aux attentes du ministre et ça ne coûtera pas plus cher.»

Alain Drouin affirme qu'il n'a pas poussé sa réflexion quant à l'idée de larguer le Centre-du-Québec pour la Mauricie. Le maire de Nicolet rejoint toutefois son collègue de Bécancour sur l'éloignement du pouvoir décisionnel des régions.

«Tous les gouvernements parlent de la gouvernance de proximité, incluant M. Couillard. Mais ça se traduit par l'inverse. En santé, en éducation, on démolit la région, on démolit la mobilisation de tout le monde. L'État, c'est plus qu'une institution. C'est un territoire et c'est du monde. Ce n'est pas juste une machine», évoque avec colère M. Drouin.

Un nouveau ministre de l'Éducation?

Qualifiant la dernière décision du ministre Bolduc de pure improvisation, Donald Martel s'attend à ce que cette annonce soit une des dernières de la part du titulaire du ministère de l'Éducation.

«C'est très inquiétant, le ministre ne sait pas où il s'en va. C'est monsieur Bolduc qui vient de faire l'annonce, mais j'ai l'impression que c'est un nouveau ministre de l'Éducation qui va faire la gestion après les Fêtes. Et le plus scandaleux, c'est qu'on vient de dépenser 20 millions de dollars pour faire des élections scolaires, alors qu'on est dans une période où le gouvernement en demande de plus en plus aux contribuables.»

Le député caquiste de Nicolet-Bécancour a de sérieux doutes quant aux réelles économiques qui découleront de cette réforme du milieu scolaire. Lui aussi estime que le niveau local encaisse une autre perte de pouvoir.

«La Coalition avenir Québec est pour l'abolition du palier électif des commissions scolaires. On propose de mettre sur pied de petits centres de services et de donner le pouvoir dans les écoles. Là, avec ce qui arrive avec les CLD, les centres de santé, on vide les MRC des pouvoirs décisionnels. On s'en va dans des mégastructures dépersonnalisées.»

L'opposition municipale se prépare

Si le gouvernement du Québec croyait avoir le champ libre dans son projet de réforme des commissions scolaires, la réalité s'annonce tout autre: plusieurs maires de la Mauricie manifestent leur vive opposition à ce sujet à peine quelques heures après son annonce.

Le plan du ministre Yves Bolduc prévoit que les municipalités de la MRC des Chenaux seront intégrées à la Commission scolaire de l'Énergie, alors que la Commission scolaire du Chemin-du-Roy accueillera la totalité des municipalités de la MRC de Maskinongé. Cette décision déplaît grandement à Gérard Bruneau, le maire de Saint-Maurice, municipalité actuellement membre de la CS du Chemin-du-Roy.

«Il y a le facteur de proximité avec Trois-Rivières. On part d'un endroit où on est très proche et on nous envoie plus loin. Ça ne convient pas du tout et on va s'opposer. J'essaie de comprendre l'avantage de ce transfert de commission et je n'en vois pas. Je ne comprends pas non plus l'économie qu'on peut faire avec ça.»

M. Bruneau ne croit pas que cette réforme soit un frein à l'établissement de jeunes familles à Saint-Maurice. D'autre part, il soutient que cela pourra poser certains problèmes aux élèves qui voudront participer à des programmes d'études spécialisées.

«Ceux qui sont aux Estacades en sports-études ou en musique-études devront-ils aller à Shawinigan pour suivre ces formations? Les Estacades, c'est à 10 minutes de chez nous.»

Claude Caron vit le même genre de situation à Saint-Boniface. Avec la réforme, cette municipalité à côté de Shawinigan deviendra membre de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, un non-sens, selon lui.

«Ce n'est pas normal comme décision. Les affinités avec Shawinigan sont plus proches. Saint-Boniface est à cinq minutes de l'école Val-Mauricie. Je vois mal que nos jeunes soient obligés d'aller à Trois-Rivières ou à Louiseville.»

Saint-Boniface vit une belle croissance démographique depuis quelques années. Claude Caron s'interroge à propos de l'impact d'une telle mesure sur l'arrivée de nouvelles familles.

«On a une vingtaine de nouvelles constructions par année. Je ne sais pas à quel point ça pourrait influencer des gens à venir s'établir chez nous. C'est une question qu'on peut se poser pour le développement domiciliaire. Si le parent travaille à Shawinigan, mais qu'il doit voyager son jeune à Trois-Rivières parce qu'il fait du basket après l'école, c'est une autre affaire.»

Claude McManus voit dans cette décision non seulement un illogisme en terme de déplacements pour les adolescents de Saint-Mathieu-du-Parc vers Trois-Rivières ou Louiseville, mais aussi un impact non négligeable sur la vitalité du milieu.

«Ça nous nuit énormément, car on essaie comme municipalité de conserver ce groupe d'âge-là. Les gens viennent s'établir chez nous, car on a entre autres une école primaire alternative bien cotée. Mais la tendance des familles est de déménager où les enfants vont pour leur école secondaire», soutient le maire de Saint-Mathieu.

M. McManus souligne qu'il est loin de s'opposer à la volonté d'un gouvernement à économiser. Cette volonté devrait se faire en consultant les Municipalités.

«Quand t'es dans un bureau et que tu mets juste des chiffres sur une table, tu peux couper dans le nombre des commissions scolaires. Mais dans la vraie vie, il y a des impacts financiers et sociaux rattachés à ça. Les jeunes le disent: le lien naturel est avec Shawinigan. Leurs amis sont à Shawinigan, ils jouent au hockey à Shawinigan, ils vont au cinéma à Shawinigan. Et là, c'est peut-être l'ancien policier qui parle, mais aussitôt que tu fais faire trois fois plus de distance à des gens, tu augmentes le risque d'accident de trois fois», de souligner ce retraité de la Sûreté du Québec.

Toutes les options sont là pour le privé

La refonte des territoires des commissions scolaires amène le secteur privé à évaluer toutes les possibilités pour le transport de ses élèves, incluant la mise en place d'un service de transport indépendant.

L'idée d'établir ce type de service a été évoquée lorsque le gouvernement du Québec a annoncé les compressions dans le transport scolaire. On ne sait pas encore de quelle façon va se faire le transport scolaire, mais cette option n'est pas rejetée du revers de la main.

«Tout est sur la table. On ne sait pas de quel bord le dossier ira», commente Julie L'Heureux, directrice générale de l'Institut secondaire Keranna de Trois-Rivières et porte-parole du Regroupement des écoles privées de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Keranna accueille des élèves de la MRC des Chenaux actuellement membres de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy et qui déménageront au sein de la Commission scolaire de l'Énergie. Le Séminaire Sainte-Marie de Shawinigan vit la même chose: l'école enseigne à des adolescents provenant du secteur nord de la MRC de Maskinongé qui font partie actuellement de la Commission scolaire de l'Énergie, mais qui relèveront de la CS du Chemin-du-Roy.

«On est préoccupé par la situation, admet sans détour François St-Onge, le président du conseil d'administration du SSM. On fait affaire avec la commission scolaire qui offre le transport, mais si on ne peut pas le faire avec l'Énergie, ça complique les affaires. Et ça n'a pas beaucoup de sens non plus que Saint-Boniface s'en aille à Chemin-du-Roy.»

Si Mme L'Heureux mentionne que tout est sur la table, c'est en raison notamment de la fin prochaine d'une obligation législative imposée par Québec aux commissions scolaires de transporter les élèves de leur territoire qui fréquentent les écoles privées.

«Cette loi prend fin à compter de 2015-2016. Donc, avant de savoir si la réforme des commissions scolaires nous touche ou pas, on doit savoir si la commission scolaire est toujours intéressée à poursuivre le partenariat. On ne sait pas si on va être invité à jaser avec la commission scolaire ou si on sera intéressé à jaser à ce moment.»

La mise sur pied d'un service de transport privé et la conclusion d'ententes de transport entre commissions scolaires sont deux options qui devront être étudiées, déclare M. St-Onge.

«On est toujours en mode solution pour les parents. Mais ce que fait le ministère de l'Éducation, ça ne répond pas aux besoins des parents sur le terrain.»

 

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