Des milliers de personnes dans la rue contre la hausse des frais de garderie

Plus de 600 personnes ont manifesté dans les... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

Agrandir

Plus de 600 personnes ont manifesté dans les rues de Trois-Rivières afin de dénoncer la volonté du gouvernement de s'attaquer au principe d'universalité des garderies.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Vicky Fragasso-Marquis
La Presse Canadienne
Montréal

Des milliers de personnes se sont réunies dimanche matin un peu partout au Québec pour contester une hausse éventuelle des frais de garderie.

Des parents accompagnés de leurs enfants, des éducatrices en garderie et plusieurs politiciens étaient présents pour appeler le gouvernement à reconsidérer sa décision sur la hausse possible des frais de services de garde, qui frappera directement la classe moyenne, selon certains.

À Trois-Rivières, ils étaient plus de 600 personnes à reprendre en choeur les slogans visant à faire fléchir la volonté gouvernementale. Partis du parc Champlain, les manifestants ont sillonné les rues avoisinantes afin de diffuser leur message au plus grand nombre. Pour Julie Sylvestre, présidente du Syndicat régional des travailleuses et travailleurs en CPE du Coeur du Québec (CSN), «le système fonctionne bien, il a prouvé son efficacité, donc il n'y a aucune raison pour que le gouvernement coupe là-dedans».

Un son de cloche que partage Dany Carpentier, père de deux jeunes enfants dont l'une fréquente un CPE. «Je porte le drapeau et je vais au devant de cette manifestation, car je suis très satisfait de mon CPE. Il m'offre un service de qualité, j'adore la gouvernance démocratique qui l'anime et j'y tiens. Quand ça va bien, pourquoi on touche à ça?», se questionne-t-il.

«Ça va tuer la classe moyenne. Ça vaudra même plus la peine d'aller travailler avec les trois enfants à la garderie (...) Ils ne s'y prennent pas par les bons moyens pour aller chercher de l'argent», a regretté une mère de famille manifestant dans le Quartier des spectacles, à Montréal, Stéphanie Lamoureux.

D'autres manifestants ont déploré que le gouvernement s'attaque au principe d'universalité des garderies.

«Les gens plus fortunés paient déjà leur part d'impôt pour financer les services. (...) Ça va s'arrêter où? Quand les gens plus riches vont aller à l'hôpital ils vont devoir plus payer? Quand ils vont envoyer leurs enfants à l'école publique, va-t-il falloir qu'ils paient aussi?», a remarqué un manifestant, David Renaud.

À Montréal, l'événement a culminé avec un spectacle du groupe Les Petites Tounes et la présentation de plusieurs discours militants devant la foule, qui débordait de la rue Sainte-Catherine à Jeanne-Mance.

«Monsieur Couillard, voulez-vous qu'on se souvienne de vous pour avoir saccagé la politique familiale?», a lancé le président-directeur général de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, Louis Sénécal, sous des applaudissements nourris.

M. Sénécal a d'ailleurs reproché à la ministre de la Famille Francine Charbonneau de «ne pas avoir donné de réponses» aux questions des intervenants dans le milieu.

Dans une rare unanimité, tous les partis de l'opposition de l'Assemblée nationale avaient un représentant sur scène pour manifester leur opposition au projet.

Stéphane Bédard, le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), qui avait proposé une hausse des frais de garderies de 7 à 9 $ en 2013, lorsqu'il était au pouvoir, croit que la solution du Parti libéral ne tient pas la route. «Cette hausse-là (celle du PQ) était conditionnelle à quelque chose de simple; il fallait faire en sorte que tous les parents du Québec aient accès à une place en service de garde. Le gouvernement libéral fait exactement l'inverse. Il provoque une hausse de 5 à 10 $ par jour par famille. C'est inacceptable», a-t-il expliqué.

Le psychologue et ancien député péquiste, qui a contribué à la mise en oeuvre de cette politique familiale en 1997, Camil Bouchard, a même plaidé pour la gratuité des services de garde, au même titre que l'éducation primaire et secondaire.

«Au fur et à mesure qu'on augmente les frais, que ce soit de façon fixe ou modulée, on s'éloigne de l'universalité et de la gratuité. On s'éloigne du concept-même de l'idée d'un service essentiel. Quand un parent place son enfant dans un service éducatif, il n'est pas en train de s'acheter un permis de pêche», a-t-il illustré.

Le gouvernement Couillard envisage d'établir une modulation des tarifs de garderies en fonction du revenu familial, dès le 1er avril. Ainsi le tarif pourrait atteindre jusqu'à 20 $ par jour, en fonction du salaire des parents.

La ministre de la Famille Francine Charbonneau estime que le gouvernement et les manifestants partagent les mêmes objectifs.

«Les gens voulaient dire l'importance qu'ils portent aux services de garde. C'est entendu; le gouvernement n'a jamais annoncé leur fermeture. On est pour les mêmes valeurs que les gens qui sont sortis aujourd'hui», a indiqué la ministre, en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.

Elle comprend que les scénarios envisagés peuvent en inquiéter certains, mais elle insiste pour dire que les centres de la petite enfance, tels qu'ils le sont actuellement, ne peuvent être maintenus en raison de leurs coûts, mais aussi en raison des iniquités dans le système.

«Malheureusement, en regardant le réseau de service de garde en ce moment, l'universalité n'existe pas, ni dans l'octroi des places, ni dans la facturation», a-t-elle expliqué.

La ministre a toutefois martelé que la décision du gouvernement n'était toujours pas prise sur les changements qui seront apportés.

«La modulation, c'est une façon de faire. Est-ce que ce sera elle qu'on va retenir? On est en train de regarder toutes les possibilités.»

Des manifestations ont aussi eu lieu à Sept-Îles, à Gatineau, en passant par Saguenay, Sherbrooke et Québec.

Avec la collaboration d'Olivier Gamelin

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer