L'évêché largue le Foyer des marins

L'aumônier et directeur général Jocelyn Robichaud s'inquiète de... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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L'aumônier et directeur général Jocelyn Robichaud s'inquiète de l'avenir du Foyer des marins maintenant que l'évêché lui a retiré son soutien financier.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

L'évêque de Trois-Rivières, Luc Bouchard, vient de prendre une décision qui risque de susciter une autre controverse. Cette fois, elle touche un organisme de charité, le Foyer des marins, dont il vient d'annoncer qu'il ne sera plus soutenu financièrement par l'évêché comme c'était le cas depuis sa fondation par Mgr Martin Veillette, il y a 16 ans.

L'aide financière qui s'élevait à une vingtaine de milliers de dollars servait à débourser le modeste salaire du directeur général de l'organisme, en l'occurrence l'aumônier, Jocelyn Robichaud, qui en assure la direction à temps plein et y supervise une équipe d'environ 20 bénévoles. Le local du Foyer des marins qui se trouve au deuxième étage de l'immeuble d'accueil du port, situé près de la barrière d'entrée, est fourni gratuitement par l'administration portuaire qui tient beaucoup à ce service.

On trouve dans ce foyer des vêtements chauds pour les marins du sud qui arrivent mal préparés pour l'Amérique du Nord, de même que des services Internet qui leur permettent de rester en contact avec leur famille, sans compter une multitude de petits services qui rendent leur vie à terre plus facile. Bon an mal an, le foyer reçoit une vingtaine de marins par bateau, pour un minimum de 150 bateaux étrangers annuellement. C'est donc 3000 marins susceptibles d'avoir besoin d'assistance.

L'aumônier, Jocelyn Robichaud, était tellement surpris et choqué par la décision de son évêque qu'il s'en est ouvert très librement dans une lettre publiée vendredi dans nos page d'opinions.

Il dit ne pas avoir caché à Mgr Bouchard qu'il s'apprêtait à prendre sa retraite et ce dernier, lors d'une rencontre avec les bénévoles, les avait encouragés à trouver un remplaçant, en faisant remarquer que lui-même ne trouverait sans doute pas de prêtre ou de diacre pour prendre la place de M. Robichaud.

«Il a dit: si vous connaissez quelqu'un, le diocèse va l'assumer. Tout à coup, oups! six mois plus tard, il n'y a plus rien. C'est à n'y rien comprendre. Et les bénévoles ne comprennent pas non plus, relate le directeur du foyer. On m'a dit que le diocèse n'avait plus les fonds pour payer le salaire de l'aumônier et que même si je n'avais pas pris ma retraite, je n'aurais plus été payé à partir de janvier 2015.»

Réjean Nadeau, le président du conseil d'administration de l'époque (remplacé depuis peu par Jean Boisvert) a rencontré Mgr Bouchard à deux reprises. L'évêque aurait déclaré avoir consulté des gens et que sa décision était définitive. La collaboration était terminée.

Dans sa lettre ouverte, l'aumônier rappelle à son supérieur ses propres paroles. «Le diocèse de Trois-Rivières dit se donner comme priorité pastorale cette année Une église missionnaire. Cependant, par sa décision, Mgr Bouchard semble rejeter du revers de la main tout ce que le foyer a accompli au nom du diocèse depuis les 16 dernières années. Ne sommes-nous pas partie prenante de cette priorité diocésaine? Il faut croire que non.»

M. Robichaud n'en démord pas, nourrir et procurer des vêtements chauds à de pauvres marins qui travaillent dans des conditions très difficiles, ça ne peut être plus missionnaire. «C'est quoi une église missionnaire, si ce n'est pas ça? Je me suis senti trahi par la décision de l'évêché. On nous tasse», avoue-t-il.

Comme pour bien prouver que les marins ont vraiment besoin d'aide, il n'hésite pas à comparer certains de leurs employeurs «à des négriers des temps modernes». La situation récente vécue par la Ville de Sorel dont ses habitants ont dû venir en aide à des marins turcs littéralement abandonnés au port par leur employeur, sans salaire, ni nourriture convenable, sur un cargo en décrépitude, n'est pas sans lui donner raison.

«Un bout de temps, c'était plus calme, mais des situations comme celle-là, on en voit de plus en plus ces derniers temps, note-t-il. Quand on a ouvert le foyer il y a 16 ans, c'est parce qu'il y avait un bateau insalubre. On voulait aider les marins, mais on n'avait aucun moyen. C'est là que le port nous a prêté un local. Encore l'année passée, il y avait des gars sur un bateau roumain et ça faisait quelques mois qu'ils n'avaient pas mangé convenablement. Ils n'avaient pas de salaire.

Il y a trois semaines à peine, on a eu des Philippins et des Ukrainiens qui mangeaient la valeur d'une tasse de riz par jour! Il a fallu faire intervenir l'ITF, le syndicat international des marins. Ils ont négocié et ils ont gagné. Ça n'avait pas d'allure. Si on n'est plus là, qu'est-ce qui arrive avec ces marins?», s'inquiète leur aumônier.

Alors que la Maison du marin de Montréal peut compter sur de généreux donateurs, le Foyer des marins ne vivait qu'avec le soutien de l'évêché et de l'administration portuaire. «On n'est pas là pour faire de l'argent, explique l'aumônier. On vit selon nos moyens. On ne veut pas que ça devienne un objectif. Je ne veux pas comme un certain foyer que je connais, avoir ici un bar long comme le mur. Je ne veux pas qu'on fasse de l'argent sur le dos des marins. Ils n'en ont déjà pas assez. Le peu d'argent que l'ont fait en leur vendant pour quelques dollars des vêtements donnés par la population, on le remet en cadeaux de Noël aux marins.»

M. Robichaud insiste, on cherche un directeur bilingue pour le remplacer, capable de travailler en équipe, de superviser une vingtaine de bénévoles, d'administrer le foyer et bien sûr d'être à l'écoute des marins. Un don providentiel, anonyme, devrait permettre à l'organisme de survivre encore un an.

Il n'a pas été possible d'obtenir un commentaire d'un porte-parole de l'évêché.

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