«Il n'y avait qu'un seul parti aujourd'hui, celui de la démocratie»

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À leur arrivée à la Chambre des communes, les chefs de parti, comme Stephen Harper et Thomas Mulcair, se sont donné une chaleureuse accolade.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Mercredi tout le monde réagissait selon ce qu'il était. Aujourd'hui, tout le monde est dans l'émotion. On a décrété jeudi Journée officielle des câlins.»

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Louis Plamondon

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

C'est avec humour et, oui, beaucoup d'émotion, que Robert Aubin, député de Trois-Rivières, décrivait le retour au travail de tous les députés, jeudi, à la Chambre des communes, au lendemain des événements dramatiques qui s'y sont déroulés mercredi.

Comme beaucoup d'autres, le député avait commencé sa journée par un détour au cénotaphe, où un soldat de faction a été abattu par le tireur qui devait ensuite semer l'émoi à l'hôtel du parlement. M. Aubin dit ne pas avoir eu connaissance de l'incident qui s'y est produit au passage du premier ministre Stephen Harper, venu lui aussi se recueillir quelques minutes, alors qu'a surgi un individu vêtu d'un pantalon de camouflage, proférant des propos menaçants.

Ce dernier fut immobilisé au sol sans ménagement par les policiers. «J'imagine que pour les prochains jours, les policiers vont réagir... et poser des questions ensuite», a commenté le député.

Ce dernier a raconté comment, une fois enfin revenu à son appartement mercredi soir, il a pu prendre la mesure des événements et de leurs répercussions au pays comme partout dans le monde. «De l'intérieur, dans l'action, on ne voit pas tout cela.»

Lui et ses collègues qui ont été séparés en groupes pendant les événements, étaient très heureux de se retrouver sains et saufs jeudi matin. L'accolade entre le premier ministre et les chefs des partis d'opposition a aussi pansé le coeur de bien du monde.

«Franchement, je ne pensais pas voir cela dans mon mandat», a blagué M. Aubin, tout en s'empressant d'ajouter que ce geste était sincère «et pas juste du théâtre.»

Le député de Trois-Rivières a aussi eu le temps d'aller remercier personnellement le sergent d'armes Kevin Vickers. «On ne félicite pas quelqu'un d'avoir tué une personne. C'est un geste sans retour. Je l'ai senti très ému ce matin. Il ne voulait pas un hommage personnel.»

Sur sa page Facebook, M. Aubin a écrit: «je n'ai pu m'empêcher de lui dire de prendre bien soin de lui car malgré le fait qu'il soit formé pour ce genre de situation, ça ne doit jamais être sans conséquence de tuer un homme lorsque l'on est sain d'esprit.»

En décrivant l'atmosphère qui régnait jeudi à la Chambre des communes, Robert Aubin avoue avoir constaté qu'il y aura désormais un avant et un après 22 octobre 2014.

Son collègue bloquiste Louis Plamondon, a confié avoir peu dormi dans la nuit de mercredi à jeudi. Il raconte avoir passé presque toute la nuit à réfléchir à sa vie, ses activités sociales, familiales et politiques, en réalisant que tout aurait pu arrêter subitement.

Levé très tôt, le doyen des députés a décidé de se rendre à la Chambre des communes en se disant: «Ils ne nous auront pas!» Toutefois, une sonnerie d'alarme qui a retenti au moment où il montait les marches du parlement, l'a forcé à retourner sur ses pas et à rester à l'extérieur quelques minutes.

«Ma première réaction fut: ben voyons, qu'est-ce qui se passe encore?» Une fois rassuré sur la fausse alarme, le député est entré et a refait le parcours du tireur, histoire explique-t-il de démystifier tout ce qui est arrivé. Alors qu'il repérait les traces de balles sur les murs, un homme vêtu de noir est passé en trombe devant lui. «C'était le sergent d'armes! J'ai lancé : bonjour M. Vickers et il a répondu: bonjour M. Plamondon! Il était là à7 h du matin!»

Reprenant sa visite, Louis Plamondon a croisé le ministre Christian Paradis qui, lui aussi, lui a lancé un cordial bonjour suivi d'un «Comment vas-tu aujourd'hui?» «Normalement, on se croise en coup de vent et chacun va dans son coin, mais là, on a pris le temps de parler.»

Cela dit, c'est une fois arrivé à la Chambre des communes, à la reprise des travaux, que le député de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour a ressenti toute la charge émotive qui s'y trouvait. «Je pense qu'en 30 ans de carrière, c'est l'un des moments les plus émouvants que j'ai vécus, avec ma rencontre avec Nelson Mandela. Les gens disaient qu'il fallait continuer. Il n'y avait qu'un seul parti aujourd'hui, celui de la démocratie.»

D'un accord commun, M. Plamondon a pu s'exprimer à son tour en chambre, et a dit souhaiter qu'à l'avenir tous les partis soient consultés lorsqu'il est question de relations internationales et de décisions concernant les forces armées. «J'ai terminé en disant que nous allions continuer de défendre la démocratie.»

Ruth Ellen Brosseau... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 2.0

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Ruth Ellen Brosseau

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Pour sa part, Ruth Ellen Brosseau, députée de Maskinongé, admet avoir éclaté en sanglot aussitôt qu'elle s'est assise dans sa voiture mercredi soir, après être restée confinée des heures dans une pièce close. Tout comme son collègue Louis Plamondon, elle a passé une nuit blanche, serrant son jeune fils dans ses bras. «J'ai hâte de le revoir ce soir.»

Visiblement, Mme Brosseau était encore très bouleversée et choquée par les événements tragiques de mercredi dernier.

De retour au travail jeudi matin, c'est en compagnie d'un collègue qu'elle est entrée à l'hôtel du parlement. Elle a pris le temps de parler aux gardes de sécurité et surtout de les remercier pour leur travail.

«C'était beaucoup d'émotions de retourner en chambre. Mais c'était important de ne pas se laisser intimider et menacer. Il y avait plein de mesures de sécurité, une forte présence policière.» Le moment le plus émouvant de la journée fut l'entrée du sergent d'armes dans la Chambre, sous les applaudissements nourris des députés debout.

«Il était très ému, on le voyait sur son visage... et nous aussi. Il y a eu de belles paroles de la part de tous les chefs. L'accolade était émouvante. Je ne les ai jamais vus faire cela je pense, même à la mort de Jack Layton. J'étais vraiment touchée.»

Plus tard, Mme Brosseau a pu remercier personnellement le sergent d'armes et, de son propre aveu, il lui a fallu tout son sang froid pour ne pas le faire en pleurant.

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