Des députés de 1984 se souviennent

En 1984, le caporal Denis Lortie s'était introduit... (Photo: Archives, La Presse)

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En 1984, le caporal Denis Lortie s'était introduit armé et en uniforme militaire dans l'hôtel du parlement du Québec. Il a tué trois personnes et en a blessé treize autres.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

Les événements tragiques de mercredi n'ont pas été sans raviver des souvenirs douloureux chez d'autres élus, soit les députés de l'Assemblée nationale de 1984, alors que le caporal Denis Lortie s'était introduit armé et en uniforme militaire dans l'hôtel du parlement du Québec, dans le but avoué d'assassiner René Lévesque et ses députés du Parti québécois, tuant sur son passage trois personnes et en blessant treize autres, avant de se laisser capturer le jour même.

Yves Duhaime... (Photo: Émilie O'Connor) - image 1.0

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Yves Duhaime

Photo: Émilie O'Connor

Yvon Picotte ... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste) - image 1.1

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Yvon Picotte

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

Mais cela dit, l'ex-ministre Yves Duhaime voit peu de liens entre les deux événements, le premier étant le fait d'un militaire malade et le second, selon ce qu'on en sait, d'un être psychologiquement instable.

Lors des événements de 1984, M. Duhaime était à Baie-Comeau pour s'occuper du dossier de la Reynolds. Apprenant la nouvelle, il avait quitté précipitamment les lieux pour rentrer à Québec en avion. Une fois sur place, en après-midi, il s'était rendu à l'Assemblée nationale voir l'état de son bureau et celui de René Lévesque. Ils étaient criblés de balles.

«C'est quelque chose de sacré la liberté de débattre de la démocratie dans nos gouvernements, fait-il remarquer. Quand on voit ça, on est déçu car comme citoyens, nous voulons vivre en liberté. Mais en même temps, allons-nous nous barricader, tout le monde? On ne vivra plus!»

Yves Duhaime conclut en faisant remarquer qu'à l'évidence, ce genre de risque est désormais inhérent au métier de député... un métier mal payé en plus, ne peut-il s'empêcher d'ajouter.

De son côté, l'ex-ministre libéral Yvon Picotte s'est dit bouleversé par les événements de mercredi qui, bien sûr ont fait remonter à la surface de pénibles images de la mortelle fusillade. «Ce jour-là, j'ai même traîné un blessé en sécurité dans le bureau du lieutenant gouverneur, se souvient-il. J'avais donné une entrevue à la radio mais ma voix étant tellement changée par l'émotion que ma propre mère ne l'avait pas reconnue. Il a fallu que je lui parle personnellement pour la rassurer.»

Yvon Picotte estime que ces événements exceptionnels plaident à nouveau pour un renforcement de sécurité autour des parlements. «On a beau appeler ça la Maison du peuple, il faut comprendre que si ce peuple en général n'est pas dangereux, il y a une fraction qui l'est. Il faut que les élus puissent siéger et travailler en toute sécurité. Heureusement qu'à Québec maintenant, on a renforcé les mesures de sécurité avec des détecteurs de métal. En plus, tout le monde est bien identifié: députés, agents de sécurité et médias.»

Par ailleurs, l'ex-ministre confie ne pas en être revenu, lors d'un récent passage à Ottawa, d'avoir constaté que des ministres fédéraux n'avaient pas toujours de garde du corps. Une mesure qu'il faudra corriger, croit-il, sinon un jour, on pourrait déplorer un vrai bain de sang.

Jean-Pierre Jolivet... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 2.0

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Jean-Pierre Jolivet

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Pour sa part, l'ex-ministre péquiste Jean-Pierre Jolivet dit devoir à un heureux concours de circonstance la joie de pouvoir faire sauter sa petite-fille sur ses genoux, lui qui, le jour de la fusillade de Québec, était exceptionnellement arrivé en retard à la commission à laquelle il devait assister à titre de vice-président de l'Assemblée nationale.

«C'est arrivé quelques jours avant la naissance de mon fils qui vient d'avoir 30 ans, note-t-il la voix soudainement enrouée par l'émotion. Si j'étais arrivé à l'heure, ma femme aurait été veuve avec six enfants. C'est sûr que ces événements font remonter des émotions. Tout cela montre qu'on ne peut plus se fier à personne de nos jours. C'est dommage de devoir prendre des mesures spéciales pour un cas», a-t-il déploré.

Yves Beaumier, qui en 1984 était président du caucus du Parti québécois, a lui aussi été reporté en 1984 dès qu'il a pris connaissance des événements d'Ottawa.

«À cette époque, rappelle-t-il, je ne pense pas que le caporal Lortie s'en prenait à notre système démocratique mais plutôt qu'il s'agissait du geste d'un militaire frustré par une décision du gouvernement au sujet de la langue française, et qui se faisait humilier dans l'armée. Ce qui fut triste, c'est que ce sont des membres du personnel de l'Assemblée nationale qui ont été touchés. Ce sont les élus qui étaient visés mais Lortie s'était trompé d'heure.» Selon M. Beaumier, on pouvait alors entrer à l'Assemblée nationale «comme dans un bar ouvert».

«Heureusement, ça s'est sécurisé depuis.» Des attentats comme ceux qui se sont produits mercredi à Ottawa et lundi à Saint-Jean-sur-Richelieu, lui font dire que personne n'est à l'abri des actes d'une personne aux prises avec un délire religieux et qui se radicalise subitement. «Nous ne sommes pas à l'abri de ça. C'est pour cela qu'il faut être délicat et attentif avec notre démocratie», croit-il.

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