Itinérance: plus de femmes, de jeunes et d'aînés

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Selon Dany Lacroix, directeur des services professionnels au Centre Le Havre, le visage de l'itinérance à Trois-Rivières s'est considérablement modifié avec les années.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le portrait de l'itinérance à Trois-Rivières n'est pas une photographie statique qui résiste sans broncher au passage du temps. Au Centre d'hébergement Le Havre, on constate que le visage stéréotypé du sans-abri arborant la barbe poivre et sel et faisant la manche sur le coin d'une rue n'est pas caractéristique de la réalité trifluvienne. Loin s'en faut.

Parmi la centaine de nouvelles demandes d'aide colligées chaque mois, de plus en plus de femmes, de personnes vieillissantes et de jeunes âgés entre 18 et 30 ans, ainsi que des membres des premières nations, cognent à la porte de l'établissement d'urgence, cela sans compter la complexité des problématiques qu'ils traînent dans leur baluchon de vie.

«L'image de l'homme qui sent la robine, un peu clochard, est davantage associée à ce qu'on appelle l'itinérance chronique, qui n'est pas le noyau central à Trois-Rivières. Ici on parle davantage d'itinérance cyclique, c'est-à-dire une personne qui subit des contraintes internes et externes et qui a régulièrement recourt à des ressources d'aide. Le danger c'est que les personnes qui vivent l'itinérance cyclique glissent vers l'itinérance chronique, ce qui peut arriver lorsqu'elles ne trouvent aucune aide pour les soutenir», souligne Dany Lacroix, directeur des services professionnels au Centre Le Havre.

Il y a une dizaine d'années, le nombre de femmes dont la condition sociale réclamait qu'elles soient hébergées sur-le-champ avoisinait les 3 ou 4 %. Aujourd'hui, plus d'une personne sur cinq qui se présente au centre de la rue Brébeuf relève d'Ève et non plus d'Adam. Et avec elle un passé où s'accumulent les périodes de violence et de prostitution, une situation que l'on ne retrouve pas coûte que coûte dans la population itinérante de sexe masculin. Selon M. Lacroix, la forte proportion de femmes sans domicile fixe est particulièrement préoccupante.

«Avant on accueillait les femmes dans des mesures d'exception. Puis on n'a pas eu le choix de créer un espace physique destiné à l'hébergement des femmes, car les demandes grandissent tout le temps. Pour reprendre une expression entendue, les femmes qui arrivent au Havre sont souvent hypothéquées, pour ne pas dire poquées. Elles ont un parcours de vie difficile, vivant de la violence de toutes sortes et ayant un profil de prostitution. Cela sans compter les problématiques liées à une dépendance aux drogues dures.»

De l'avis du directeur du Havre, ces itinérantes ne peuvent tout simplement pas être accueillies par les différentes ressources d'aide qui composent le réseau de la santé et des services sociaux, car leur parcours atypique et leurs capacités limitées ne cadrent pas dans un programme spécifique de réinsertion. «Elles ne sont pas rendues là dans leur cheminement», insiste-t-il.

Quant au vieillissement de la population itinérante, M. Lacroix note que les statistiques du Havre ne dérogent pas à la courbe démographique du Québec. Dans un contexte de rupture sociale, un individu est considéré comme une «personne âgée» à partir de l'âge de 50 ans, considérant que la dégradation de ses conditions générales de vie est plus souvent qu'autrement prématurée. Une situation qui n'est pas sans complexifier l'intervention d'aide, car les problématiques inhérentes à ces «personnes âgées», telle la toxicomanie, sont davantage ancrées dans leur quotidien et donc plus difficilement cicatrisables.

À l'opposé de ce spectre, les jeunes de moins de 30 ans constituent 27 % des bénéficiaires de service au Centre Le Havre. «Que les jeunes représentent un noyau aussi fort, on ne voyait pas ça avant», avoue M. Lacroix.

Enfin, les membres des premières nations complètent le «nouveau» visage de l'itinérance dans la cité de Laviolette. Si on constate du même souffle que cette réalité sociale s'actualise principalement dans la métropole, la position géographique centrale de Trois-Rivières attire de plus en plus de personnes déboussolées en provenance des territoires sous gestion amérindienne.

«La présence des membres des premières nations existe ici aussi», laisse entendre M. Lacroix. «Souvent les gens passent de La Tuque vers Shawinigan et, lorsque ça ne fonctionne pas, arrivent à Trois-Rivières.»

En définitive, peu importe le sexe, l'âge et le point de départ des personnes vivant une situation de rupture sociale, la plupart cumulent de multiples problématiques qui corsent leur prise en charge personnelle. Entre la santé mentale, la toxicomanie, la violence, la crise suicidaire, l'itinérance et la pauvreté, ce n'est pas toujours clair comme le jour d'établir la liste des priorités. Ainsi, 100 % des personnes admises à la maison de transition Laviolette, gérée par Le Havre, accusaient simultanément plusieurs ennuis.

«Les personnes n'ont plus une seule problématique. Et comme l'hébergement d'urgence n'est pas un programme, le plan n'est pas le même pour tous. Il faut accepter d'accueillir chaque personne comme un cas unique et travailler à partir des forces de chacun. C'est le seul moyen d'adapter le plan de sortie en fonction de la personne», conclut M. Lacroix avec conviction.

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