Une ferme disparaît: des règlements trop stricts?

Martin Grenier voulait acheter le troupeau de Robert... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Martin Grenier voulait acheter le troupeau de Robert A. Cossette. Mais il s'est heurté à des écueils qui l'ont empêché de réaliser son projet.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Saint-Maurice) «Une ferme qui disparaît, c'est un drame pour une communauté. Et qu'est-ce qu'on fait concrètement pour aider la relève agricole depuis les 10 dernières années? Rien!»

Martin Grenier ne peut plus se retenir de parler. Ce fils d'agriculteur de Saint-Maurice a fortement réagi à la lecture d'un texte publié la semaine dernière dans Le Nouvelliste concernant le lancement d'un plan d'action par le Réseau en établissement agricole de la Mauricie visant à freiner la perte d'entreprises. Il clame que les instances impliquées dans le secteur de l'agriculture peuvent bien dire qu'elles ont à coeur la relève entrepreneuriale, rien n'est plus faux selon lui.

«Tout le monde, l'UPA, le MAPAQ, se demande comment on peut sauver une ferme. Mais quand quelqu'un lève la main, on lui met des bâtons dans les roues.»

M. Grenier est ce producteur porcin de Saint-Maurice dont les installations ont été détruites par un incendie survenu le 6 octobre 2010. Il a voulu se réorienter dans la production laitière. Mais les obstacles ont été tellement nombreux sur sa route qu'il n'a pu concrétiser son projet, affirme-t-il.

«J'avais regardé pour racheter un troupeau laitier, car les produits des quotas sont plus stables que dans le marché du porc. J'ai cherché dans des Chenaux pour trouver une ferme à vendre en 2012. Je finis par en trouver une en 2013 à Saint-Narcisse, celle de Robert A. Cossette, avec 35 vaches, quelque chose de bien. On s'entend sur un prix, mais l'étable est désuète. J'ai 40 ans, je veux investir pour 20 ans et je veux travailler dans quelque chose d'intéressant. Je veux ramener le quota de lait sur ma terre», mentionne M. Grenier.

Le scénario de rapatrier les activités de la ferme de M. Cossette sur sa terre à Saint-Maurice faisait économiser environ 800 000 $ à M. Grenier. De plus, sa terre est déjà desservie en électricité et en eau et est équipée de machinerie, d'une fosse à purin et d'un chemin d'accès.

M. Grenier se bute à un règlement interdisant le déménagement d'un quota, même à l'intérieur d'une MRC. On lui conseille de soumettre une demande au programme d'aide au démarrage d'entreprises laitières offert par la Fédération des producteurs de lait du Québec.

«J'ai déposé mon dossier, mais j'ai eu très peu d'aide pour le préparer. Et quand on a 40 ans, on n'a plus d'aide, car on est trop vieux pour les programmes du MAPAQ, de la Financière agricole.»

La demande d'aide de M. Grenier a été refusée par la fédération, non pas en raison de son âge (il a eu 41 ans en mars), mais parce que la proposition soumise par l'agriculteur ne satisfaisait pas les critères d'admissibilité en ce qui a trait à l'appui requis de producteurs et de fournisseurs.

«Je suis déçu de la tournure des événements parce que je pense que c'était un dossier facile, dit M. Grenier. Mais j'ai pas fait assez pitié. J'avais 18 fournisseurs qui appuyaient mon projet, cinq producteurs autour de chez nous, la Municipalité, le CLD, la MRC. Je voulais une petite entreprise, agréable à gérer et je voulais être capable de vivre de mon agriculture et être capable de garder un quota en vie.»

Le refus de la Fédération des producteurs de lait du Québec d'aider Martin Grenier a mis fin à son projet d'acheter les bêtes de M. Cossette. Désirant prendre sa retraite, ce dernier n'a eu d'autre choix que de vendre son troupeau.

«J'étais à l'aise avec la solution proposée, dit M. Cossette. J'aimais son projet, car c'est un gars de la région. Le troupeau a été acheté par un jeune de Ham-Nord, au Centre-du-Québec, qui était éligible au programme de prêt au démarrage. Mais pourquoi ils n'ont pas choisi Martin pour garder un troupeau en Mauricie? J'avais un gars de Saint-Maurice qui était intéressé, c'est à côté de chez nous. Ça aurait resté dans des Chenaux.»

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