Coupes dans l'achat de livres à l'école: «une décision imbécile»

L'auteur et libraire Bryan Perro estime que la... (Photo Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

Agrandir

L'auteur et libraire Bryan Perro estime que la décision du ministre de l'Éducation Yves Bolduc est «la plus imbécile qui a été prise en éducation depuis longtemps».

Photo Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'auteur et libraire Bryan Perro ne mâche pas ses mots pour donner une volée de bois vert au ministre de l'Éducation Yves Bolduc qui, dès cette année, ne réservera pas d'enveloppe dédiée exclusivement à l'acquisition de livres. «C'est la décision la plus imbécile qui a été prise en éducation depuis longtemps», s'insurge l'écrivain shawiniganais.

Selon M. Perro, la plupart des programmes scolaires développés ces dernières années pour contrer le taux de décrochage boulimique qui fait rage au Québec sont orientés vers la lecture. De cette façon, non seulement le ministre se tire dans le pied en arrachant les livres des mains de ses élèves, mais qui plus est il ampute de facto leur épanouissement intellectuel. «Le ministre hypothèque l'avenir de toute une génération», s'insurge-t-il.

Depuis plusieurs années, M. Perro bourlingue ses conférences aux quatre coins de la province et, donc, il a pu constater de visu l'état lamentable de plusieurs bibliothèques scolaires. À l'heure où la jeunesse s'intéresse de plus en plus à la lecture et aux livres, l'auteur de la série littéraire Amos Daragon jette la pierre au ministre de l'Éducation dont les priorités penchent davantage vers l'atteinte de l'équilibre budgétaire que vers la réussite et l'épanouissement des jeunes citoyens.

«Les bibliothèques scolaires sont anémiques, particulièrement dans les milieux ruraux. J'en ai vues qui faisaient pitié à voir», s'exclame-t-il.

Ainsi, l'homme de lettres qui tient pignon sur rue à Shawinigan considère que le ministre Bolduc enlève aux professeurs des outils pédagogiques indispensables à la réussite scolaire de leurs élèves. Une décision «terrible» qui ne fait aucun sens.

«Si je retire au médecin des outils dont il se sert, comment ensuite peut-il être plus performant envers ses patients? Alors lorsqu'on retire aux professeurs la lecture et que c'est la base de l'acquisition des connaissances, c'est une décision imbécile.»

Même s'il avoue que la réduction comme peau de chagrin des budgets alloués aux bibliothèques scolaires aura des impacts financiers négatifs sur le marché du livres, le propriétaire de Perro Libraire s'inquiète davantage de «l'avenir d'une génération de kids qui n'ont pas accès à des livres de qualité». Et lorsqu'on lui demande si les jeunes qu'il a eu le loisir de fréquenter ont un appétit vorace pour la lecture, Bryan Perro est catégorique.

«Sacrament j'ai vendu 1,4 million d'exemplaires d'Amos Daragon. Il y a bien quelqu'un qui les achète ces livres-là!» À sa connaissance, les collections jeunesses pullulent sur les tablettes des librairies, c'est donc dire que le public cible est présent et que la demande, qui précède toujours l'offre, est au rendez-vous.

«Les jeunes lisent plus qu'il y a dix ans, renchérit l'auteur entre deux foudres d'emportement. Les jeunes lisent de plus en plus et lorsqu'on leur propose des trucs qui vont dans leur intérêt, ça marche.»

Une fois la lecture intégrée à la vie des enfants, M. Perro est convaincu qu'elle devient aussi importante que le sport, les jeux, la musique, les amis ou la télévision. Ceux qui, au gouvernement, croient que la place du livre et de la lecture dans le quotidien des jeunes est négligeable sont des «incompétents».

Qui plus est, il revient au système scolaire de se dresser contre la «misère intellectuelle» qui sévit dans certaines familles où le livre manque à l'appel. «En contrant la misère intellectuelle, on donne une chance au kid. En privant le kid de livre, on va dans le sens de la misère intellectuelle. C'est pour ça que la décision du ministre est imbécile», martèle M. Perro.

À son avis, il y a corrélation directe entre l'habileté à la lecture des élèves du niveau primaire et le risque de décrochage scolaire au secondaire, qui avoisine les 20 % en Mauricie. Certaines études, dont celle réalisée par Monica Boudreau et Julie Grondin de l'Université du Québec à Rimouski, lui donnent raison. Selon les chercheuses, «un des principaux facteurs associés à l'abandon scolaire est l'échec en lecture».

À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, aucune décision n'a encore été arrêtée quant à l'avenir des bibliothèques de son réseau. L'an passé, la commission scolaire avait investi les 150 000 $ octroyés par le ministère de l'Éducation dans l'achat de livres, une somme redistribuée aux écoles par prorata du nombre d'élèves inscrits. En sera-t-il de même cette année, voire l'année prochaine?

«On n'est pas rendu-là dans notre prise de décision. Les discussions auront lieu. Nous ne savons pas si nous allons reconduire cette orientation comme par les années passées. Est-ce que nous allons faire des modifications? Qu'on ampute l'enveloppe ou qu'on l'investisse complètement, la décision sera prise prochainement», laisse entendre Ginette Masse, directrice des services éducatifs.

Même son de cloche à la Commission scolaire de l'Énergie, qui a décliné nos demandes d'entrevue. «Le budget de la Commission scolaire de l'Énergie sera adopté le 26 août par le conseil des commissaires», conclut par courriel Renée Jobin.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer