Amphithéâtre de Trois-Rivières: des modifications coûteuses, estime ADF

Les travaux de la structure du toit de... (François Gervais)

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Les travaux de la structure du toit de l'amphithéâtre sont toujours paralysés en raison du litige qui oppose Groupe ADF et la Ville de Trois-Rivières.

François Gervais

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(Trois-Rivières) L'entreprise Groupe ADF en a visiblement assez de se faire pointer du doigt par les dirigeants de la Ville de Trois-Rivières dans le litige qui les oppose en lien avec la construction du toit de l'amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. ADF a accepté d'ouvrir ses livres au Nouvelliste pour démontrer ce qu'elle soutient: des dépassements de coûts sont survenus sur le chantier de l'amphithéâtre et la Ville est en défaut de paiement en lien avec les contrats signés.

D'entrée de jeu, la vice-présidente ingénierie et opérations chez Groupe ADF, Carolyn Carbonneau-Hanson, stipule qu'elle a rarement vu un chantier aussi difficile, et ce, dès le début des travaux. «C'est comme si la structure n'était pas totalement finalisée lorsque le donneur d'ouvrage est allé en soumission», explique-t-elle.

C'est que la firme Dessau-Pluritec, retenue par la Ville pour la conception du bâtiment, a envoyé de nombreuses directives de modifications aux plans initiaux, et ce, après la signature du contrat avec Groupe ADF. Le contrat avait été accordé en novembre 2012 devant le conseil municipal. Toutefois, documents à l'appui, ADF a reçu au moins 24 communications écrites de la part de Dessau-Pluritec entre le 14 janvier et le 26 août, dans lesquelles on peut voir des directives de modifications. 

La grande majorité de ces directives que Le Nouvelliste a pu consulter indiquent clairement «impact budgétaire au dossier de structure». Dans ces correspondances, la firme Verreault, qui procède à l'analyse des changements demandés, transfère les directives de Dessau-Pluritec à Groupe ADF en stipulant de leur «transmettre vos implications financières». Pour ADF, il s'agit bel et bien de la preuve que des coûts supplémentaires allaient forcément être engendrés par ces modifications au contrat initial.

Rappelons qu'une mise en demeure de 1,8 M$ a été envoyée à la Ville pour obtenir le paiement immédiat de ces modifications déjà réalisées. Le maire Yves Lévesque soutient toutefois que la Ville n'a rien à se reprocher et ne paiera aucun extra, et qu'ADF a soumissionné près de 2 M$ en dessous de ses concurrents. Un argument qui a été littéralement renversé Mme Carbonneau-Hanson et son équipe. «Ça n'a aucun sens. C'est comme s'il avait fallu qu'ADF pose à l'avance des questions sur des changements que nous ne savions même pas qui allaient survenir. Il y a autre chose à part la politique dans la vie», lance-t-elle.

C'est que Groupe ADF dit avoir stoppé les travaux par souci de sécurité pour la population, en plus de l'inquiétude de se retrouver devant une impasse monétaire pour les travaux déjà effectués et ceux à venir.

«Nous avons reçu le tableau des charges révisées pour les fermes du toit que tout récemment, et toutes les charges ont été révisées à la hausse ou à la baisse. Il y a des modifications allant jusqu'à 400 % de la charge prévue au départ. Moi, comme ingénieure, je dois réviser mes calculs en fonction de ces nouvelles charges. Sauf que je n'ai présentement aucune garantie que je serai payée pour le travail que nous allons faire. Soit nous révisons nos calculs, soit Dessau doit prendre l'entière responsabilité des assemblages», soutient-elle.

Dans une autre lettre, les avocats du donneur d'ouvrage indiquent qu'aucune raison n'empêche ADF de reprendre les travaux actuellement sur le chantier. Un non-sens, lance Mme Carbonneau-Hanson, puisque les modifications des charges n'ont même pas été approuvées par le conseil municipal, ce qui est pourtant établi au paragraphe 89 du Règlement sur la gestion des contrats de la Ville. 

«D'un côté, ils nous disent devoir respecter les dispositions réglementaires, et de l'autre ils nous demandent d'aller de l'avant sans respecter ces dispositions», mentionne Mme Carbonneau-Hanson.

Six mois de retard pour la livraison du toit?

Groupe ADF estime qu'en date d'aujourd'hui, au moins six mois de retard peuvent être envisagés pour l'achèvement des travaux de la structure du toit de l'amphithéâtre. Et ça, c'est évidemment si le litige se réglait aujourd'hui et que le chantier pouvait reprendre son cours normal.

«Nous devions avoir fini la structure du toit au début du mois de juillet. Or, toutes ces modifications ont entraîné des retards dans le chantier. J'estime que si on reprenait les travaux aujourd'hui, ça pourrait se terminer en décembre», fait remarquer Carolyn Carbonneau-Hanson.

C'est d'ailleurs dans l'espoir d'un règlement rapide du litige qu'ADF a demandé l'arbitrage dans ce dossier, une demande qui a été rejetée par la Ville. «C'est dans l'intérêt de tout le monde d'aller en arbitrage, car c'est beaucoup moins coûteux que des poursuites. Si je vais en arbitrage et que l'arbitre me dit que j'ai tort, je n'aurai pas un sou. Mais si le maire a vraiment à coeur de ne pas dépenser inutilement des deniers publics et que les travaux reprennent rapidement, il serait préférable qu'il accepte l'arbitrage», croit Mme Carbonneau-Hanson.

La Ville garde le cap

De son côté, la Ville continue de maintenir sa position initiale et a procédé à aviser la caution prévue au dossier, étant donné que le chantier est présentement paralysé. Une correspondance légale en ce sens, dont nous avons obtenu copie, a été envoyée à ADF jeudi. Il n'est donc pas impossible qu'en attendant le règlement du litige, la Ville fasse appel à une nouvelle entreprise pour poursuivre les travaux.

La Ville estime toujours que les demandes de l'entreprise sont exagérées. «Nous avons mandaté Dessau pour la conception des plans. Maintenant, si en cours de route il y a des modifications, ça regarde Dessau, ça ne nous regarde pas. On n'a jamais nié qu'il ait pu y avoir des modifications aux plans. Mais entre ce qu'ADF réclame et ce que nos ingénieurs-conseils nous disent que ça vaut, c'est le jour et la nuit», clame le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant.

M. Toutant affirme qu'une offre avait été faite à ADF lorsqu'elle avait fait état des modifications aux plans, une offre qui reflétait ce que les experts de la Ville avaient évalué comme valeur. «Ils ont refusé notre offre. Maintenant, nous, on veut bien aller devant le conseil municipal, mais encore faut-il avoir quelque chose à leur présenter», ajoute M. Toutant.

La Ville refuse toujours l'arbitrage puisque, dit-elle, un verdict devant un arbitre serait un verdict sans possibilité d'appel. 

«Ce qu'on dit à ADF, c'est faites votre contrat, terminez les travaux et si nous ne sommes pas d'accord à la fin du mandat, nous irons débattre de tout ça devant un juge. Mais terminez votre mandat. Ce n'est pas vrai qu'une compagnie va nous prendre en otage de la sorte», martèle Yvan Toutant.

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