Pyrrhotite: plus rien dans le fonds d'aide

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René Duguay apparaît ici près de l'équipement qui servira à lever sa maison.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Saint-Maurice) Victime de la pyrrhotite, René Duguay, de Saint-Maurice, est prêt à faire lever sa maison. En fait, il devra le faire sans faute avant cet hiver parce qu'elle est sur le point de s'effondrer. Il a déniché un entrepreneur. Le matériel de levage est déjà sur son terrain.

René Duguay, qui est autoconstructeur, n'arrive toutefois pas à obtenir les 75 000 $ du Fonds d'aide de 15 millions $ dédié aux victimes de la pyrrhotite. Le Fonds est en effet complètement à sec depuis quelques semaines, a confirmé hier au Nouvelliste la Société d'habitation du Québec (SHQ).

Pendant que se vit ce nouveau chapitre du drame de la pyrrhotite en Mauricie, on apprend que des agents immobiliers et des entrepreneurs ont profité des subventions du Fonds pour faire des profits avec des cas de pyrrhotite.

La SHQ a récemment découvert, en effet, que des agents immobiliers ont acheté à rabais des maisons aux prises avec la pyrrhotite, puis demandé la subvention (pouvant aller jusqu'à 75 000 $) pour ensuite faire réparer ces dernières et les revendre à profit, a confirmé hier au Nouvelliste la porte-parole de la SHQ, Alexandra Paré.

C'est une pratique que le porte-parole de la Coalition Proprio-Béton, Yvon Boivin, qualifie sans hésiter de «véreuse».

«On ne peut pas empêcher un citoyen de vendre sa maison à perte s'il veut la vendre, mais la Coalition estime que les subventions ne devraient pas servir à des entrepreneurs qui rachètent des maisons», indique M. Boivin.

La SHQ a d'ailleurs pris action dès qu'elle a eu vent de cette affaire. Depuis le 1er août dernier, en effet, les personnes qui achètent à rabais des maisons contenant de la pyrrhotite n'ont plus accès aux subventions du programme d'aide, indique Mme Paré, ce qui met fin à ce genre de situation.

Le président de la Chambre immobilière de la Mauricie, Hugo Gaillardetz, indique qu'il n'a pas eu vent que des agents aient agi de la sorte en transigeant directement avec les victimes.

Il ne comprend pas, toutefois, pourquoi les agents immobiliers n'auraient pas le droit de bénéficier de la subvention dans le cas où ces derniers rachètent des maisons d'une banque en cas de faillite des propriétaires aux prises avec la pyrrhotite.

Pour la SHQ, le rabais sur le prix de la maison, au moment de l'achat, est «considéré comme une indemnisation au sens du programme (d'aide).» Autrement dit, le programme n'est pas là pour permettre à un tiers de faire des profits.

M. Gaillardetz ajoute avoir eu connaissance que des leveurs de maison ont aussi procédé de cette façon. D'ailleurs, cette information est venue aux oreilles de la Coalition, indique Yvon Boivin.

«Le seul devoir qu'on a en tant que courtier, lorsqu'on achète une maison, c'est de dévoiler notre profession», précise M. Gaillardetz. Si la Société d'habitation a décidé qu'on n'avait pas droit aux 75 000 $, je ne peux pas dire si c'est justifié ou pas», dit-il.

«La subvention va servir à qui à ce moment-là?», questionne-t-il.

Inutile de dire que René Duguay, lui, est révolté, en tant que victime, de constater que des gens aient profité financièrement du malheur des propriétaires aux prises avec la pyrrhotite alors que des victimes en très mauvaise posture comme lui n'arrivent plus à obtenir un sou.

Alexandra Paré assure que la SHQ est très sensible à cette situation et ne laissera pas tomber M. Duguay. Dès lundi, la SHQ aura d'ailleurs un entretien au sujet de son cas avec la MRC des Chenaux afin de lui venir en aide.

À la MRC des Chenaux, on a fortement recommandé à M. Duguay de ne pas entreprendre les travaux tant et aussi longtemps que la Société d'habitation du Québec ne lui aura pas accordé officiellement l'aide financière. Si les travaux commencent sans cette autorisation, il pourrait perdre l'aide de 75 000 $ à laquelle il a droit.

M. Duguay a fait la demande il y a trois semaines, pensant que les choses iraient rondement pour lui.

Les fissures sont si nombreuses et si grosses dans son solage que les murs pourraient s'effondrer par l'intérieur lors des pluies abondantes de l'automne qui s'en vient. «L'entrepreneur qui va faire mes travaux m'a affirmé que les fondations ne passent pas l'hiver», raconte M. Duguay qui est menuisier de formation.

Il a d'ailleurs tant bien que mal sécurisé sa maison en fabriquant de ses mains quelques murs porteurs en bois, en attendant les travaux de remplacement de ses fondations.

M. Duguay pensait que le procès sur la pyrrhotite se déroulerait plus vite et qu'il serait dédommagé rapidement. Il s'est finalement résigné à faire appel au programme d'aide de Québec pour faire faire les travaux au plus vite. Les normes du programme exigent un test de pyrrhotite, ce qu'il a fait faire il y a deux mois.

Dès qu'il a reçu les résultats, il y a trois semaines, il a placé sa demande à la MRC.

La MRC demande plus d'argent

Malheureusement, il devra attendre. Non seulement le fonds de 15 millions $ créé par Québec est épuisé, mais la MRC des Chenaux a elle-même épuisé tout l'argent qui lui a été accordé par Québec pour aider ses citoyens victimes de la pyrrhotite.

Comme l'explique le directeur général de la MRC, Pierre St-Onge, la MRC des Chenaux a reçu de l'aide financière à deux reprises cette année, en mai et en juillet, pour couvrir ses cas. Trois autres cas, dont celui de M. Duguay, se sont manifestés depuis et nécessitent de l'aide financière aussi. Le conseil de la MRC a donc adopté une résolution, mercredi soir, pour demander au gouvernement de débloquer d'autres sommes.

En fait, il reste encore des sommes du programme, dans la région, mais elles ont toutes été distribuées dans les différentes municipalités, MRC et villes qui ont demandé l'argent nécessaire pour répondre aux besoins de leurs citoyens victimes de la pyrrhotite, précise la porte-parole de la SHQ, Alexandra Paré.

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