Lac-Mégantic: des moments d'angoisse pour Françoise Viens

La conseillère municipale du district des Vieilles-Forges, Francoise... (Photo: Stéphane Lessard)

Agrandir

La conseillère municipale du district des Vieilles-Forges, Francoise Viens, a les yeux tournés vers Lac-Mégantic ces jours-ci. Quatre frères et deux soeurs y vivent toujours, de même que son père et plusieurs neveux et nièces. Heureusement, tous les membres de sa famille sont sains et saufs. Mais une tragédie comme celle survenue samedi laisse des marques profondes.

Photo: Stéphane Lessard

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Françoise Viens a vécu, samedi matin, des moments d'angoisse comme elle en avait rarement vécu. La presque totalité de sa famille habite toujours à Lac-Mégantic. Il aura fallu quelques heures avant qu'on lui confirme que son père, ses frères, ses soeurs, ses neveux et ses nièces étaient tous sains et saufs, même si certains d'entre eux ont été évacués. Le soupir de soulagement passait par une gorge toujours nouée devant les images de la ville où elle a grandi.

La conseillère municipale du district des Vieilles-Forges, Françoise Viens, est née à Notre-Dame-des-Bois, à quelques kilomètres de Lac-Mégantic. Mais elle a vécu et étudié dans cette ville qu'elle ne reconnaît plus, du moins lorsqu'elle regarde les images que les médias retransmettent.

« J'ai quatre de mes frères et deux soeurs qui sont installés à Lac-Mégantic. Mon propre père de 87 ans était dans la zone qui a été évacuée. Il s'est fait réveiller en pleine nuit, à 3 heures. Mon neveu, Marc-Alexandre, a lui aussi été évacué. Il est allé chez son père, qui habite plus au nord. Tout le monde est touché, d'une façon ou d'une autre», observe Mme Viens.

Alors qu'elle était encore Françoise Hallé, elle a fait son cours de secrétaire-comptable au collège du Sacré-Coeur de Lac-Mégantic. C'était à la fin des années soixante, quelques années avant qu'elle rencontre André Viens, un Trifluvien, qui allait devenir son mari.

Dans les nombreux reportages qu'elle a vus à la télévision depuis samedi, elle a reconnu de nombreux visages. «Quand j'ai vu Raymond Lafontaine, qui pointait du doigt la compagnie de chemin de fer et qui était enragé contre la négligence dont la compagnie a fait preuve, j'en avais des frissons. J'ai connu M. Lafontaine quand j'allais à l'école à Lac-Mégantic. Lui, c'est épouvantable ce qu'il vit», remarque Françoise Viens.

Raymond Lafontaine, c'est en fait cet entrepreneur que l'on a vu livrer son témoignage sur plusieurs réseaux et dans différents médias écrits. Il a perdu quatre de ses proches, dont un fils et deux de ses belles-filles.

Des visages familiers

Il faut dire que si plusieurs visages lui sont familiers, c'est aussi parce que la conseillère municipale retourne fréquemment dans sa région d'origine. Au moins une fois par mois, dira-t-elle. Elle y était il y a deux semaines, une semaine avant le drame.

«On va y retourner prochainement. Partir le matin et aller faire le tour de notre monde là-bas. J'ai eu beau parler à certains des membres de ma famille par téléphone, mais je pense que ce qu'ils ont besoin, ces temps-ci, c'est de chaleur humaine», ajoute-t-elle.

Samedi dernier, elle avait beau tenter de joindre les membres de sa famille par téléphone mais plusieurs abonnés méganticois étaient touchés par des pannes. «J'étais petite dans mes souliers. C'est finalement la fille de mon frère Marc qui est allée partout et qui nous a confirmé que tout le monde de la famille était sain et sauf», raconte-t-elle, soulagée.

Mais comme tous les gens de - ou originaires de - Lac-Mégantic, elle connaît du monde qui a perdu du monde... «Une tante de mon neveu est toujours portée disparue. Elle est probablement morte brûlée dans son logement. On regarde les images et on voit qu'il ne reste que l'escalier. C'est terrible», ajoute Françoise Viens. Elle pense aussi à sa nièce, Marie-Christine, dont cinq des amis étaient au Musi-Café vendredi soir dernier.

«C'est dur de dire ce que je ressens. C'est une catastrophe comme on a rarement vue. Je constate que les gens sont tristes, atterrés, mais en même temps, on voit des beaux gestes de solidarité et de générosité. C'est sûr que c'est triste de vivre ça et à distance et de se sentir impuissante», déplore-t-elle.

Ce qu'elle observe lui confirme que «le monde de Lac-Mégantic, ce sont tous des amis, de près ou de loin». Et que dans des situations comme ça, c'est le sens civique qui prend le dessus. «Les membres de ma famille à qui j'ai parlé ont tous eu à ouvrir leurs portes pour accueillir des personnes évacuées. Au début ce n'était pas évident parce que plusieurs n'avaient pas d'électricité, pas de téléphone et étaient rationnés sur l'eau potable», note-t-elle.

Une ville défigurée

Si Françoise Viens a d'abord une pensée pour les personnes qui sont touchées par ce drame, elle ne peut s'empêcher de penser aussi à la ville elle-même, défigurée.

«L'endroit où passe le train, là où l'explosion est survenue, c'est tellement central. C'est le coeur de l'activité commerciale, des institutions. Il y avait là des bâtiments ancestraux, des lieux de rassemblement qui signifient quelque chose pour beaucoup de monde», remarque-t-elle en donnant comme exemple cette salle des Chevaliers de Colomb, où ont eu lieu la réception après les funérailles de sa mère ou la noce d'un de ses frères.

« Il y avait aussi un restaurant, aménagé dans une ancienne chapelle. C'était un beau bâtiment. Sur le plan matériel, c'est aussi lourd comme pertes», note-t-elle.

La conseillère municipale, qui a d'ailleurs annoncé récemment qu'elle ne solliciterait pas un nouveau mandat lors des prochaines élections, estime d'ailleurs que ces images et ces photos de la ville défigurée sont une des deux choses qu'elle trouve les plus marquantes dans cette tragédie.

«Les images de la ville, c'est frappant. Ça nous frappe en plein coeur. Mais l'autre chose qui est marquante, et probablement plus encore, c'est le courage des citoyens, la solidarité. Ils ne forment qu'une seule famille présentement. Dans des moments comme ceux-là, c'est ce qui compte le plus», conclut-elle.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer