Canada Bread ferme la Pâtisserie Chevalier à Shawinigan

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Canada Bread a annoncé la fermeture de la Pâtisserie Chevalier à compter du 3 mai.

PHOTO: ÉMILIE O'CONNOR

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les échos sur les difficultés rencontrées par Pâtisserie Chevalier de Shawinigan ont pris la tournure redoutée, hier après-midi, lorsque Canada Bread a annoncé la fermeture de cette usine à compter du 3 mai. Soixante-quatorze personnes perdent ainsi leur emploi.

La décroissance s'est accélérée au cours de la dernière année chez cet ancien fleuron du secteur Shawinigan-Sud. En février 2012, Canada Bread avait décidé d'éliminer le quart de travail de nuit. Cette décision avait entraîné une vingtaine de mises à pied.

Jean-Luc Breton, vice-président principal du secteur Transformation chez Canada Bread, souligne que cette restructuration n'a alors rien changé au fait que la demande pour les petits gâteaux connaît une forte décroissance. Entre 2010 et 2012, il précise que la production à la division shawiniganaise avait chuté d'un peu plus de 40 %. Cette usine fabriquait les marques Chevalier, Cadbury et Obsession.

Le rythme diminuait progressivement au cours de l'hiver, semant ainsi beaucoup d'inquiétude chez les employés. La production est passée jusqu'à seulement trois jours par semaine, sur deux quarts de travail. Hier à 13 h, les travailleurs étaient convoqués en assemblée pour prendre connaissance de la nouvelle appréhendée depuis plusieurs mois.

«Ce n'est pas une usine qui est ciblée, mais plutôt une catégorie de produits», commente

M. Breton. «C'est notre seule usine qui fait des petits gâteaux et la rentabilité de ce secteur a énormément décliné au cours des dernières années, tout comme la demande des consommateurs. La pâtisserie était nettement sous-utilisée.»

Canada Bread avait fait l'acquisition de cette entreprise des frères Louis et Claude Chevalier en 2007. M. Breton assure que rien n'indiquait un tel effondrement du marché à ce moment.

«Si vous vous promenez en librairie, vous verrez que les livres sur les diètes sont de très bons vendeurs!», image-t-il, pour expliquer la tendance qu'il juge irréversible dans la consommation de ces produits.

M. Breton confirme que Canada Bread se donnait jusqu'au 31 mars pour trouver un nouvel exploitant pour cette usine.

«Malheureusement, nous n'avons pas pu identifier d'acheteur intéressé à mettre une offre intéressante», laisse-t-il tomber.

Canada Bread estime à 3,1 millions $ les frais liés à cette fermeture pour 2013. Ce montant inclut notamment les prestations de départ, la désaffectation

de l'usine et la dévaluation des actifs.

Tristesse

Hier après-midi, les employés quittaient l'usine sans trop tenir à partager cette décision. La compagnie protégeait le stationnement avec deux gardiens de sécurité et une ambulance se trouvait aussi sur les lieux pour prévenir le pire.

«C'est une journée vraiment triste», souligne Roxanne Larouche, responsable des communications pour la section locale 503 des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (FTQ).

Sur les 74 pertes d'emplois, 66 syndiqués sont touchés. Des employés qui touchaient un taux horaire de base variant entre 12,76 $ et 16,85 $. Le contrat de travail de cinq ans en vigueur ne venait à échéance que le 22 novembre 2014.

La porte-parole syndicale reconnaît que la compagnie n'a pas ménagé les efforts pour sauver cette entreprise.

«Mais dans le secteur des petits gâteaux, c'est très difficile au Québec. Vachon a été très agressif sur les prix au cours des dernières années. Ça a porté un dur coup à l'entreprise.»

Mme Larouche précise que les préavis de licenciement ont été respectés. De plus, l'employeur consentira des primes de dédommagement pour la fermeture. Ainsi, chaque employé recevra une semaine de salaire par année de service, avec un minimum de deux semaines et un maximum de 26.

Un comité d'aide au reclassement avec Emploi Québec devrait être lancé dès la semaine prochaine.

«On s'en attendait»

La fermeture de Pâtisserie Chevalier ne peut se faire sans que les bâtisseurs de cette entreprise ne ressentent un petit pincement au coeur, six ans après l'avoir vendue à Canada Bread.

L'histoire de cette PME avait commencé en 1948, avec la création de la Pâtisserie Robitaille et Béland. Le commerce a conservé une dimension artisanale jusqu'à l'arrivée des frères Claude et Louis Chevalier, en 1986.

À ce moment, la pâtisserie comptait six employés. Très vite, les nouveaux propriétaires s'attaquent aux géants du milieu. Le Fonds régional de solidarité de la FTQ injecte 750 000 $ dans cette entreprise en 2001, puis ajoute 1,25 million $ en 2004.

En 2002, la famille Chevalier annonce des investissements totalisant 6 millions de dollars en équipement et en gain de superficie sur le boulevard Industriel. L'entreprise compte alors

125 employés. En période de pointe en fin d'année, l'effectif bondissait jusqu'à 160 travailleurs.

En février 2007, le milieu des affaires apprend avec stupéfaction la vente de Pâtisserie Chevalier à Multi-Marques, une filiale de Canada Bread.

Six ans plus tard, la multinationale se résigne à mettre une croix sur ses installations shawiniganaises.

Avec les rumeurs qui circulaient depuis quelques mois, Claude Chevalier n'est guère étonné par cette annonce.

«On s'en attendait», reconnaît-il. «On n'est pas surpris de ça. C'est sûr que ça fait de quoi, c'est normal.»

«On ne peut s'empêcher d'avoir une pensée pour les employés, qui ont été de bons collaborateurs pour nous au cours de toutes ces années», ajoute Louis Chevalier.

Reprise?

Canada Bread ne ferme pas la porte à la reprise d'autres activités de son secteur dans son usine de Shawinigan. Une évaluation stratégique sera réalisée au cours des prochains mois.

«Nous allons mettre l'usine de Shawinigan en dormance, en protégeant ses capacités de production», explique Jean-Luc Breton, vice-président principal du secteur Transformation chez Canada Bread.

«En modifiant légèrement les équipements, ça pourrait être une usine qui pourrait reproduire. On se donne d'ici la fin 2013 pour bien analyser le marché. S'il devait y avoir une remise en exploitation, ce serait probablement au début 2014.»

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, profitera évidemment de cette mince ouverture pour garder les canaux de communication ouverts avec la compagnie.  

«Nous avons des rendez-vous au cours des prochaines semaines pour trouver une alternative aux emplois perdus. C'est un bâtiment en excellente condition. Nous tenterons de chercher dans d'autres créneaux.»

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