Filles du Roy: des femmes passionnées et passionnantes

Il fallait une bonne dose de courage pour faire la traversée de  l'Atlantique... (Sylvain Mayer)

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Sylvain Mayer

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il fallait une bonne dose de courage pour faire la traversée de l'Atlantique en 1663 en direction du Nouveau Monde. Encore plus pour se marier avec un inconnu et fonder une famille dans une contrée couverte de neige six mois par année. Lorsqu'on s'arrête à l'histoire des filles du Roy, on ne peut qu'être admiratif devant ces jeunes Françaises aventureuses car sans elles, le Québec francophone tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existerait pas.

Sept femmes de la région sélectionnées pour personnifier une de ces 36 filles du Roy formant le premier contingent à venir en Nouvelle-France, partagent cette admiration. Elles prendront part cet été avec 29 autres femmes à une série d'activités commémoratives au Québec et outre Atlantique, c'est-à-dire à Paris mais aussi dans plusieurs villages de France.

Le Nouvelliste les a contactées et toutes ont confié que c'était pour elles un grand privilège de prendre part à ces festivités du 350e anniversaire, et que pour rien au monde elles n'auraient voulu rater cette occasion. Surtout, elles poursuivent un but commun: réhabiliter la mémoire de ces mères fondatrices.

Pour la plupart, c'est par l'entremise d'un article du Nouvelliste qu'elles ont appris qu'on recherchait dans la région trois femmes pour personnifier trois de ces jeunes filles. Mais finalement, des désistements survenus ailleurs au Québec parmi les 33 autres  femmes sélectionnées ont finalement fait monter ce nombre à sept! Quelques-unes d'entre elles étaient déjà des amies et se sont pour ainsi recrutées les unes les autres. Elle forment déjà un beau groupe intergénérationnel de femmes allumées.

Pourquoi s'embarque-t-on dans une aventure pareille et surtout à ses frais? Chacune a ses raisons.

Ginette Léveillé «ne pouvait tout simplement pas passer à côté de ça.» Et pourtant, ce fut presque le cas car, en voyant l'âge des candidates recherchées (entre 17 et 35 ans) elle renonce, car elle a 50 ans. «Ce fut un coup du destin. J'ai une amie, moi, qui travaille pour le destin, rigole-t-elle. Elle s'appelle Chantal Maclure. Elle, elle ne s'est pas laissée décourager par l'âge. J'étais jalouse! Mais elle m'a appris qu'il y avait eu des désistements et c'est comme ça que je suis devenue partie prenante de cette aventure-là. Je suis contente parce que les projets, ça me connaît», confie en riant celle qui rentre du Pérou... et qui est aussi présidente du Cercle des fermières de Trois-Rivières.

Son amie, Chantal Maclure, se savait irlandaise ou écossaise d'origine et avait toujours souhaité éclaircir ses origines. «On dirait qu'en vieillissant, on s'y intéresse davantage, confie-t-elle. Mes ancêtres ont une histoire d'immigration différente de celle des filles du Roy, mais c'est le même vécu. Ma mère qui est une Plamondon avait fait des recherches sur sa généalogie. Elle est décédée, mais j'ai découvert qu'elle ignorait tout des filles du Roy.» Or, Mme Maclure soupçonne qu'elle a bel et bien de ces femmes comme ancêtres de ce côté de la famille.

Pour sa part, Raymonde Fortin, estimait que ce projet était taillé sur mesure pour elle car elle a toujours été préoccupée par la place de la femme dans la société et la façon dont elle est traitée. «C'est une amie du Cercle des fermières qui m'en a parlé. Je me suis informée et justement, il y avait eu un désistement!»

Chantal Labossière a aussi senti l'appel. Très fort. Déjà passionnée d'histoire, elle se dit investie du devoir de faire savoir qui étaient réellement les filles du Roy. «C'est une amie qui a vu l'article et qui m'a dit: ''Chantal, c'est pour toi ça!'' C'était vrai car la période de la Nouvelle-France me passionne. Je trouvais aussi que c'était important de faire une mise au point à leur sujet. Il faut cesser de les voir avec l'oeil sexiste et lubrique de l'ancien régime... sans en faire des saintes pour autant.»

Pour d'autres, dont Josée Daigle, cette aventure avec les filles du Roy fera figure de catharsis et mettra fin, espèrent-elles, a un cycle pénible dans leur vie. «J'ai connu des moments difficiles et quand cette opportunité s'est présentée lors d'une rencontre des femmes de la Centrale des syndicats du Québec qui recevaient Danielle Pinsonneault de la Société d'histoire des filles du Roy, je me suis dit: je n'ai pas vécu tout ça pour rien! Il faut qu'il m'arrive quelque chose de positif.  La voilà ma réponse. Ça m'a aidée à me réorienter aux niveaux personnel, professionnel et à mieux vivre mes deuils. Aussi loin que ça!»

C'est finalement une amie membre du Cercle des fermières qui connaissait Ginette Léveillé qui entraînera Raymonde Fortin dans l'aventure. «Je la trouvais chanceuse de vivre ça. J'ai communiqué avec Ginette et oh surprise, il manquait une Fille du Roy! J'ai tenté ma chance auprès du comité en me disant que c'était pour moi. Et ça l'était! Toute ma vie, j'ai encouragé les femmes à prendre leur place et à faire carrière. Je suis heureuse de contribuer à la réhabilitation des filles du Roy.»

Béatrice Levasseur, 19 ans, (exactement l'âge de son personnage) est la plus jeune du groupe des 36 femmes. «Je suis étudiante en histoire et c'est tout de suite venu me chercher cette proposition de personnifier une Fille du Roy. J'ai aussi un petit côté féministe. Moi, j'avais entendu parler des filles du Roy de la bonne façon. J'avais de bons profs d'histoire faut croire», plaisante-elle.

Presque du même âge (23 ans) Marie-Anne Richard, est elle aussi passionnée d'histoire et très emballée par le voyage en France, le premier qu'elle fera. «J'ai trouvé le travail de la Société d'histoire des filles du Roy très intéressant, surtout la partie qui consiste à redonner leur place dans l'histoire aux mères de la patrie», confie-t-elle avec conviction.

La population est invitée à soutenir financièrement ces dames, soit en participant à leurs activités de financement, comme un souper-bénéfice aux Boissons du Roy, à Sainte-Anne-de-la-Pérade, le 12 avril, ou en achetant une des six poupées filles du Roy, au coût de 35 $. Les personnes intéressées peuvent se les procurer au Vieux Presbytère de Batiscan (418 362-2051), au Domaine seigneurial Sainte-Anne (418 325-3522), au Moulin seigneurial de Pointe-du-Lac (819 377-1396) et bientôt au Manoir de Niverville (819-372-4531).

Filles du Roy et non de joie

Il y a des légendes urbaines qui ont la vie dure, très dure, surtout lorsqu'elles ont été propagées par nos propres professeurs d'histoire. Celle voulant que les filles du Roy aient été en fait des filles de joie est fausse. Surtout, elle ne tient pas la route quand on connaît les conditions de vie misérables des prostituées au 17e siècle, très pauvres, souvent atteintes de maladies, donc peu prédisposées à survivre à la grande traversée et encore moins à devenir mères d'une douzaine d'enfants. On dit que ce mythe, encore très largement répandu chez les Québécois, est l'oeuvre du baron de Lahontan qui, de retour à la cour, n'a pas résisté à un bon mot d'esprit ou une rime facile: filles du Roy, filles de joie.

Orphelines, citadines ou paysannes, beaucoup de ces jeunes filles savaient lire ou signer leur nom et arrivaient avec une dot. La confusion origine aussi sans doute du fait qu'avant leur départ pour la Nouvelle-France, elles ont «côtoyé» les prostituées enfermées à la Salpêtrière, à Paris.

La Société d'histoire des filles du Roy rappelle qu'en 1663, 36 femmes provenant de Paris, du Nord et de l'Ouest de la France, ont été les premières à tenter l'aventure de s'établir en Nouvelle-France et d'y fonder une famille, contribuant ainsi à peupler la colonie française d'Amérique du Nord. Ce sont les mères fondatrices du Québec, à l'origine de plusieurs familles souches québécoises. D'autres contingents vont suivre totalisant environ 800 femmes! Plusieurs d'entre elles s'installeront dans la région, principalement dans les seigneuries de Batiscan, Sainte-Anne-de-la-Pérade et de Champlain. Trois-Rivières étant encore une bourgade militaire mal fréquentée, l'endroit était jugé peu propice pour fonder une famille.

«La venue des filles du Roy en Nouvelle-France est un fait historique capital puisqu'il a donné le véritable coup d'envoi au peuplement de la colonie qui périclitait, lit-on encore. La commémoration du départ puis de l'arrivée du premier contingent de 1663 seront des moments exceptionnels pour permettre au public, autant en France qu'au Québec, de mieux les connaître et reconnaître.»

L'année 2013 est donc consacrée aux filles du Roy avec deux moments forts: d'abord en France en juin 2013 avec la commémoration du départ de La Rochelle du premier contingent et ensuite celle de son arrivée à Québec le 7 août à l'ouverture des Fêtes de la Nouvelle-France. L'importance du rôle de chacune de ces femmes et du corps social qu'elles ont formé ainsi que celui de leur descendance sera soulignée par une multitude d'initiatives au cours desquelles 36 Québécoises personnifieront les 36 premières filles du Roy.» Dans la région, sept femmes prennent part à l'aventure... car c'en est une.

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