L'adoptée qui refusait d'être orpheline

Lyne Perron a retrouvé sa mère biologique après... (Photo: Sylvain Mayer)

Agrandir

Lyne Perron a retrouvé sa mère biologique après 40 ans de séparation. «Des retrouvailles de rêve que je souhaite à tous!», dit-elle en souriant.

Photo: Sylvain Mayer

Partager

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Notre-Dame-du-Mont-Carmel) Lyne Perron se souvient de ce moment de vérité comme si c'était hier. Elle devait avoir quatre ou cinq ans quand sa mère est venue la rejoindre dans les marches de l'escalier pour lui raconter l'histoire de sa naissance. «Tu as grandi dans le ventre d'une maman qui t'aimait, mais qui ne pouvait pas te garder. Ton père et moi, on ne pouvait pas avoir d'enfant, alors nous sommes allés te chercher.»

Cette photo de Lyne Perron a été prise... - image 1.0

Agrandir

Cette photo de Lyne Perron a été prise au moment où elle vivait à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. La résidente de Notre-Dame-de-Mont-Carmel l'a récupérée au Musée du Bon Pasteur, à Québec. «Je suis la petite fille (au centre) qui tient un collier», indique-t-elle.

Lyne Perron a 51 ans. Elle est née le 16 juin 1961 à l'hôpital de la Miséricorde, à Québec, une oeuvre des Soeurs du Bon-Pasteur qui accueillait les filles-mères. Les poupons nés hors mariage étaient ensuite confiés aux religieuses de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul.

«Ma mère m'a vue pendant quelques minutes, mais elle n'avait pas le droit de me toucher. On lui disait: si vous prenez l'enfant, vous allez vous attacher à elle», relate Mme Perron, encore perplexe devant un raisonnement qui fait fi des neuf mois durant lesquels sa mère, alors âgée de 17 ans, l'a bercée dans son ventre.

C'est dans ce bâtiment de la rue Couillard que Joseph Perron et Henriette Julien, un couple de Saint-Ubalde, ont été présentés à une bambine de 16 mois qui s'appelait alors «Lorraine Girard», un nom donné par les religieuses. Ce jour-là, elle est devenue leur fille et elle allait s'appeler Lyne Perron.

Son histoire pourrait s'arrêter ici. Le cas de cette résidente de Notre-Dame-du-Mont-Carmel n'est pas unique. Elle n'a jamais manqué de rien non plus, surtout pas de l'amour des siens. La petite Lyne était adoptée sur papier, mais de coeur, elle était une Perron et le demeure.

N'empêche que la fille de Joseph et d'Henriette n'avait que sept ans quand elle a été envahie pour la première fois de questions quant à ses véritables origines. En écoutant un concours de chants télévisé, elle a aperçu une participante qui aurait pu être sa jumelle tellement la fillette lui ressemblait.

En vieillissant, notamment durant ses études à Québec, sa ville natale, Lyne Perron s'est mise à scruter les gens dans les transports en commun, sur la rue, dans les commerces, etc., à la recherche d'un visage familier, d'un regard maternel.

Lyne Perron a d'abord récupéré en 1985 ses antécédents sociobiologiques auprès du Centre jeunesse de Québec. Elle en a alors appris un peu plus sur le jour et l'heure de sa naissance, son poids, la description physique de ses parents biologiques, leur travail, leur région d'origine, etc. Ces informations à caractère non nominatif étaient celles que sa mère avait bien voulu donner à l'époque.

Au début des années 90, pensant que sa mère pouvait toujours se trouver dans la région du Bas-Saint-Laurent, Lyne Perron s'est rendue sur place, munie de 200 avis de recherche. Pendant des heures, elle a placardé les restos, dépanneurs et toilettes publiques d'écriteaux sur lesquels étaient indiqués l'âge de sa mère naturelle quand elle a accouché, le nombre de ses frères et soeurs, un aperçu du père biologique et autres détails plus essentiels les uns que les autres. Un jour, Mme Perron a même écrit au maire d'Amqui, toujours dans l'espoir qu'il connaisse quelqu'un qui allait lui permettre de remonter jusqu'à la source.

En 2001, la dame a décidé de franchir une nouvelle étape en créant un site Internet. Lyne Perron était alors en attente du retour d'appel du Service aux origines, un organisme qui relève des centres jeunesse et dont le mandat consiste à répondre aux demandes de transmission des antécédents sociobiologiques, mais aussi à localiser «la partie recherchée», selon leur vocabulaire.

Comme une bouteille lancée à la mer, le site Adoption-Émotions-Retrouvailles est né. Il se veut un forum, un lieu de soutien, mais aussi un endroit pour lancer des appels à tous et à chacun.

«Je voulais que tout le monde sache que je cherchais ma mère. J'étais certaine de pouvoir arriver jusqu'à elle!», lance Mme Perron qui, tout au long de ses démarches, a toujours pu compter sur le soutien de ses parents adoptifs qui sont aujourd'hui décédés.

Ce n'est pas une chronique, mais un livre qu'il faudrait écrire sur Lyne Perron, sur son courage, sa détermination, voire son entêtement à retrouver celle qui lui avait donné la vie.

En août 2001, sa mère biologique a été retracée par l'entremise du Centre jeunesse de Québec, mais sur le coup, la femme n'était pas prête à renouer contact avec sa fille, appréhendant la suite, le jugement, l'abandon et de nouveau sa solitude de fille-mère.

«Ma mère n'était pas en 2001, mais revenue en 1961 avec toutes les souffrances que ça engendre», souligne Mme Perron qui a fait le pari d'être compréhensive et patiente envers cette femme qu'elle aimait déjà.

Un jour, une «Kariann» est apparue sur le site Adoption-Émotions-Retrouvailles sur lequel Lyne Perron avait publié des photos d'elle à tous âges, des lettres et une chanson pour cette maman à qui elle répétait: «Ouvre ton coeur, ouvre tes bras. Je t'en pris, ne m'abandonne pas une deuxième fois.»

Discrète, cette Kariann n'intervenait jamais sur le forum de discussion.

Puis un soir de décembre 2001, elle a avoué à Lyne Perron qu'elle était celle qu'elle cherchait intensivement depuis quinze ans.

Pendant plus de deux mois, pendant des soirées, voire des nuits entières, deux femmes se sont écrit leur vie. Le 4 mars 2002, 40 ans et neuf mois après avoir été séparées, une mère et sa fille ont été réunies et depuis, elles ne se quittent plus.

De l'ombre à la lumière

Colette Barbeau Fournier a préféré ne pas participer à cette entrevue portant sur ses retrouvailles avec sa fille, Lyne Perron.

«Je la comprends. Elle l'a fait dans le passé et chaque fois, ses blessures refont surface. Comme la plupart des mères biologiques, elle a beaucoup souffert de cette situation», explique la résidente de Notre-Dame-de-Mont-Carmel.

Mme Barbeau Fournier, qui habite la municipalité de Lacolle, a cependant accepté de partager certains extraits d'une lettre qu'elle avait écrite à sa fille au moment de leurs retrouvailles. La maman y raconte sa grossesse dans un Québec où les filles-mères devaient se cacher pour enfanter.

Elle parle de son accouchement entourée de religieuses et d'infirmières qui décidaient de ce qui était préférable pour elle et l'enfant.

Elle décrit cette nuit où elle a versé toutes les larmes de son corps. Elle parle du désespoir, mais également de sa peur, des années plus tard, à l'idée de rencontrer celle qui, contre toute attente, la cherchait.

Pour Lyne Perron, ce récit parle surtout de bonheur puisque son histoire qui a débuté dans les marches de l'escalier se termine bien. Henriette, sa mère adoptive, avait raison. Celle qui l'a mise au monde ne pouvait pas la garder, mais elle l'aimait.

Aujourd'hui, sa mère biologique a ce message à l'intention des femmes qui, comme elle, ont dû laisser partir ce bébé porté et chéri en secret.

«Quelle que soit la cause de votre maternité, quelle que soit la raison pour laquelle vous avez dû abandonner votre enfant, trouvez-le et aimez-le. Si c'est lui qui vous cherche, ouvrez-lui votre coeur et vos bras. Je ne crois pas qu'il y ait de plus grande joie.»

Âgée de 54 ans, Christiane Guay a cet... (Photo: Étienne Ranger, Le Droit) - image 2.0

Agrandir

Âgée de 54 ans, Christiane Guay a cet autre message pour sa mère biologique: «N'hésite plus une minute, car les années passent et nous vieillissons toutes les deux. J'ai tellement de choses à te raconter maman.»

Photo: Étienne Ranger, Le Droit

La foi d'un «cas» d'Église

Au bout du fil, Christiane Guay ne veut rien oublier. Elle parle vite, sans arrêt, avec nervosité. Chaque détail compte à ses yeux. La résidente d'Ottawa est persuadée que dans la région, à Trois-Rivières plus précisément, des gens peuvent l'aider à mettre la main sur les pièces manquantes de son casse-tête.

Christiane Guay cherche sa mère biologique depuis 35 ans. La femme de 54 ans affirme que sa ténacité est aussi grande que totale est sa foi. C'est peut-être parce que tous les indices recueillis à ce jour lui laissent croire qu'elle est un «cas» d'Église... et sur la bonne voie.

«Je suis née sous le nom de Marie Jeanne Christiane Guay, le 20 octobre 1958, dans une maternité privée ou à domicile, à Arvida. Ma mère biologique pourrait se reconnaître si vous mentionnez que le père Arthur Donais s'est occupé de moi après ma naissance», dit-elle d'entrée de jeu.

Décédé en 1993, le père Arthur Donais était un prêtre franciscain de la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, à Trois-Rivières. On a raconté à Mme Brousseau qu'en 1958, il se serait rendu à Arvida pour aller reconduire «une jeune dame dans le trouble».

«Sur mon baptistaire, il est indiqué que ma mère biologique est Marie Guay alors que mon père est considéré comme inconnu», souligne Mme Brousseau qui, poupon, n'a jamais vécu dans un orphelinat.

Jusqu'à l'âge de 18 mois, elle a été confiée à trois ou quatre foyers nourriciers de Trois-Rivières, toujours grâce aux démarches du père Donais.

L'enfant a finalement été adoptée à l'âge de 18 mois par un couple trifluvien (Jérôme et Yvette Brousseau, aujourd'hui décédés). «Ils sont venus me chercher à la crèche de l'Hôpital Sainte-Marie», dit-elle avant de mentionner que ses parents sont déménagés quelques mois plus tard à Joliette où leur fille a grandi.

Les recherches de Mme Brousseau lui ont permis d'apprendre que le père franciscain, qui s'est assuré de lui trouver une famille d'adoption, a quitté la prêtrise en 1979 et que son nom de laïc était René Donais. L'homme est décédé en août 1993, à Upton, en Montérégie.

«D'après mes recherches, il y a de fortes chances que ma mère soit originaire de Baie-Saint-Paul et elle pourrait être une ancienne religieuse», laisse entendre Christiane Brousseau avant de s'adresser directement à sa mère.

«Ma très chère maman, je pense si souvent à toi depuis mes 5 ans. Je n'ai pas d'enfant et j'aimerais tellement te connaître. Tu n'as pas à t'inquiéter, car j'ai un très bon emploi ici à Ottawa. Tu es dans mon coeur et tu le seras toujours. Je crois que tu serais très fière de moi si tu décides un jour de me rencontrer. Je ne veux pas déranger ta famille si tu es mariée depuis ma naissance. Nous pourrions garder cela entre nous deux.»

Christiane laisse son adresse (indriel53@hotmail.com), au cas où quelqu'un, quelque part, se souvient de son histoire et pense pouvoir l'aider à poursuivre ses recherches.

Le Mouvement Retrouvailles a 30 ans

Entre les années 1920 et 1980, ce sont quelque 300 000 enfants qui ont été confiés à l'adoption au Québec. Si on compte leurs parents biologiques et adoptifs, il faut ajouter un million de personnes touchées par cette importante décision. Et il n'est pas question ici des frères et soeurs...

En d'autres mots, vous connaissez sûrement un ami, un voisin, une collègue, voire un membre de votre famille qui a une histoire d'adoption à raconter.

C'est pour eux que le Mouvement Retrouvailles été créé il y a trente ans par Reine Landry, une mère biologique qui désirait retrouver son fils dont elle avait dû se séparer à la naissance.

Le samedi 13 avril prochain, l'organisme provincial tiendra pour la première fois son colloque annuel à Trois-Rivières.

Intitulé «Les visages de l'adoption», ce rendez-vous s'adresse à tous ceux et celles qui sont intéressés de près ou de loin par la question.

«Plusieurs parents biologiques et adoptifs, ainsi que des personnes qui ont été adoptées participeront à cet événement», confirme Caroline Fortin, présidente du Mouvement Retrouvailles.

Au programme: des témoignages, ateliers, conférences, un souper, etc. Les détails sont disponibles sur le site de l'organisme (www.mouvement-retrouvailles.qc.ca).

L'événement débute à 13 h et Lyne Perron (voir autre texte) y sera pour notamment parler des conséquences du bris des liens d'attachement.

En 2001, la résidente de Notre-Dame-du-Mont-Carmel a créé le site Adoption-Émotions-Retrouvailles, une adresse (www.a-e-r.xooit.com) qui, à ce jour, a donné lieu à 210 retrouvailles.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer