Trois-Rivières

Jouons au docteur

La rencontre entre le futur médecin Charles Couturier... (photo: sylvain mayer)

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La rencontre entre le futur médecin Charles Couturier et Madame Robitaille, Marie-Pier de son prénom, s'est déroulée sous l'oeil averti de l'infirmière clinicienne Guylaine Thiffault (à l'arrière) et de quatre étudiants attentifs: Karina Deshaies-Poliquin, Gabriel Fortin, David Paré et Camille Plourde.

photo: sylvain mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

En couple depuis huit ans, Madame Robitaille a eu une incartade d'un soir avec un ancien petit ami marié depuis trois ans. Aujourd'hui, la jeune femme a rendez-vous avec son médecin. «Il y a une semaine, j'ai remarqué des écoulements vaginaux qui n'étaient pas comme d'habitude. C'est jaunâtre et accompagné de picotements.» Madame Robitaille craint de s'être mise dans un sale pétrin...

«Qu'est ce qui vous fait croire qu'il s'agit d'une infection transmise sexuellement? Connaissez-vous le passé sexuel de cette personne? Avez-vous eu une discussion avec elle à ce sujet, avant...?»

Le docteur pose une série de questions pour mieux répondre à celles de sa patiente. L'échange se fait en toute franchise et dénué de jugements de valeurs. Sensible aux inquiétudes de Madame Robitaille, le médecin lui parle néanmoins des vraies affaires.

Un. Seul un examen clinique lui permettra de poser un diagnostic précis. Deux. Si l'«ITS» se confirme et qu'elle est inscrite sur la liste des maladies à déclaration obligatoire, le conjoint de Mme Robitaille devra en être informé puisqu'à plus ou moins court terme, il risque de sentir des «picotements» à son tour.

La patiente hoche de la tête tout en s'avouant incapable d'initier une telle discussion sur l'oreiller. Conscient du défi qui se présente à elle, le médecin lui précise que les conséquences d'une ITS pour son conjoint sont à prendre au sérieux.

«Si vous me dites que vous n'avez pas l'intention de lui en parler, je devrai prendre des mesures auprès des autorités de la santé publique. Elles l'aviseront qu'il a été en contact avec une maladie transmise sexuellement et qu'il doit passer des tests», ajoute le docteur avant de laisser entendre que les soupçons de son conjoint pourraient rapidement peser sur elle.

«Est-ce que vous comprenez ce que je vous dis? Est-ce que vous êtes à l'aise avec ça?», s'assure le docteur.

«Plus ou moins, mais c'est correct», laisse tomber Madame Robitaille. Malgré les problèmes qui semblent se pointer à l'horizon, elle quitte le bureau avec un début de réponse à ses questions, mais également avec un sentiment de soulagement. Cette conversation demeurera confidentielle. Son bon docteur est tenu au secret professionnel.

Fin de l'exercice.

Patients-comédiens recherchés

Madame Robitaille n'a jamais trompé son amoureux, pas plus qu'elle est incommodée par des démangeaisons. Pure fiction.

Madame Robitaille se prénomme Marie-Pier et régulièrement, elle se présente au pavillon d'enseignement du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières. Son rôle: personnifier une fausse patiente qui met à l'épreuve des médecins en devenir.

Depuis son arrivée en Mauricie, la Faculté de médecine de l'Université de Montréal fait appel à la population pour participer à une méthode pédagogique aussi originale qu'efficace: le faire semblant.

Amélie Richard est technicienne en simulation. Elle recrute les comédiens et leur soumet des scénarios à apprendre par coeur. Ces faux patients se présentent ensuite devant des étudiants qui improvisent avec le plus de réalisme possible.

Afin de rendre l'exercice encore plus crédible, Mme Richard peut appliquer des fausses plaies et des pansements sur le corps ou le visage du comédien dont l'âge varie de la jeune vingtaine à 75 ans. Au besoin, le faux patient enfilera un vêtement de circonstance. Mme Richard donne l'exemple de la femme musulmane qui refuse d'être auscultée par un homme médecin qui doit la convaincre de se laisser examiner.

La liste des mises en scène est longue et diversifiée. Le but consiste à placer les étudiants dans des situations, parfois déstabilisantes, qu'ils pourraient vivre dans la vraie vie. On n'a qu'à penser au faux patient provocant qui dira à la future jeune médecin: «Si tu l'enlèves ta blouse, je vais la mettre ta jaquette.»

La faculté de médecine a besoin de la collaboration de la population, mais aussi du talent des étudiants en théâtre. Certaines scènes exigent une bonne dose d'audace. Les comédiens peuvent être guidés dans leur interprétation et les étudiants, dans leur intervention. Amélie Richard donne l'exemple de l'individu en crise psychologique qui se présente dans la salle d'attente en sacrant et en lançant des objets.

On compte à ce jour une vingtaine de faux patients. Un comédien est rémunéré 100 $ la simulation. Il se rend disponible pour une demi-journée environ, sans compter le travail de mémorisation à la maison.

Une entrevue simulée entre un faux patient et un futur médecin se déroule devant quatre autres étudiants. Infirmière-clinicienne, Guylaine Thiffault s'assure que les futurs médecins posent les bonnes questions, donnent des explications simples et concises, accueillent les patients avec respect et compassion, etc. Selon elle, cette technique d'enseignement leur permet d'ajuster leur approche, leur vocabulaire et de se préparer à toute éventualité.

«Quand les gens viennent pour la première fois, c'est sûr qu'ils sont toujours un peu stressés, mais après, ça va!», assure Amélie Richard en parlant de monsieur et madame tout-le-monde qui acceptent de simuler des problèmes de santé.

«Aujourd'hui, ce sera assez simple comme sketch», a chuchoté en souriant Marie-Pier, alias «Madame Robitaille», avant de faire son entrée dans le faux cabinet de l'étudiant de deuxième année, Charles Couturier.

Originaire de Shawinigan, l'étudiante en nutrition avait bien appris son texte visant à tester le secret professionnel du futur médecin. C'est même avec enthousiasme qu'elle s'apprêtait à se glisser dans la peau d'une jeune femme infidèle aux prises avec des «picotements» et des remords. Ce n'est qu'un jeu après tout.?

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