Pyrrhotite dans la région: environ 400 millions $ de dégâts

Les  fondations du Centre sportif Alphonse-Desjardins de... (Photo: Stéphane Lessard)

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Les fondations du Centre sportif Alphonse-Desjardins de Trois-Rivières contiennent de la pyrrhotite.

Photo: Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans quelques années, quelqu'un pourra faire un bilan exhaustif des dépenses et frais cachés engendrés par la pyrrhotite, en Mauricie et au Centre-du-Québec. Dès aujourd'hui, une analyse préliminaire permet déjà de voir que la catastrophe engendre des dépenses voisinant au moins les 400 millions $, estime la Coalition Proprio-Béton en tenant compte des dommages collatéraux.

Tout d'abord, il y a les frais connus et faciles à calculer, comme la réparation des maisons et des commerces.

L'évaluateur officiel de la cour, Daniel Raymond, parlait de 138 millions $ pour 829 bâtiments au début du procès. Pour l'instant, on sait que le nombre - sans cesse croissant - de maisons à réparer se chiffre autour de 1200 et que le coût moyen des réparations est de 211 000 $ pour le secteur résidentiel, tous genres confondus, soit 253 millions $.

Côté commercial

Du côté commercial, les choses sont moins claires. Cela dépend s'il faut démolir les édifices ou si des travaux en sous-oeuvre seraient plus économiques. Présentement, on compte au moins 12 millions $ de dommages évalués pour une quinzaine de commerces. Toutefois, l'évaluateur Raymond a déjà mentionné que s'il fallait démolir ces édifices, il en coûterait facilement 35 million $.

À lui seul, l'édifice de la CAM implique une poursuite de 2 millions $, le supermarché Métro du secteur Cap-de-la-Madeleine, 5 millions $ et le Pharmaprix du même secteur, 1,5 million $.

Les poursuites impliquent des entreprises de restauration, de vente de véhicules, des commerces au détail, des épiceries et même la fabrique Immaculée-Conception.

Ouvrages civils

Le Nouvelliste a récemment déterré le fait que la pyrrhotite a trouvé aussi son chemin dans des ouvrages du ministère des Transports. Dans la majorité des cas, le béton fautif a servi à faire des réparations. On sait qu'au moins une dizaine d'ouvrages civils ont reçu leur dose de pyrrhotite depuis 1994, date à laquelle la carrière B & B de Saint-Boniface est entrée en exploitation et a commencé à contaminer toute la région jusqu'en 2008.

Si on a pu apprendre que ces ouvrages civils du MTQ contenaient de la pyrrhotite, c'est parce que des géologues embauchés par les parties défenderesses au procès qui a cours sur la pyrrhotite ont prélevé et analysé des échantillons. Les documents sont devenus publics dès qu'ils ont été déposés au tribunal.

Il est certain que plusieurs autres ouvrages du ministère des Transports en contiennent, mais au terme de demandes d'accès à l'information, Le Nouvelliste a appris que les preuves ont été détruites par le MTQ parce que jugées périmées.

N'empêche qu'elles n'ont pas toutes été détruites. Il a donc été possible d'apprendre

que l'élargissement à quatre voies du pont de Louiseville, sur la route 138, contient de la pyrrhotite. Cet élargissement avait coûté 2 millions $ à ce moment-là. Il faudrait donc analyser combien il en coûtera pour démolir

cette réfection et la refaire en dollars d'aujourd'hui, 16 ans plus tard.

Évidemment, de nombreux édifices ont été construits au cours de la période où les agrégats problématiques de la carrière B & B étaient allègrement distribués dans la région.

Au cours des derniers jours, on a appris que 30 % de la superficie du Centre sportif Alphonse-Desjardins a été coulée avec du béton contenant de la pyrrhotite. Toutefois, la direction du CSAD a corrigé le tir hier en affirmant que c'est plutôt 30 % de la superficie du complexe qui est touchée par des problèmes de pyrrhotite. Ce n'est plus 120 000 p² de la superficie qui est touchée mais bien 70 000 p² sur les 245 000 p² du complexe. Pour l'instant, les autorités du CSAD n'arrivent pas à mettre de chiffre sur le montant de la poursuite qu'ils intenteront pour réparer ce gâchis.

Les ingénieurs se sont faits rassurants. Il serait possible de remplacer les fondations sans démolir le pavillon Aréna où se concentre le problème. Il est facile de deviner qu'encore une fois, les millions $ vont s'évaporer.

Les frais cachés de la pyrrhotite: des victimes par ricochet

La Ville de Trois-Rivières est victime par ricochet de la crise de la pyrrhotite et voit elle aussi des millions $ lui glisser entre les doigts. Tout d'abord, le

Centre sportif Alphonse-Desjardins avait généré, depuis sa construction, pas moins de 40 millions $ de retombées économiques, signale le maire Yves Lévesque.

Réparer le pavillon Aréna et les autres superficies où a été dénichée de la pyrrhotite impliquera soit l'arrêt, le ralentissement ou le transfert temporaire des plateaux sportifs touchés.

Ça, c'est si la chance permet de construire la phase 5 du Complexe assez vite. Dans tous les cas, les retombées économiques du tourisme sportif générées par le CSAD ralentiront et c'est la Ville, locataire, et la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, propriétaire des lieux, qui en écoperont.

La Ville voit d'ailleurs d'autres revenus importants lui échapper à cause de la pyrrhotite. Jeudi, elle évaluait à 6 millions $ ses pertes en revenus de taxes à cause de la dévaluation des maisons touchées par le fléau.

«Une somme importante», s'inquiète le maire Lévesque, qui entend porter le problème devant le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire.

Du côté des victimes dont le nombre, toujours grandissant, se chiffre à quelque 1200, on est en mode survie.

La Coalition Proprio-Béton a souvent dénoncé le fait que plusieurs victimes craignent la faillite et doivent dépenser d'importantes sommes pour faire face à la musique en attendant l'issue du procès.

Comble de malheur pour elles, certains types de travaux valent maintenant leur pesant d'or, comme la maçonnerie, par exemple, qui a doublé de prix depuis trois ans.

Jusqu'à présent, le gouvernement du Québec a débloqué une aide financière de 15 millions $ pour soutenir les victimes, leur permettre de défaire leur sous-sol et de le reconstruire après les travaux.

Les victimes, au nombre de 226, ont utilisé un peu plus de 3 millions $ jusqu'à présent.

La problématique s'est rapidement infiltrée du côté immobilier puisque la plupart des transactions, dans la région, imposent une analyse du béton par carottage, ce qui représente des frais de 2000 $ à 4000 $ par propriétaire dont les

maisons ont été construites au cours de la période visée (1996 à 2008).

Et si l'on pense que la reconstruction des maisons engendre du travail pour les entreprises de la Mauricie, on est partiellement dans l'erreur. La Coalition, qui parle désormais de la Mauricie comme d'une «région sinistrée», a dénoncé à plusieurs reprises le fait que le plus gros des contrats est octroyé à des firmes de l'extérieur.

Parmi les autres frais cachés de la pyrrhotite qu'il sera possible d'analyser un jour, il y a aussi les frais de cour.

Le méga-procès, avec ses 70 avocats, ses 20 000 documents totalisant 250 000 pages, le tout entièrement informatisé, est un des plus gros au Canada. Il est à parier qu'il

sera assorti d'une facture à l'image de son ampleur extraordinaire.

La pyrrhotite: Faits saillants

SECTEUR COMMERCIAL

? Une quinzaine de commerces affectés;

? Des coûts potentiels de 35 millions $ pour les réparations;

? La Coopérative ambulancière de la Mauricie: poursuite de 2 millions $;

? Le Groupe immobilier BelRive lourdement touché;

SECTEUR PUBLIC

? 30 % de la superficie du Centre sportif Alphonse-Desjardins touchée;

? Pertes prévues de retombées économiques du tourisme sportif;

SECTEUR TRANSPORTS

? Au moins une dizaine d'ouvrages civils du MTQ touchés, majoritairement des réparations;

? L'élargissement du pont de la rivière du Loup à Louiseville contient de la pyrrhotite;

SECTEUR RÉSIDENTIEL

? Des pertes de 6 millions $ en revenus de taxes;

? Environ 1200 maisons affectées;

? Une aide financière de 15 millions $ de Québec;

? Aucune aide d'Ottawa;

? Dévaluation des maisons par la Ville et baisses de taxes;

? Le prix de la maçonnerie a doublé depuis 3 ans;

? Les contrats de réparation bénéficient à des entreprises de l'extérieur;

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