Rappelons que le Forum André-Naud est un mouvement qui s'est formé dans l'Église catholique en vue d'y promouvoir la liberté de pensée et de parole mais surtout un retour à l'esprit de Vatican II de Jean XXIII considéré comme l'événement le plus marquant de l'histoire de l'Église catholique au XXe siècle. Il symbolisait l'ouverture au monde moderne et à la culture contemporaine «faite de progrès technologiques, d'émancipation des peuples et de sécularisation croissante».
Dans cet esprit, le Forum André-Naud réclame plus d'ouverture face à l'ordination des femmes, au mariage des prêtres ainsi qu'un meilleur accueil aux divorcés et aux homosexuels. Un manifeste-pétition circulait justement au Québec à ce sujet ces dernières semaines. Plus que jamais, la démission du pape ramène ces revendications à l'avant-scène.
Le père Ménard reconnaît la sagesse de la décision du pape, autant pour lui que pour l'Église. «C'est un pape d'une grande intelligence. Certains de ses écrits sont lumineux. Son cheval de bataille était la relation entre la foi et la raison. C'est un batailleur par rapport à la liberté humaine et des libertés religieuses. Il a aussi été courageux dans les visites qu'il a faites aux juifs et aux musulmans», concède-t-il.
À son avis, son pontificat s'est déroulé en des temps difficiles: scandales sexuels et financiers mais aussi marqué par une polarisation entre deux types de chrétiens. D'un côté la droite chrétienne qui, systématiquement, refuse Vatican II au profit du pouvoir du clergé, du retour au latin et des célébrations «loin du peuple» et de l'autre, les chrétiens désenchantés.
«Pas facile de manoeuvrer dans tout cela. Mais les gestes qu'il a posés ont surtout favorisé les groupes plus traditionalistes comme les disciples deMgr Lefebvre et les anglicans dissidents dans la Fédération anglicane», ne peut que constater le père Ménard.
Ce dernier se désole également que Benoît XVI ait interprété la pensée de ceux qui voulaient apporter un regard neuf sur l'Église comme le début d'un schisme, «alors que ce sont surtout des gens qui veulent une Église qui réponde aux besoins d'aujourd'hui.»
Pour sa part, Céline Girard estime que le pape Benoît XVI a beaucoup fait reculer le rêve des femmes dans l'Église. «Nous, ce que nous demandons, c'est qu'on donne priorité à l'Évangile et à la liberté de conscience. Que ça passe avant tout ce qui est juridique.»
Elle dit espérer que bien que les deux derniers papes aient surtout nommé des cardinaux conservateurs, le jeu de l'élection permette l'avènement d'un pape plus libéral. «Je souhaite un petit clin d'oeil de l'Esprit-Saint», a-t-elle conclu.