«Enlevez-moi la Cité de l'énergie et je ne sais plus ce que je fais»

Robert Trudel... (Photo: Émilie O'Connor)

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Robert Trudel

Photo: Émilie O'Connor

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les problèmes de santé du directeur général de la Cité de l'énergie, Robert Trudel, le condamnent une fois de plus à ralentir ses activités. Au début février, l'homme de 68 ans a éprouvé de sévères maux d'estomac, qui l'ont forcé à passer de nouveaux examens.

Déjà, M. Trudel avait entrepris l'année 2013 à régime réduit, ne se présentant au bureau qu'en après-midi. Son médecin l'a convaincu de réduire la cadence, après deux sérieux avertissements.

Le premier est survenu au printemps dernier. En voyage en République dominicaine, le coloré personnage a hérité d'une bronchopneumonie bicéphale bactérienne.

«J'ai passé à deux cheveux de crever là», laisse-t-il tomber. «J'ai perdu complètement mon système immunitaire.»

À son retour au Québec, on lui a prescrit un repos complet jusqu'à l'automne... à un mois du lancement du spectacle d'Amos Daragon, de l'ouverture du nouveau musée de l'ex-premier ministre Jean Chrétien Le Canada dans le monde et de l'exposition Tout feu tout flamme...

«Ça fait qu'il n'y a pas eu de repos!», résume M. Trudel. «J'ai été sur l'adrénaline tout l'été et en novembre, j'ai fait une pancréatite aiguë. Je ne suis pas allé voir le médecin tout de suite et ça a empiré.»

Autre séjour à l'hôpital et cette fois, le directeur général a compris le message. Le décès de son frère Claude, en avril 2010 à l'âge de 66 ans, hantait aussi ses pensées.

«Je n'écoute pas à la perfection, mais je prends mes marches et je me nourris comme du monde», raconte-t-il. «J'ai aussi diminué le travail de beaucoup.»

Il a également décidé de rayer de son agenda ses implications au Regroupement des gens d'affaires du centre-ville, à la table commerce ou dans le milieu touristique.

Reste la cigarette, un vice aussi tenace que lui.

Autre signal

Malgré cette implication allégée, des ennuis de santé sont réapparus au cours des derniers jours.

Quand on connaît la position centrale de la Cité de l'énergie dans le développement touristique régional et la place occupée par Robert Trudel dans le fonctionnement de cet attrait, ces signaux provoquent inévitablement des questions sur la relève à la direction générale.

«Ça fait des années que j'y pense», confie-t-il. «Depuis environ un mois et demi, je me suis assis avec quelqu'un qui pourrait prendre la relève. Mais une chose est certaine, personne ne viendra s'asseoir à ma place et sera prêt à faire tout ce que je fais. Ça va en prendre deux ou trois pour en remplacer un!»

Le président du conseil d'administration de la Cité de l'énergie, Roland Desaulniers, laisse entendre qu'on traversera le pont une fois rendu à la rivière.

«L'important, c'est que les dossiers cheminent», commente-t-il. «Dans n'importe quelle organisation, la relève s'implante quand on en a besoin. Robert a ralenti un peu sa cadence. C'est normal; ça faisait longtemps qu'on lui disait de se calmer un peu! On le connaît Robert, c'est un excessif.»

M. Desaulniers rappelle que les deux dernières années ont tiré beaucoup de jus, puisque la Cité de l'énergie amorçait une nouvelle phase de développement. Ce volet, au cours duquel Robert Trudel est particulièrement sollicité, laisse maintenant place à une phase de consolidation.

Même s'il ne se dit «pas pressé», le président du conseil d'administration reconnaît avoir échangé sur l'après-Trudel avec le principal concerné.

«Nous partageons des choses, mais on n'est pas rendu à poser des gestes. C'est sûr que Robert, c'est un gros morceau pour la Cité de l'énergie.»

Histoire d'une vie

Robert Trudel peut bien se résigner à déléguer davantage de tâches à sa précieuse équipe, il reste qu'à moins de devenir invalide, il ne cédera pas son siège de son vivant. L'attachement est carrément obsessionnel. Il dit souvent qu'il souhaite mourir d'une crise cardiaque quelque part sur le site. «Financièrement, je pourrais faire la plus belle vie qui soit», convient-il. «Mais je ne travaille pas pour l'argent. Enlevez-moi la Cité de l'énergie et je ne sais plus ce que je fais.»

«En me réveillant le matin, je me demande dans combien de temps je pourrais être au bureau. Ça a toujours été comme une drogue, une passion. Et puis, j'ai tellement d'autres projets en tête! Je ne sais rien faire d'autre que ça.»

Une année de consolidation

Après avoir passé le test d'une programmation entièrement renouvelée l'an dernier, la Cité de l'énergie table sur l'amélioration des concepts mis de l'avant pour augmenter sa fréquentation en 2013.

Ainsi, la première version d'Amos Daragon, assurément le coup de coeur de la dernière saison à la Cité de l'énergie avec ses 28 000 visiteurs, sera peaufinée. Coup de destin inattendu, les coupes au Cirque du soleil ont incité des artistes à s'intéresser davantage à ce spectacle nocturne. Les premières auditions se sont déroulées en fin de semaine dernière.

«Il y aura beaucoup de changements dans les acrobaties», assure le directeur général de la Cité de l'énergie, Robert Trudel. «Nous n'avons jamais reçu autant de candidatures pour notre équipe d'acrobates!»

Du côté du Musée du Canada dans le monde, qui met en vedette les nombreux présents reçus par l'ex-premier ministre Jean Chrétien pendant sa longue carrière politique, le principal changement viendra de la salle de projection. Elle sera refaite au complet.

«Pendant le film, nous avions des critiques», explique M. Trudel. «Le placotage des gens qui se promenaient autour nuisait à l'écoute de la projection. Nous allons refaire un amphithéâtre, avec des écouteurs cette fois.»

L'investissement, qui comprend un système de traduction, est estimé à 350 000 $. Pour le reste, les artefacts demeureront essentiellement les mêmes que l'an dernier. M. Trudel souhaite faire passer de 18 000 à 20 000 le nombre de visiteurs.

Parmi les retombées de cette attraction, le Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec organisera des journées d'études à Espace Shawinigan, du 14 au 16 mars.

Il sera alors question du dixième anniversaire du refus du Canada de s'engager dans la guerre en Irak. M. Chrétien, premier ministre lors de ce moment marquant de l'histoire récente des relations diplomatiques du pays, proposera une allocution en fin d'après-midi le 15 mars.

«Nous aurons une deuxième activité sur le traité de l'Antarctique, qui devrait se dérouler en avril», avance M. Trudel.

Importantes améliorations

Les plus gros changements à la Cité de l'énergie se produiront du côté de Tout feu tout flamme, une exposition qui se résumait à une enfilade de camions d'incendie l'an dernier. Cette fois, M. Trudel promet beaucoup d'action sur ce site, grâce à de nouveaux investissements d'un quart de million de dollars.

«L'exposition sera complètement renouvelée», explique le directeur général. «Nous avons eu des remarques comme quoi c'était un peu froid. Ça ne représentait pas la profession de pompier, le rôle qu'ils peuvent jouer.»

«Nous monterons donc une toute nouvelle exposition, qui touchera davantage le côté humain du métier», ajoute-t-il. «Nous la rendrons très interactive. Nous recréerons une maison, un peu comme celles utilisées par les pompiers pour leurs exercices. Il y aura de l'animation et des concours. Nous avons acheté une machine qui simule le feu!»

M. Trudel ajoute que les enfants pourront se faire photographier à l'intérieur de quelques camions cette année, une demande maintes fois formulée l'été dernier.

Les trois grandes attractions bénéficieront également d'un atout important en 2013: le temps de préparation.

«Les réservations entrent et nous sommes très en avance», souligne M. Trudel. «L'an dernier, ça a été pire que quand j'ai fait la Cité de l'énergie! Financièrement, tout s'est attaché à la dernière minute. Tout le monde avait la langue à terre.»

La Cité de l'énergie travaille également sur l'aménagement de deux réserves dans son bâtiment AL-15, acquis l'an dernier de Recyclage Arctic Beluga. Les artefacts de Jean Chrétien et des articles de collection sur l'histoire de l'électricité y seront destinés.

L'organisation prévoit aussi un investissement de 400 000 $ cette année pour refaire entièrement la toiture du bâtiment AL-3, qui correspond à l'entrée principale d'Espace Shawinigan.

Enfin, même si le projet ne se réalisera pas en 2013, M. Trudel garde toujours en tête l'illumination permanente de la Cité de l'énergie dans sa liste de tâches à accomplir.

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