Un court-métrage décriant le suicide dénoncé par l'Agence de santé

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«Oui, je suis déçu, mais je comprends que c'est un sujet délicat. Moi, je pensais que ça pouvait servir...», souligne Danny Draper.

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'Agence de santé et de services sociaux émet de sérieuses réserves quant aux ambitions d'outil de prévention et de sensibilisation du court-métrage Dualité, de Danny Draper. En pleine semaine de prévention du suicide, cette réaction vient déstabiliser les prétentions du jeune cinéaste trifluvien qui voyait dans son film un moyen de promouvoir le message pro-vie.

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«Ça peut avoir des effets néfastes chez des jeunes déjà en difficulté. On n'est pas en train de dire qu'il ne faut pas parler du suicide. Mais il ne faut pas le faire avec n'importe quel outil. La personne qui va moins bien est sensible à chaque message», insiste Sylvie Lacoursière.

Photo: Sylvain Mayer

Cuisinier depuis une dizaine d'années, Dany Draper nourrit un grand intérêt pour le septième art et réalise des courts-métrages pour le plaisir, avec l'espoir d'entreprendre une formation en cinéma. En décembre dernier, il a mis en ligne le film Dualité, qui expose le dilemme d'une adolescente qui jongle avec l'idée du suicide, influencée par les arguments des personnages symboliques de la vie et de la mort.

172 000 fois sur YouTube

À ce jour, le film a été visionné plus de 172 000 fois sur YouTube. En promouvant sa création dans les médias locaux et nationaux, Danny Draper indiquait que le film pourrait être présenté aux adolescents dans les écoles dans une démarche de prévention du suicide.

Intrigué par le film en question et les desseins de son réalisateur quant à ses vertus de véhicule de prévention en milieu scolaire, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport a communiqué avec l'ASSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

«Le MELS nous a contactés vendredi dernier pour valider certaines choses», relate la Dre Sylvie Lacoursière, de la Direction de la santé publique à l'Agence, qui ignorait l'existence du film. Son équipe et celle des services sociaux, en collaboration avec le centre de prévention suicide, ont analysé le film pour en venir à la conclusion «qu'il ne pouvait pas servir d'outil de sensibilisation». Et même pire, il pourrait provoquer l'effet inverse auprès de jeunes plus fragiles, plus à risque.

Danny Draper a donc été convoqué jeudi matin à l'Agence pour être sensibilisé à son tour aux subtilités du traitement d'un sujet aussi délicat que celui du suicide. La Dre Lacoursière a entre autres souligné chacun des éléments du court-métrage qui allait à l'encontre de ce qui est conseillé comme approche quand vient le temps d'évoquer l'enjeu du suicide dans les médias. Ces recommandations sont toujours formulées dans le but de ne pas déclencher l'élan final qui sépare l'être fragile de l'acte du suicide vu comme une solution à son mal-être.

Des effets néfastes

«Ça peut avoir des effets néfastes chez des jeunes déjà en difficulté. On n'est pas en train de dire qu'il ne faut pas parler du suicide. Mais il ne faut pas le faire avec n'importe quel outil. La personne qui va moins bien est sensible à chaque message», insiste Sylvie Lacoursière.

«Sur le film de 11 minutes et 20, il y a sept minutes où c'est le désespoir, où c'est la mort qui parle», précise-t-elle en insinuant que le jeune ne se rendra peut-être pas jusqu'à la fin de la vidéo avant de se laisser convaincre par les arguments du personnage de la mort.

Le suicide est multifactoriel, tient aussi à rappeler la Dr. Lacoursière. Il faut donc éviter de réduire à un seul facteur la cause des idées noires d'un personnage comme celui au centre du film de Danny Draper. Pour appuyer ses réserves, l'équipe de l'ASSS s'est basée sur des études dont L'avis scientifique sur la prévention du suicide chez les jeunes, publié par l'Institut national de la santé publique du Québec en 2004.

Les écoles, maisons des jeunes et autres organisations qui oeuvrent auprès des adolescents ont reçu une mise en garde en ce qui concerne la présentation du film Dualité comme activité de prévention du suicide. Pour des spécialistes comme Sylvie Lacoursière, il est plus efficace de travailler sur les «facteurs de protection» en amont, de favoriser le développement de l'estime de soi et les activités de promotion de la santé mentale.

Évidemment, Danny Draper s'est dit déçu de la tournure des événements, et ne veut pas créer davantage de vagues. «Oui, je suis déçu, mais je comprends que c'est un sujet délicat. Moi, je pensais que ça pouvait servir...», a-t-il commenté après la rencontre, jeudi après-midi. Il a complété la traduction du film qu'il ne souhaite pas retirer de l'Internet. «Il a été élégant, correct, ouvert, même s'il était déçu et peiné», a pour sa part observé la Dr. Lacoursière.

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