Pyrrhotite: SNC-Lavalin accusée de vouloir faire déraper le procès

La firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin.... (Photo: Rémi Lemée, Archives La Presse)

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La firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin.

Photo: Rémi Lemée, Archives La Presse

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Accusée par la Coalition Proprio-Béton, cette semaine, de tout faire pour retarder le procès sur la pyrrhotite, voici que SNC-Lavalin a été vertement critiquée par les avocats des parties défenderesses, hier. L'un d'eux l'accuse même de vouloir faire déraper le procès.

C'est que SNC a effectué une requête auprès du juge Michel Richard, hier, afin d'obtenir une dizaine de carottes prélevées par l'entreprise Simco technologies dans des fondations de maisons fissurées, une requête qui sort comme un lapin d'un chapeau puisqu'elle est déposée deux mois après le début du procès et 30 mois après le prélèvement des premières carottes en vue du procès.

SNC n'a pas expliqué à la cour, malgré les questions du juge, ce qu'elle entendait faire exactement avec ces échantillons ni en quoi ils seraient utiles pour établir à qui reviendrait la responsabilité envers les quelque 1000 cas de pyrrhotite déclarés jusqu'à présent en Mauricie.

L'avocat de SNC, Me Jean-François Bienjonetti, n'a pas apprécié d'être pressé de questions à ce sujet parce qu'il ne voulait pas, a-t-il dit, «divulguer la stratégie» de SNC.

Me Bienjonetti a même fait valoir que dans un «procès normal», il n'aurait pas été questionné de la sorte sur les objectifs poursuivis par sa cliente. Le juge Michel Richard est alors sorti de ses gonds et fait valoir avec autorité qu'il «est passé, le temps des cachettes. Je veux savoir en quoi cela me sera utile», a-t-il dit. Le juge voulait savoir pourquoi SNC convoite tant ces carottes de béton et voulait comprendre où SNC s'en va avec cette requête.

Me Bienjonetti s'est contenté de dire que les carottes subiraient des tests chimiques qui auraient pour effet de les détruire, des tests qui se dérouleraient d'ailleurs dans des laboratoires de SNC aux États-Unis. Pourtant, comme l'a rappelé Me Valérie Lemaire, pas moins de 14 rapports ont déjà été produits par les experts communs des parties (incluant SNC) ce qui totalise une dépense de 1 404 000 $ depuis 2011.

Si le juge autorise des nouveaux tests, dit-elle, cela causerait un énorme préjudice aux autres experts puisqu'il faudra entreprendre des mesures de contre-expertise. Or, personne ne sait combien de temps ça prendrait, mais cela pourrait retarder le procès même si SNC promet de rendre des résultats sans faute le 28 février.

«Ça va être un nid à contestation au plus haut degré», a plaidé Me André Migneault. Les tests étant destructeurs, «on ne pourra plus recommencer», dit-il.

«C'est une stratégie pour faire déraper le procès», a plaidé de son côté Me Pierre Gourdeau qui croit que SNC avait tout le loisir de prélever des carottes de béton depuis le début du scandale.

Me Lemaire croit que présenter les résultats de ces analyses à la fin de février, alors que les experts commenceront à témoigner en mars «va générer de la confusion dans le dossier.»

Au cours de la requête, le juge Richard a demandé s'il était possible que SNC autorise les experts des autres parties à assister aux tests en question, qui dureront environ 3 semaines, ce à quoi Me Bienjonetti a répondu oui. Toutefois les procureurs de la partie défenderesse ont demandé si SNC allait payer les frais de déplacement et de logement aux États-Unis pour leurs experts. Or, SNC n'accepterait que de payer partiellement les frais d'un seul expert qui représenterait tous les autres.

Me Bienjonetti a expliqué que SNC a pris connaissance des résultats qui apparaissent dans le rapport des experts sur la qualité du béton et que certains éléments semblent «douteux». La firme veut donc faire ses propres essais «en vue des interrogatoires», a d'abord précisé le procureur en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une contre-expertise pour ajouter, peu après: «Il y a des résultats dans le rapport qu'on veut contre-vérifier. Ce seront des essais normalisés», promet-il. «C'est quoi le problème de faire de la contre-vérification?», a-t-il demandé au juge.

Me Valérie Lemaire a rappelé qu'un consensus scientifique est intervenu au sein du groupe d'experts, dont a fait partie SNC. Le protocole des experts est valable et les résultats sont fiables, a martelé Me Lemaire, «tous se sont entendus dans le dossier», dit-elle. Or, SNC a quitté ce même groupe d'experts parce qu'elle se sentait «mise de côté», explique Me Bienjonetti qui n'a pas caché son exaspération à devoir déposer une requête pour obtenir une dizaine de carottes, plaidant que SNC avait contribué financièrement à leur prélèvement. Mais les carottes en question ne relèvent pas du groupe d'experts. Elles ont été prélevées et payées par SIMCO.

Le juge Richard aura donc de quoi cogiter, ce week-end. Il a pris la requête en délibéré et devrait rendre sa décision lundi ou mardi.

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