«On s'est senti trahi au niveau régional»

Le conseiller régional FTQ, Michel Dupont.... (Photo: Stephane Lessard)

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Le conseiller régional FTQ, Michel Dupont.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) Une page d'histoire se tourne aujourd'hui en région. Tel que confirmé le 20 septembre par la première ministre Pauline Marois, la seule centrale nucléaire au Québec, Gentilly-2, cesse ses opérations avec la fin du permis d'exploitation qui avait été fixée au 28 décembre 2012. Une journée appréhendée et dénoncée depuis plusieurs semaines par le milieu économique et les travailleurs, mais attendue et réclamée depuis plusieurs années par les groupes environnementalistes.

«C'est une catastrophe. La région perd 800 emplois de très bonne qualité et on s'est senti trahi au niveau régional», a commenté le conseiller régional FTQ, Michel Dupont.

La centrale syndicale avait officiellement accordé son appui aux candidats péquistes Djemila Benhabib, Noëlla Champagne, Luc Trudel et Patrick Lahaie. Or, ceux-ci s'étaient tous engagés à ne pas procéder à la fermeture de Gentilly-2 «sans avoir rencontré, au préalable, les décideurs régionaux et avoir évalué tous les impacts d'une telle décision».

«Le Parti québécois était clair dans ses intentions de fermer la centrale, mais on avait convenu de prendre le temps de s'asseoir avant. Ce n'est pas ça qui s'est passé. Il y a eu cette annonce ultra rapide. On est profondément déçu de cette attitude et on s'est senti trahi au niveau régional», a confié M. Dupont.

Selon lui, la fermeture de Gentilly-2 va contribuer à «l'appauvrissement important au niveau de la région».

«La Mauricie est déjà très touchée par le chômage avec un secteur des pâtes et papier qui va très mal. On va prendre des années à s'en remettre. C'est sans compter tous les emplois reliés à la réfection qui auraient été un baume sur la région», poursuit-il.

Lors d'un congrès national, la FTQ avait d'ailleurs adopté une résolution en faveur de la remise à neuf de la centrale nucléaire.

Même si la fermeture de Gentilly-2 «est un moindre mal pour les réguliers d'Hydro-Québec», M. Dupont est bien conscient des bouleversements que cela provoque au plan personnel et familial, «quand il faut se déraciner d'une région».

Sauf que concrètement, les travailleurs vont continuer à se rendre au boulot demain même si la centrale n'est plus en exploitation. «Ça va prendre un certain temps avant de fermer. Ils vont se rapporter à Gentilly-2. Tout le monde va être certain d'être payé», explique la conseillère SCFP-FTQ, Muriel Masse.

Décrété par Hydro-Québec, un moratoire sur tous les affichages de poste de la province devrait aider les employés de la centrale à se replacer, en priorité dans la région, grâce à des formations d'appoint au besoin. Mais la société d'État compte déjà 230 personnes excédentaires à l'échelle du Québec, auxquelles viennent maintenant s'ajouter 736 travailleurs nucléaires. Et la suppression de 2000 postes contenue dans le dernier budget Marceau ne viendra que compliquer les choses.

À cela s'ajoute le faible nombre d'employés éligible à la retraite en 2013 dans toute la Mauricie, soit 35.

Selon les dernières données mises à jour par le syndicat, les services de plus de la moitié des 160 ingénieurs ne seront plus requis à partir de demain à Bécancour alors que 88 des 107 technologues permanents continueront de s'y rendre. Cette section locale 957 compte 22 employés temporaires.

Les gens de métiers de l'unité 1500 perdront 32 membres permanents et 37 à statut temporaire, ce qui en laissera 166 à Gentilly-2. Par ailleurs, trente des 36 employés de bureau permanents seront au poste alors que cette section locale 2000 regroupe 17 travailleurs temporaires. La soixantaine de spécialistes et les 80 responsables de la sécurité seront conservés.

Même si la journée d'aujourd'hui marque la fin de l'exploitation à la centrale nucléaire, le choc est déjà encaissé chez le personnel.

«Depuis 2008, on s'attendait plutôt à la réfection. On déplore toujours la décision et la façon de faire», tient à dire Mme Masse.

Même si la fermeture de Gentilly-2 n'est pas irréversible et que le statut minoritaire du gouvernement Marois laissait place à un «petit espoir», la conseillère syndicale ne cache pas que les chiffres d'Hydro-Québec ne changeront pas sous un nouveau régime.

«On est content qu'il y ait une commission parlementaire, mais elle traitera du déclassement. Il n'y a donc plus beaucoup d'espoir», avoue Mme Masse.

Or, le début de l'année sera justement marqué par ces deux jours de consultations particulières prévues les 29 et 30 janvier à Québec. Et selon la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, on y traitera effectivement des impacts du déclassement de Gentilly-2 et du plan de diversification économique pour la Mauricie et le Centre-du-Québec. Un rapport est attendu pour le 21 février 2013.

Pendant que les divers participants préparent leur mémoire respectif, le comité chargé du fonds de 200 millions de dollars précisera ses critères de financement pour recevoir et évaluer les premiers projets.

Gentilly-2: fil des événements

1973: Début de la construction.

Octobre 1983: Mise en service des installations.

Août 2008: Hydro-Québec annonce son intention de procéder à la réfection de la centrale. La réfection était alors prévue pour le printemps 2011.

Août 2010: Le gouvernement libéral de Jean Charest annonce le report des travaux de réfection de 2011 à 2012.

Mars 2012: Hydro-Québec indique que le projet de réfection pourrait être annulé. La société d'État s'engage cependant à fournir toutes les informations nécessaires afin que le gouvernement puisse prendre une décision éclairée.

20 septembre 2012: Nouvellement élue, la première ministre du Québec, Pauline Marois, annonce la fermeture de la centrale et la création d'un fonds de diversification économique de 200 millions de dollars afin d'aider la région à se relever de cette fermeture.

21 septembre 2012: Une citoyenne de Trois-Rivières, Marie-Christine Hupé, décide de faire circuler une pétition afin de sauver la centrale.

27 septembre 2012: Un comité d'actions stratégiques composé de députés, de maires, de représentants des chambres de commerce, d'organismes de développement économique et de spécialistes du nucléaire est formé pour faire la lumière sur la fermeture.

30 septembre 2012: Diffusion de l'émission Tout le monde en parle à laquelle la députée de Trois-Rivières, Danielle St-Amand, et l'ancien député de Nicolet-Bécancour et chef d'Option nationale, Jean-Martin Aussant, ont participé afin de discuter du sort réservé à la centrale et des impacts pour la région.

30 septembre 2012: Des milliers de personnes marchent dans les rues de Bécancour afin de protester contre la fermeture.

3 octobre 2012: Hydro-Québec recommande la fermeture de la centrale nucléaire. Selon des estimations présentées par son président et directeur général, Thierry Vandal, la réfection coûterait 4,3 milliards de dollars, soit plus du double du coût prévu en 2008.

12 octobre 2012: La composition du comité régional mandaté pour gérer le fonds de diversification économique est dévoilé. Il est présidé conjointement par le maire de Saint-Pierre-les-Becquets, Jean-Guy Paré et par le président du conseil d'administration d'Innovation et Développement économique Trois-Rivières, Réjean Hardy.

23 octobre 2012: Un mois après en avoir fait la demande, la mairesse de Bécancour, Gaétane Désilets, rencontre la première ministre Pauline Marois à Québec. Elle était notamment accompagnée du président de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, Jean-Denis Girard.

12 novembre 2012: Après maintes demandes, le gouvernement accepte de tenir une commission parlementaire sur l'avenir de la centrale. Le libellé de cette dernière a été préparé avec les dirigeants des chambres de commerce et d'industrie de Trois-Rivières et du Coeur-du-Québec. Elle aura lieu les 29 et 30 janvier 2013.

26 novembre 2012: Le fait que le fonds de diversification économique de 200 millions de dollars sera essentiellement composé de prêts cause un tollé dans la région et à l'Assemblée nationale.

28 décembre 2012: Date prévue pour la fermeture de la centrale.

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