«Tu ne peux pas toujours être bafouée dans la vie»

Nancy, Isabelle et Tommy Brophy ont dénoncé ensemble... (Photo: Stéphane Lessard)

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Nancy, Isabelle et Tommy Brophy ont dénoncé ensemble pour se libérer d'une douleur partagée. Se revoir les replonge dans un passé trouble qu'ils essaient individuellement d'apprivoiser, à défaut d'oublier.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Coteau-du-Lac) Valérie, Michael, Jeannette, Marcel, Carmelle et Isabelle s'apprêtent eux aussi à célébrer Noël et la nouvelle année, une période où le partage, la solidarité et l'esprit de famille reprennent leur plein droit.

En février 2009, au palais de justice de... (Photo: Stéphane Lessard) - image 1.0

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En février 2009, au palais de justice de Trois-Rivières, Réal Brophy a été condamné à sept ans de pénitencier pour des sévices graves commis sur trois enfants entre les années 1975 et 1991. Coupable de complicité par omission, Reine-Aimée Martel a écopé d'une peine de 18 mois de prison dans la collectivité.

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À l'approche de ce moment de retrouvailles, de réjouissances, mais aussi de réflexion, Le Nouvelliste vous propose quatre histoires qui sont autant de variations sur le même thème: le courage après la violence.

Victimes d'une agression, ces femmes et ces hommes ont accepté de raconter leur drame et ses conséquences. Ils l'ont fait pour démontrer qu'on peut surmonter une telle épreuve, même lorsqu'elle laisse durement, profondément, sauvagement et éternellement des traces.

Isabelle Brophy est une femme qui sourit facilement, librement. Chaleureuse, dynamique, sincère, elle est l'amie, la voisine, la collègue recherchée. Isabelle a la rage de vivre, la rage de vaincre.

La femme de 42 ans veut être heureuse. Pour y arriver, elle ressent le besoin de venir en aide à d'autres personnes qui ont grandi dans un climat de terreur. Parce qu'il y en a.

Raconter son histoire lui fait du bien. À une victime qui lirait cette chronique, elle jure: «Tu peux t'en sortir même si tu es maganée en ce moment. Le bonheur, ça existe. Tu ne peux pas toujours être bafouée dans la vie. Dénoncer, c'est sortir de sa propre prison.»

Entre l'âge de 12 ans et demi et 17 ans, Isabelle Brophy a vécu dans une famille d'accueil, celle de Diane Lampron qui a compris et aimé l'adolescente noyée par la souffrance, la honte et la colère.

«C'était la première fois que je voyais ce que c'était, une vraie famille», fait remarquer Mme Brophy avec reconnaissance.

N'empêche qu'au début de sa vie d'adulte, seule avec elle-même, Isabelle a endormi son mal en consommant de la drogue et en travaillant dans les bars de danseuses pour mieux contrôler les hommes et leurs désirs.

Puis, un jour, la jeune femme a compris. «Réal Brophy avait pris mon enfance, mais il n'aurait pas le reste», affirme celle qui en a fait son leitmotiv.

Directrice de flotte pour une compagnie de transport à Coteau-du-Lac, Isabelle Brophy s'épanouit dans le travail et entourée de sa petite famille.

Depuis la fin du procès, la cadette revoit plus ou moins sa soeur Nancy et son frère Tommy établis eux aussi à l'extérieur de la région. Les trois enfants Brophy ont dénoncé ensemble pour se libérer d'une douleur partagée. Se revoir les replonge dans un passé trouble qu'ils essaient individuellement d'apprivoiser, à défaut d'oublier.

«Aujourd'hui, je me sens libre dans ma tête et dans mon coeur», soutient Isabelle Brophy qui ne cesse de répéter toute sa gratitude et son admiration envers l'avocate Hélène Carle. Durant le procès de Réal Brophy et de Reine-Aimée Martel, elle a défendu leurs enfants devenus adultes avec toute son énergie et les moyens possibles.

«Hélène a été fabuleuse», souligne Isabelle Brophy qui tient également à remercier les gens du CAVAC (Centre d'aide aux victimes d'actes criminels).

«Avant et pendant le procès, ils étaient là pour nous expliquer toute la machine. Ils ont fait un travail incroyable», ajoute-t-elle.

Au cours de la dernière année, Me Hélène Carle a invité Isabelle Brophy à prononcer une conférence aux étudiants en techniques policières du Cégep de Trois-Rivières. La dame leur a tout raconté, sans aucune censure. Un jour, ils croiseront peut-être une petite Nancy, une Isabelle et un jeune Tommy. Ils devront les écouter, les croire et les protéger.

Portée par l'accueil de ces collégiens qui, de leur côté, ont été bouleversés par le courage de cette femme, Isabelle Brophy a envie de répéter l'expérience, se disant plus forte que jamais.

«Écrire, raconter, recevoir des confidences et aider, c'est peut-être ça, aujourd'hui, ma mission!», lance-t-elle en souriant. Comme toujours.

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