«Dénoncer, c'est sortir de sa propre prison»

Isabelle Brophy a dénoncé la violence de son... (Photo: La Presse)

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Isabelle Brophy a dénoncé la violence de son père et le silence de sa mère pour se libérer d'un secret insoutenable, le calvaire qu'elle avait vécu dans la maison familiale à Sainte-Eulalie.

Photo: La Presse

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Coteau-du-Lac) Isabelle Brophy, vous la connaissez. Nancy et Tommy aussi. Un jour, en 2006, ils ont décidé de se libérer du poids de leur secret devant le tribunal qui les a écoutés et qui les a crus. Ces enfants ont grandi dans la peur et la violence. Ils avaient pour parents un monstre et une autruche.

L'histoire de cette famille a soulevé l'indignation puisqu'elle a mis au grand jour les horreurs répétées d'un père, Réal Brophy, et le silence d'une mère, Reine-Aimée Martel.

Depuis 1998, Isabelle Brophy habite à Coteau-du-Lac, une charmante petite ville au sud-ouest de Montréal. La femme de 42 ans s'apprête à célébrer Noël avec les siens. Son conjoint et leurs deux enfants constituent son port d'attache, sa bouée de sauvetage. Grâce à eux, sa vie est joie, amour, bonheur et paix.

Enfant, peu importe le moment de l'année, son quotidien en était un de coups, de cris et de pleurs.

Isabelle Brophy n'a jamais remis les pieds à Sainte-Eulalie, là où elle a été victime des pires sévices, et ce, pendant des années.

En fait, la dernière fois qu'elle est venue dans la région, c'était il y a un an. Des amies d'enfance lui avaient donné rendez-vous à Gentilly. Ces anciennes copines devenues des femmes et des mères avaient suivi le procès du couple Brophy-Martel par l'entremise des médias.

«Elles voulaient me demander pardon de n'avoir rien dit à l'époque», raconte Isabelle qui ne peut pas leur reprocher d'avoir réagi comme des enfants. Certes, les petites filles se doutaient bien qu'il se passait des choses bizarres chez les Brophy, mais même les grands ne pouvaient imaginer la gravité des gestes posés à répétition.

Les amies d'Isabelle se souvenaient d'avoir entrevu le petit Tommy attaché dans la cour, à une corde à linge. Isabelle a expliqué que leurs parents lui avaient probablement interdit de jouer cette journée-là. Pour quelle raison? Allez savoir...

À Sainte-Eulalie, Réal Brophy passait pour un «méchant fou», confirme Isabelle qui suppose que les gens n'ont jamais soupçonné à quel point il l'était.

Isabelle est la cadette des trois enfants Brophy, entre Nancy, de quelques mois son aînée, et Tommy, plus jeune de six ans. Dans les faits, on parle ici de demi-soeurs et demi-frère.

Le jour où Réal Brophy et Reine-Aimée Martel ont décidé de faire vie commune, ils avaient déjà, chacun, une fillette. Quelques années plus tard, le couple a eu un garçon qui, au début, s'est avéré l'enfant de l'amour. Rapidement par contre, le petit frère a goûté à la même médecine sauvage que ses deux soeurs.

Touché par le drame de Nathalie Simard, c'est Tommy qui s'est tourné vers Isabelle en 2006 afin de la convaincre de porter plainte contre Réal Brophy. Devenu père de deux bambines, Tommy ne voulait surtout pas qu'elles tombent entre les griffes de leur grand-père qui, pendant des années, a abusé sexuellement de ses propres filles.

Isabelle avait 7 ans lorsqu'elle a avoué pour la première fois à sa mère les «choses» que lui faisait Réal Brophy.

Le passage qui suit a été écrit par une femme à qui on a volé son enfance, son adolescence et une partie de sa vie d'adulte.

«Je dis à Reine que Réal joue avec son pénis et que du liquide blanc sort. Je lui demande ce que c'est. Elle me demande d'attendre en dehors du chalet et elle confronte Réal. Personne ne revient me chercher et quand j'entre dans la pièce, ils font l'amour... Je sais alors que je ne suis plus protégée. Elle me jure qu'il ne le fera plus et elle reste avec lui.»

Réal Brophy agressait souvent, non, tout le temps Isabelle. Il l'entraînait dans la salle de bain ou dans le garage.

«Il disait que ce n'était pas de l'inceste puisque je n'étais pas sa fille», raconte celle qui mangeait autant «de volées». Si la mère rapportait que les filles s'étaient mal comportées durant la journée, le père les sortait du lit en pleine nuit pour les frapper.

Les enfants Brophy reconnaissent le son et le claquement de la strappe à mille lieues. Aujourd'hui encore, Isabelle est instinctivement aux aguets lorsqu'elle entend une ceinture se détacher.

Réal Brophy imposait sa domination en faisant mettre ses enfants à genoux, les bras en croix. Ils devaient rester ainsi immobiles pendant des heures. Le temps amoindrit les douleurs, mais Isabelle est incapable de s'agenouiller sans repenser à son calvaire.

Curieusement, à l'école, elle était un boute-en-train qui riait à toutes les blagues. Il n'était pas là.

Qui aurait pu deviner ce que vivait l'élève après les heures de classe? «Personne n'avait le droit de venir chez nous», explique Isabelle qui aimait chanter, écrire des poèmes et se plonger de façon quasi compulsive dans les livres. Question de survie.

«J'avais développé plusieurs tactiques pour lire en cachette», note celle qui pouvait passer deux ou trois jours clouée au lit. Sa punition consistait à rester là sans rien faire, à regarder les heures défiler par la fenêtre, sans jamais pouvoir se lever.

Brophy privait régulièrement ses enfants de manger, mais pouvait les forcer à ingurgiter du savon liquide, leurs vomissures et excréments.

Nancy, Isabelle et Tommy étaient souvent gardés prisonniers à l'extérieur de la maison. Leur mère barrait la porte et leur donnait une pomme en guise de repas. Ils avaient la permission d'entrer une seule fois pour aller aux toilettes.

Isabelle n'a jamais oublié le jour où sa soeur Nancy s'est retrouvée attachée sur le lit de Tommy, frappée avec un 2x4 par son père enragé, encore une fois.

Reine-Aimée Martel n'a rien fait pour empêcher son mari de s'en prendre aussi violemment à sa fille. Elle s'est contentée de la mettre dans un bain d'eau froide, en pleurant.

Toute son enfance, son adolescence et même durant le procès, Isabelle a espéré que sa mère protège ses petits contre un homme d'une cruauté sans nom.

Reine-Aimée Martel n'a rien fait, n'a rien dit. Isabelle a cessé de se demander pourquoi. «Leur pire punition aujourd'hui, c'est que le monde sache ce qu'ils ont fait», déclare-t-elle.

En février 2009, au palais de justice de Trois-Rivières, Réal Brophy a été condamné à sept ans de pénitencier pour des sévices graves commis sur trois enfants entre les années 1975 et 1991

Coupable de complicité par omission, Reine-Aimée Martel a écopé d'une peine de 18 mois de prison dans la collectivité.

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