Les décideurs régionaux montent aux barricades

Les possibles compressions budgétaires imposées aux universités pourraient...

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Les possibles compressions budgétaires imposées aux universités pourraient avoir des impacts sur l'enseignement de la médecine à Trois-Rivières.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'alarme sonnée par les doyens des facultés de médecine de la province, dont celle de Montréal, quant aux conséquences possibles des compressions budgétaires imposées aux universités sur l'enseignement de la médecine dans les régions a fait monter plusieurs intervenants aux barricades, à commencer par les libéraux.

«Moi, la première chose qui m'est venue en tête ce matin, confie la députée Danielle St-Amand, c'est le souvenir des événements de juin 2002, alors que Claude Dufresne, qu'on avait transféré en ambulance à Trois-Rivières parce qu'il n'y avait pas de médecins disponibles à l'urgence de Shawinigan, est décédé. C'était le Parti québécois qui était au pouvoir quand un homme est mort parce qu'il n'y avait pas de couverture médicale à Shawinigan. Est-ce encore ça qu'ils veulent au Parti québécois?»

Furieuse, la députée rappelle que la formation médicale au CHRTR est ce qui a permis à la région qui manquait cruellement de médecins de se remettre sur les rails. «On sait qu'il y a encore du travail à faire, mais depuis qu'on les ''fabrique'' ici, ils s'ancrent dans la région. Les statistiques de rétention sont exceptionnelles.»

L'ex-ministre responsable de la région et députée de Laviolette, Julie Boulet, qui a porté le dossier de la formation en médecine au CHRTR, répétait hier qu'elle ne pouvait croire que cet enseignement serait menacé après tous les efforts faits pour l'obtenir. «Est-ce une monnaie de négociation des doyens? Ce serait une grande aberration. Cet enseignement est une vision gouvernementale, non partisane. C'est une vision qui est partagée par le ministère de la Santé, peu importe le gouvernement qui est là. J'ose croire qu'on ne touchera pas à ça, que le ministère va encadrer les compressions et qu'il ne permettra pas ce genre de coupures-là. Ce serait un grave retour en arrière et pénaliser les régions. »

Même s'il affirme toujours prendre ce genre de nouvelle très au sérieux le docteur Yves Lamirande, directeur des affaires médicales et des services professionnels au CHRTR, croit que le succès exceptionnel remporté par la formation en médecine est encore la meilleure garantie de sa pérennité. «C'est plus qu'un succès, c'est un fleuron de la formation médicale. Ce qu'on apporte est unique comme contribution. La formation est parmi les meilleures qui se donne. Nos étudiants performent et se classent parmi les meilleurs au Canada. Au lieu d'avoir des conscrits, on a des gens qui ont envie de venir en région. Notre contribution dans la formation n'a pas de prix. Si le ministère veut en mettre un, on n'a pas de contrôle là-dessus.... mais on va faire valoir nos points.»

Du côté de l'Agence de Santé et des services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec, on refuse de s'énerver pour l'instant et on attend de voir la suite des choses. Gilles Hudon, directeur des Services de santé et des Affaires médicales, a déclaré que ces compressions touchent surtout le secteur de l'éducation et qu'en ce moment, on ne connaît pas encore vraiment l'impact sur le campus mauricien. «Évidemment, on peut spéculer et présumer d'un ordre de grandeur des coupures mais je ne suis pas à même de me prononcer. Soyez assurés que du côté de l'agence, on va veiller au grain. Si des coupures sont formellement annoncées, on va s'assurer que les services et que l'enseignement qu'on offre soient maintenus à Trois-Rivières et Shawinigan (...) mais je ne pense pas qu'à ce stade-ci, il faille crier au loup.»

Le président de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, Patrick Charlebois, se montre plus inquiet car l'accès à un médecin de famille constitue un élément de poids quand on veut attirer entreprises et industries. «L'UQTR, c'est une fierté dans la région, c'est comme couper les deux jambes d'un marathonien très performant. Les mesures imposées par le gouvernement aux universités sont inacceptables dans la mesure où il a choisi de continuer la bonification du programme de prêts et bourses.»

Le président de la Chambre demande au gouvernement de refaire ses devoirs. «La faculté de médecine est un succès qui a corrigé de grosses lacunes. Tout cela est en péril. Ce serait une conséquence concrète des coupures. Mais pour nous, il n'est pas question de reculer. Ce sont des acquis qu'on ne renégociera pas. Il faut garder ce service pour attirer des jeunes ici. Cette faculté, c'est un produit d'appel pour la région.»

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque abonde dans le même sens.«Ça n'a aucun sens, on a travaillé si fort pour avoir la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Elle est venue combler le manque d'effectifs. C'est un beau succès autant ici que dans le Saguenay. Si les coupes mettent ça en péril, ce serait inacceptable pas seulement pour Trois-Rivières mais pour toute la région.»

Yves Lévesque y voit lui aussi la conséquence de la décision prise par le gouvernement Marois au sujet des frais de scolarité. «Ils ont pris le problème pour le mettre ailleurs. Et ce ailleurs, c'est pire... surtout qu'ils ont annoncé un médecin pour tout le monde. À chaque compagne électorale, la priorité, c'est la santé. J'espère que le gouvernement va corriger ça», a-t-il déclaré.

Noëlla Champagne réclame du temps

Tout en prévenant que ce n'est pas parce que son parti a fermé Gentilly-2 que la région se trouve à l'abri d'autres coupures, la députée de Champlain, Noëlla Champagne, se fait tout de même rassurante.

«Pourquoi, est-ce que la formation en médecine serait en cause? Il y a une commande du ministre de l' Éducation mais il est trop tôt pour s'inquiéter. Pour nous, (la formation médicale) c'est une bonne façon de faire de la rétention de médecins. Que les doyens alertent le gouvernement, c'est de bonne guerre mais ils ont choisi le mauvais numéro en ameutant la population.»

La députée ajoute qu'elle est convaincue que le ministre de la Santé ne laissera pas passer ça en fermant les yeux. Elle réclame un peu de temps pour que tout le monde puisse évaluer ce qu'il faudra vraiment faire. «Remettre la formation en cause, ce n'est pas de bon ton. Laisser porter cette idée n'est pas positif. Réfléchissons avant de nous lancer dans des coupures qui auront des conséquences dangereuses. Je souhaite que Mme Ghazzali parle avec le ministre Duchesne et avec le ministre des Finances s'il le faut et que la décision soit prise de la façon la plus intelligente possible. J'ai confiance dans les décisions qui seront prise par Réjean Hébert et Pierre Duchesne et même Nicolas Marceau. Si la coupure est maintenue, on se parlera rendu là. Mais il est beaucoup trop tôt pour dire que ça ira jusqu'à couper dans l'enseignement de la médecine. Particulièrement en Mauricie, ce n'est pas le temps d'en rajouter», observe-t-elle.

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