Le vieillissement de la population et la rue

Michel Purcell, délégué régional ROCQTR et Jean-Félix Raymond... (Photo: Émilie O'Connor)

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Michel Purcell, délégué régional ROCQTR et Jean-Félix Raymond Saint-Germain, délégué régional du l'ATTRueQ, assurent que les besoins grandissent dans les rues des villes de la région.

Photo: Émilie O'Connor

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le vieillissement de la population ne se perçoit pas seulement dans les difficultés de certaines entreprises pour trouver une relève. Le phénomène s'observe également dans la rue, une particularité qui soulève de plus en plus de questions chez les intervenants.

Michel Purcell, représentant régional pour le Regroupement des organismes communautaires du Québec pour le travail de rue, identifie cet enjeu comme l'une des principales préoccupations du milieu.

«Nos ressources sentent le vieillissement de la population», commente-t-il. «On voit de plus en plus de gens plus âgés en notion de détresse, pour une multitude de raisons.»

Par exemple, de son lieu de travail à Louiseville, en milieu agricole, M. Purcell observe que ceux qui cognent à la porte de la retraite ne possèdent souvent aucun fonds de pension.

«Ils se pointent à l'entraide tous les jeudis parce que leurs revenus ne suffisent plus», résume-t-il.

Par ailleurs, le contexte manufacturier difficile incite également des travailleurs à prendre des raccourcis pour améliorer leur productivité.

«Quand un employeur annonce qu'il doit faire 200 mises à pied et que ceux qui restent devront faire 12 pattes de chaises de plus par jour pour améliorer la compétitivité de l'entreprise, le gars s'arrange pour les faire», explique M. Purcell. «Chaque dope a son époque. On a connu le LSD, les champignons magiques et maintenant, ce sont les métamphétamines, les pinottes.»

«En complément de ça, il y a les problèmes de santé mentale», ajoute Jean-Félix Raymond Saint-Germain, délégué régional à l'Association des travailleurs et travailleuses de rue du Québec. «Ça vient compliqué de savoir ce qui arrive en premier. Est-ce le problème de consommation ou celui de santé mentale?»

Ces défis parsèment le quotidien des travailleurs de rue de la région. Mais un autre reflet de société s'installe pernicieusement chez les plus démunis: les problèmes de communication.

«Tout le monde a quelque chose à dire, mais personne ne s'écoute», fait remarquer M. Purcell. «Les gens ne se sentent pas aimés. Chez nous, les difficultés relationnelles sont notamment attribuées à la virtualité des rapports. Les gens deviennent mal à l'aise à la réaction des autres, parce qu'ils s'habituent à un rapport avec l'écran. En conséquence, il n'y a jamais rien qui fait et c'est toujours la faute de l'autre. On est beaucoup dans le je, me, moi.»

Dans sa pratique à Point de rue à Trois-Rivières, M. Saint-Germain est marqué par cette soif d'être compris, ce besoin d'empathie.

«Je me fais remercier le plus souvent simplement parce que j'ai écouté», raconte-t-il. «Quand on pense au travail de rue, on pense au dépannage alimentaire, par exemple. Mais les gens sont encore plus reconnaissants quand on ne fait rien d'autre qu'écouter pour vrai!»

Deux enjeux

Une trentaine de membres de l'ATTRueQ et le ROCQTR de la Mauricie et du Centre-du-Québec se sont réunis pendant deux jours à l'Auberge Gouverneur de Shawinigan, à la fin novembre, dans le cadre de la troisième édition de la «Fugue en rivière».

Ce rendez-vous régional donne l'occasion au milieu d'échanger sur différentes pratiques.

Cette année, les ateliers portaient surtout sur deux préoccupations, à savoir la compilation statistique et le code d'éthique.

Dans le premier cas, il s'agit de mettre les organisations au diapason pour s'assurer que tout le monde calcule les mêmes phénomènes de la même façon.

Par exemple, au lieu de compter simplement le nombre d'interventions, il faut aussi tenir compte de la quantité de personnes touchées à ces occa-sions.

«Si on souhaite faire connaître l'étendue de notre travail, il faut s'attarder à concevoir un outil qui va parler des mêmes éléments à un endroit ou l'autre», indique M. Purcell.

Les deux organisations se sont fixé l'objectif de mettre en place cette nouvelle pratique de compilation sur le terrain à compter du 1er avril.

Également, les délégués ont convenu de se pencher sur l'application du code d'éthique actualisé en 2009.

«Le travail de rue, c'est une zone grise», fait remarquer M. Saint-Germain. «Il faut créer notre propre éthique adaptée à notre pratique, avec ses contraintes et ses conditions.»

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