La pyrrhotite qui voulait gâcher Noël

Comme leur père, Norman Gugg, Laurent, Jacob et... (Photo: Stéphane Lessard)

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Comme leur père, Norman Gugg, Laurent, Jacob et Jeanne ont mis la main à la pâte. Ils auront la consolation de pouvoir passer Noël à la maison en toute sécurité.

Photo: Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «J'étais sur la liste des cadeaux de Noël», raconte Norman Gugg.

Après deux ans et demi d'attente, les fondations pleines de pyrrhotite de sa maison sont enfin de l'histoire ancienne.

Une bataille de gagnée... mais pas la guerre toutefois.

Cette maison, Norman Gugg ne sait pas encore s'il pourra la garder. Il a fallu prendre une seconde hypothèque. Les paiements mensuels ont presque doublé.

«C'est une belle maison», dit-il, un endroit chaleureux qu'il veut conserver pour ses trois jeunes enfants lorsqu'ils viennent vivre avec lui, une semaine sur deux.

Norman Gugg s'est en effet séparé quelques mois à peine avant que ses fondations, elles aussi, se brisent.

M. Gugg a commencé à soupçonner un problème grave lorsqu'il a mesuré un taux d'humidité de près de 90 % au sous-sol. Pas étonnant que des colonies de perce-oreilles aient fini par s'y installer. Les fissures d'apparence anodine qui sont apparues à l'extérieur n'étaient que la pointe de l'iceberg.

Norman Gugg n'a pas eu grand effort à faire pour défaire les murs de gypse, au sous-sol. Ils étaient tellement mouillés qu'on aurait dit de la pâte, raconte-t-il. La laine minérale derrière le gypse était trempéeet des colonies de champignons s'en donnaient à coeur joie. Voilà pourquoi un des enfants avait développé d'étranges problèmes respiratoires.

M. Gugg, témoignait hier dans le cadre du procès de la pyrrhotite. Il avait acheté sa maison d'un autoconstructeur en 2008. «Je n'ai donc aucune assurance», dit-il. Quelques mois à peine après avoir signifié les mises en demeure au contracteur et à la bétonnière, la détérioration s'est accélérée.

La nuit, des bruits comme des coups de fusil se faisaient entendre. «Les enfants venaient me trouver dans mon lit parce qu'ils avaient peur», raconte-t-il.

Fissurées de partout, les fondations laissent entrer l'eau. Au début, un coup de vadrouille suffisait à éponger les infiltrations. Mais Norman Gugg a dû se procurer un aspirateur du genre «Shop Vac» pour éponger les dégâts qui se faisaient de plus en plus abondants. Une petite pluie suffisait en effet à remplir deux fois le réservoir de l'appareil. À chaque pluie, M. Gugg devait aspirer l'eau avant d'aller travailler et arrivait ainsi à remplir jusqu'à une dizaine de fois le réservoir. Ça, c'est jusqu'à ce que les pluies abondantes qui ont marqué le week-end du Grand Prix de Trois-Rivières laisse entrer l'eau «comme une buvette», raconte-t-il.

Pourtant, M. Gugg avait tout mis en place pour éloigner l'eau des fondations. «Avec les enfants, on enlevait même la neige autour de la maison», illustre-t-il.

La soumission pour reconstruire les fondations arrive comme un coup de poing au visage: 220 000 $.

Pour s'en tirer, M. Gugg décide de faire lui même une partie des travaux. Même quand les enfants sont avec lui, il n'a pas le choix. C'est du boulot à abattre presque tous les jours.

Malgré leur très jeune âge, les enfants comprennent que refaire des fondations coûte extrêmement cher.

Vivement secoué par l'émotion, leur père raconte qu'ils ont demandé de ne pas avoir de cadeaux de Noël. «Ils voulaient que je garde l'argent pour payer les fondations», dit-il, ébranlé.

«Je leur ai dit que s'ils voulaient m'aider, d'être bons à l'école. Depuis, ils sont arrivés avec tout plein de petits honneurs pour leurs bonnes performances», raconte-t-il. «Ça fait deux ans et demi que c'est comme ça.»

«Je paie 3000 $ pour un rapport d'ingénieur; j'achète un déshumidificateur, un aspirateur, je paie 140 000 $ pour un problème de fondations et je leur dirais: Vous n'avez pas de cadeau de Noël? Ça ne fait pas de sens tout ça. Le rapport à l'argent est comme bizarre», déplore-t-il, vraiment ému de cette situation dans laquelle lui et sa famille sont emprisonnés.

Après tous ces efforts, c'est environ 140 000 $ - et non 220 000 $ - que M. Gugg devra ajouter à son hypothèque. Malgré cette économie durement gagnée et une aide remboursable de 70 000 $ du gouvernement, la pyrrhotite lui volera peut-être sa demeure quand même. Cela dépendra de l'issue du procès. «Plus le procès ira vite, plus je vais être capable d'affronter ça», explique-t-il, en espérant récupérer sa perte.

Quoi qu'il en soit, la maison a maintenant presque entièrement retrouvé la santé. Il ne reste qu'un peu de finition intérieure et la famille Gugg aura au moins la consolation de pouvoir y passer Noël en toute sécurité.

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