Djemila Benhabib lance son troisième livre

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Dans son dernier ouvrage Des femmes au printemps, Djemila Benhabib trace un lien direct entre la libération sexuelle des femmes et l'établissement d'une véritable démocratie dans les pays arabes.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Djemila Benhabib lançait mardi dernier son troisième livre intitulé Des femmes au printemps, un essai publié chez VLB sur la condition des femmes égyptiennes et tunisiennes dans la foulée du Printemps arabe. Un ouvrage qu'elle présente au Salon du livre de Montréal, actuellement en cours, et où elle trace un lien direct entre la libération sexuelle des femmes et l'établissement d'une véritable démocratie dans les pays arabes.

C'est qu'elles étaient de toutes les manifestations le printemps dernier ces filles et ces femmes, au risque de leur vie et de leur sécurité. Mais comme c'est souvent le cas aux lendemains des révolutions, elles ont vite réalisé que rien n'avait changé pour elles. Pire, la démocratie qu'elles ont appelée de tous leurs voeux les a trahies en portant au pouvoir les islamistes qui se sont empressés de les opprimer davantage.

Or, écrit Djemila Benhabib avec conviction, «la démocratie ne se fera pas sans les femmes.» Si, en journaliste studieuse, Mme Benhabib s'applique à expliquer le cheminement politique récent de l'Égypte et de la Tunisie ainsi que l'origine de l'islamisme radicalisé, c'est lorsqu'elle s'attarde à relater ses rencontres avec les femmes (Fatma la répudiée, Amira la rêveuse, Mona la désillusionnée, un groupe d'étudiantes en théologie) qu'elle touche le lecteur au coeur.

Et quand elle tente d'expliquer d'où vient cette haine des islamistes du corps des femmes, elle devient vraiment passionnante. En effet, comment comprendre le harcèlement sexuel incroyable dont elles sont victimes alors qu'elles vivent (survivent) dans une société qui tente de faire disparaître complètement leur corps? Comme si ce n'était qu'en les privant de leur humanité qu'elles pouvaient devenir quelqu'un.

Djemila Benhabib s'interroge aussi. «D'où vient cette disposition morbide à traquer le plaisir? À refouler le désir? Qu'est-ce que cette obsession de discipliner l'amour? Qui ordonne cette censure?» Plus loin elle écrit «qu'en faisant de la sexualité des femmes l'affaire de tous, ceux qui s'entichent de pureté et d'abstinence fusionnent la sphère privée et la sphère publique.

Or, c'est le détachement de l'une et de l'autre qui est l'un des fondements de la modernité qui rend possible l'exercice démocratique et garantit le respect des libertés individuelles. Poser la question, c'est y répondre: une femme libérée sexuellement remet en question le pouvoir patriarcal et religieux.

«Pour sauver la révolution, il faut la déplacer dans les maisons et plus précisément dans les lits», insiste Mme Benhabib qui espère une révolution sexuelle pour les pays arabes afin de sortir hommes et femmes de leur misère, de la violence et de la honte... pour qu'enfin on puisse passer à autre chose. Mais surtout, Mme Benhabib sert encore le même avertissement à ses lecteurs occidentaux: l'islamisme modéré n'est qu'une chimère.

Écrit dans l'urgence?

Lorsqu'on demande à Mme Benhabib si ce livre a été écrit dans l'urgence, elle répond par l'affirmative. «Il a été écrit dans très peu de temps, en effet. L'actualité évolue rapidement et les gains islamistes se concrétisent très très vite. Il fallait dans ce contexte prendre position très rapidement pour donner un coup de main et rendre hommage aux démocrates, aux laïcs et aux féministes qui se battent là-bas. J'ai voulu le faire dans le feu de l'action. Par exemple, le procès du doyen de la faculté de la Manouba, Habib Kazdaghli, il est toujours en cours.»

Bien qu'elle aborde de front la nécessité d'une révolution sexuelle dans un contexte islamiste, Mme Benhabib n'est pas d'accord lorsqu'on lui fait remarquer que ce livre est sans doute le plus provocateur qu'elle ait écrit. «Je n'ai pas voulu le faire dans cette optique-là. Même tabou, la sexualité est très présente dans la société arabe. C'est la complexité et la contradiction de cette réalité. On veut effacer les femmes mais en même temps, elles sont toujours présentes dans la tête des hommes.»

À la lecture Des femmes au printemps, on ne peut s'empêcher de faire un lien avec la révolution sexuelle des Québécoises et la sécularisation dramatique du Québec à partir des années 70, une réalité qui n'a pas échappé à Mme Benhabib et qui vient renforcer sa théorie: pas de démocratie sans révolution sexuelle.

«Il y a un parallèle, absolument, admet-elle. Je puise aussi dans l'histoire du Québec pour comprendre le monde arabe, et vice-versa. Pour moi, il y a un double mouvement, celui de la séparation du pouvoir politique et religieux et celui de la libération des femmes arabes et l'un ne va pas sans l'autre. L'un est le début de l'autre. Le début de l'émancipation des femmes, c'est lorsqu'on sépare l'espace politique de l'espace religieux. Dans le monde arabe, on en est encore là. C'est pour ça que l'émancipation des femmes est un enjeu central. C'est un cheminement historique par lequel sont passées les sociétés occidentales et le monde arabe n'y échappera pas», conclut-elle.

Mme Benhabib sera à Trois-Rivières, à la librairie Poirier, lundi.

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