Pyrrhotite: des milliers d'autres cas?

Des constructions datant d'aussi loin que 1996 sont... (Photo: Stéphane Lessard)

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Des constructions datant d'aussi loin que 1996 sont affectées par la pyrrhotite. Sur notre photo, André Dupont devant sa maison dont les fondations ont été coulées en 1998.

Photo: Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Tous mes voisins sont sur les nerfs», raconte André Dupont. Ce résident de la rue Montlieu, à Trois-Rivières, a fait expertiser ses fondations récemment pour découvrir avec horreur qu'elles contiennent de la pyrrhotite.

L'inédit qu'apporte l'histoire de M. Dupont, c'est que ses fondations ont été coulées... en 1998.

Jusqu'à présent, les quelque 1000 cas résidentiels déclarés de pyrrhotite, dans la région, se situaient entre 2004 et 2007. Toutefois, ils pourraient ne représenter que la pointe de l'iceberg dans cette affaire. Si des cas aussi anciens que celui de M. Dupont continuent de se manifester, c'est probablement à des milliers de cas supplémentaires que la région devra faire face sous peu.

L'histoire d'Alain Gélinas, rue des Merles dans le secteur Pointe-du-Lac, en est un autre exemple.

Sa maison a été construite en 1996. Or, ce n'est qu'en septembre de l'an dernier que des fissures sont apparues dans ses fondations. Elles se sont rapidement agrandies au point qu'au terme d'une analyse du béton qui a confirmé un haut taux de pyrrhotite, M. Gélinas n'a eu d'autre choix que de faire lever sa maison.

Au début, «on se demandait si ce n'était pas le crépi qui était en train de tomber», raconte-t-il. Après avoir ouvert une partie du mur du sous-sol, M. Gélinas s'est aperçu que les fissures à l'apparence inoffensive scindaient le mur de fondation en deux. Au bas du mur, il pouvait apercevoir les fissures en toile d'araignée typiques de la pyrrhotite. Par la suite, raconte-t-il, ces fissures se sont mises à évoluer très rapidement.

Trois fois plus de cas?

Alain Gélinas affirme ne pas être le seul cas en Mauricie à avoir une maison datée de 1996 avec de hauts taux de pyrrhotite.

«Dans ma rue, je suis le troisième qui a été bâti en 1996 et qui a été levé. Mon voisin a fait lever la sienne il y a trois ans», dit-il.

«Je pense qu'il va y en avoir plusieurs. Je ne veux alarmer personne, mais s'il y a 1000 cas actuellement, dans la région, je pense maintenant qu'on va en avoir trois fois plus que ça», craint-il.

La trentaine de dossiers de pyrite survenus vers 1999 ayant été réglés hors cour, certains aspects du drame qui se vivaient alors n'ont pas pu être rendus publics. Si la présence de pyrite avait alors fait l'objet de reportages, ce ne fut pas le cas pour la pyrrhotite.

La découverte d'André Dupont s'est d'ailleurs faite un peu par hasard.

«On voulait une maison plus petite», raconte-t-il.

M. Dupont et son épouse achètent donc une nouvelle résidence dont les fondations ont été coulées en 2002, sur la rue Papillon. Le lendemain de son achat, André Dupont soulève les tapis du sous-sol et y découvre des tas de grosses fissures.

Son agent immobilier avait pourtant affirmé que les constructions de 2002 ne contenaient pas de pyrrhotite.

André Dupont décide alors de faire expertiser sa nouvelle acquisition et du même coup, de faire expertiser sa première maison. Lorsque les résultats de l'analyse du béton arrivent, c'est le coup de masse. Les deux maisons contiennent de la pyrrhotite.

Coincé

André Dupont n'avait vraiment pas besoin d'une nouvelle comme ça. Il travaille en effet à la centrale nucléaire Gentilly-2 et Hydro-Québec ne lui a toujours pas dit où, au Québec, il pourra continuer à exercer son métier.

«Actuellement, on ne peut vendre aucune des deux maisons», dit-il, vraiment coincé.

Comme toutes les victimes de la pyrrhotite, ses moyens financiers ne sont pas illimités. «On ne peut pas lever deux maisons non plus», fait-il valoir.

Il se voit donc obligé d'entamer des procédures judiciaires pour essayer de résilier l'achat de sa nouvelle maison sur la base d'un vice caché. M. Dupont a l'intention de poursuivre l'agent immobilier qui lui a affirmé que la maison de la rue Papillon ne contenait pas de pyrrhotite. «L'agent immobilier aurait dû exiger des tests», estime-t-il.

Pour l'instant, M. Dupont doit prendre son courage à deux mains et faire changer les fondations de sa première propriété. Son cas est caractéristique de la plupart des victimes de la pyrrhotite. «Nous avons un piscine creusée, un spa, de l'asphalte, une clôture, des arbres à maturité, du pavé, un aménagement paysager avec murets de pierre», raconte-t-il, autant d'investissements coûteux qui seront de toute évidence perdus lors du levage de la maison.

André Dupont a peu espoir de récupérer son argent un jour. Les entreprises poursuivies dans le cadre du procès de la pyrrhotite qui s'amorce ce matin sont non seulement puissantes, dit-il, mais iront sûrement en appel. «Je ne me fais pas d'illusions», précise-t-il.

Maintenant qu'on sait qu'il existe des cas de pyrrhotite confirmés par analyse en 1996, 1998 et 2002, puis de 2004 à 2011, il faut se questionner sur le nombre réel de drames familiaux qui s'apprêtent à éclater en Mauricie.

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