Certaines personnalités connues du monde de l'aviation étaient présentes hier afin de manifester leur soutien aux entreprises d'aviation visées par le recours collectif. L'acteur et animateur Gaston Lepage, l'ex-gardien de but de la LNH Patrick Lalime et l'animatrice Carole St-Denis se sont joints à la campagne du RÉEL.
La pluie verglaçante d'hier matin a toutefois forcé Gaston Lepage a laissé son hélicoptère derrière lui et se rendre à Lac-à-la-Tortue en véhicule. De plus, l'animateur Louis Cyr et Georges Brossard de l'Insectarium de Montréal, qui devaient être là, n'ont pu être présents.
Rappelons que la Coalition contre le bruit a fixé une limite territoriale pour le recours collectif qui comprend, selon ses estimations, 2072 résidents. La coalition juge que ces résidents seraient incommodés par les vols d'hydravions touristiques. Le groupe demande 5000 $ pour chaque personne par année à partir de 2008.
«Ces gens-là n'ont pas été contactés», dénonce le porte-parole du RÉEL, Robert De La Chevrotière, qui espère que 1000 personnes visées par le recours collectif se désistent. «C'est vraiment un coup de poignard dans l'économie de Lac-à-la-Tortue.»
Gaston Lepage pilote depuis près de trente ans. Il connaît très bien les installations du lac à la Tortue. «C'est ici qu'est née dans tout le monde entier l'aviation commerciale. C'est important», lance sans hésiter Gaston Lepage.
«Le recours qu'il y a contre les opérateurs et la Ville risque de faire disparaître tout ça», ajoute l'acteur qui souhaite que les opposants dans ce dossier très sensible s'assoient à la même table et négocient.
«On pourrait s'entendre. Il y a moyen de faire survivre tout le monde», estime-t-il. Il avoue être sensible aux préoccupations de la Coalition contre le bruit tout en rappelant que les avions étaient là avant les résidents autour du lac à la Tortue.
«Je suis sensible au bruit. Mais si j'haïssais le bruit, j'irais pas m'installer à côté d'un aéroport ou d'une hydrobase. Je choisirais ma place ailleurs. Je demande un peu plus de tolérance de la part de tout le monde.»
Patrick Lalime est lui aussi pilote d'hélicoptère. Celui qui a adopté la région il y a 16 ans soutient que ce qui fait le charme du lac à la Tortue c'est justement son aéroport et ses avions. Il ajoute que les touristes sont attirés par les beautés de la région. «On est capable d'avoir une entente. On a déjà limité le nombre d'heures de vol. Mais les avions sont là depuis 1919. Il faut s'attendre à voir des avions quand on vient au lac à la Tortue», explique-t-il en précisant que selon lui, les citoyens devraient surtout s'intéresser à la qualité de l'eau du lac.
Le recours collectif de 51 millions $ envers les entreprises d'aviation et la Ville de Shawinigan pourrait avoir de très graves conséquences. Déjà, la Ville voit les effets sur ses finances.
«On voit déjà les impacts sur les finances de la Ville», confirme le maire de Shawinigan, Michel Angers, en précisant que les primes d'assurances de la Ville ont été augmentées.
«C'est de l'argent qu'on n'a pas», ajoute le conseiller municipal du district des Boisés, Bernard Cayouette.
Les entreprises d'aviation risquent la faillite si le juge accepte le recours collectif. «Quelle petite PME est capable de survivre?», demande la copropriétaire de Bel Air Laurentien aviation, Danielle Mongrain. Son entreprise embauche une trentaine de personnes.
«L'aviation est un bon morceau de l'économie d'ici [Lac-à-la-Tortue]», précise de son côté Gaston Lepage, acteur et pilote d'expérience. «Si le recours est approuvé, c'est sûr que l'aéroport ferme.»
Gaston Lepage met en perspective la «particularité» du recours collectif. «Il y a des gens intolérants qui ont décidé de se poursuivre eux-mêmes. Les entreprises feront faillite et la Ville se payera par les taxes. C'est ça qui est inouï», ajoute Gaston Lepage. «Les seuls qui vont faire de l'argent, ce sont les avocats.»
La présidente de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, Nancy Déziel, craint les impacts des procédures judiciaires sur les entreprises d'aviation du lac à la Tortue. «Je crains que les entreprises soient étouffées par les frais et qu'elles tombent», affirme-t-elle. «Et ça même si elles gagnent.»
Bernard Cayouette estime de plus, quelques jours après l'annonce de la fermeture de la machine numéro 10 de l'usine Laurentide de Shawinigan qui entraîne la perte de 111 emplois, que Shawinigan ne peut se permettre de perdre d'autres emplois.
Par ailleurs, l'Association des pilotes de brousse du Québec et l'Association des transporteurs aériens ont les yeux braqués sur le lac à la Tortue.
Leurs représentants estiment qu'il s'agit là du plus important dossier de cohabitation entre le monde de l'aviation et une communauté.