Il est question d'installer huit tours de communication du Saguenay-Lac-Saint-Jean à Shawinigan, dont trois sur le territoire de la MRC de Mékinac où existent des trous de service. Par ailleurs, trois des huit tours fonctionneront à l'énergie solaire assistée d'une génératrice au besoin. Une fois ces tours installées, l'organisme sans but lucratif qui gérera le réseau conclura des contrats de service avec des compagnies de télécommunication.
On ne sera pas surpris d'apprendre que deux d'entre elles seraient déjà très intéressées. Dispenser un service de téléphonie sans avoir à construire et payer les infrastructures, c'est ce qu'on appelle faire une bonne affaire.
Pour le maire de La Tuque, il ne fait aucun doute qu'on ne peut attendre que le privé paie pour ériger les tours, sinon il n'y aura jamais de service sur les territoires peu habités. Or, la téléphonie cellulaire est maintenant considérée par les élus comme un service essentiel. L'Internet haute vitesse aussi. Ce sont deux outils jugés indispensables au développement des régions, au même titre que l'eau potable et l'électricité.
Après avoir rencontré l'été dernier le ministre fédéral des Transports et député de la circonscription de Roberval-Lac-Saint-Jean, Denis Lebel, Normand Beaudoin attend maintenant impatiemment de discuter de ce dossier avec le ministre de l'Industrie, Christian Paradis, de qui relèvent les communications.
Mais l'agenda du ministre est surchargé et il faut s'armer de patience. «C'est un dossier de longue haleine, admet le maire de La Tuque en soupirant. Moi, je viens du privé, alors je piaffe souvent d'impatience. Depuis que je suis maire et même avant, qu'on entend parler du service de téléphonie déficient le long de la route 155. Mais ce qui m'a convaincu de prendre le beu'' par les cornes, c'est lorsque, à quelques mois d'intervalle, La Tuque a été privée de service complètement, une fois à cause d'un vol et l'autre à cause d'un accident.»
On sait que la situation de la téléphonie cellulaire est encore plus critique au nord de La Tuque où sur une longue distance, on ne trouve aucune habitation ou commerce. Or, le maire Beaudoin estime que le service de téléphonie pourrait sauver des vies.
«On roule parfois de 15 à 20 km sans voir âme qui vive et il arrive des accidents de temps en temps. Pour sauver ne serait-ce qu'une vie, ça vaut la peine. Sans compter que dans quelques années, tout le monde fonctionnera avec ce type de téléphonie. Il n'y aura plus de téléphonie avec fil.»
Après les deux pannes, la Ville a immédiatement tenté de voir comment elle pouvait éviter de tels problèmes à l'avenir. La solution s'est imposée rapidement, soit de déplacer la fibre optique le long de la route. «Tant qu'à faire ça, j'ai dit: mettons la téléphonie cellulaire avec. On a demandé aux Conférences régionales des élus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Mauricie de s'occuper de ce dossier. Mais ça a traîné. Je pense qu'elles étaient un peu découragées. Tout le monde était dans le dossier mais il n'y avait personne pour le mener. C'est là que j'ai dit: tassez-vous! Je suis au milieu moi et je vais m'en occuper. Je ne regarde pas le passé, mais je vais me servir des erreurs par exemple.»
Le maire Beaudoin a tablé sur ses affinités avec le ministre Denis Lebel, développées alors qu'il était maire de Roberval. «Comme président de la Chambre de commerce et d'industrie du Haut- Saint-Maurice, je l'avais invité avec le chef de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, pour nous dire comment les deux communautés travaillaient ensemble. Depuis ce temps-là, on a gardé le contact. C'est comme ça que j'ai obtenu une rencontre privée avec le ministre.»
Denis Lebel se serait montré très réceptif, raconte M. Beaudoin, car lui-même avait initié un dossier similaire dans sa région mais sans succès, à l'époque où il était maire. Par ailleurs, c'est un secret de Polichinelle que le ministre Lebel fait lui-même les frais du service déficient lorsqu'il rentre chez lui.
«C'est maintenant M. Paradis qui a le dossier et je suis en attente, poursuit M. Beaudoin. Mais je sais que le ministre Lebel suit ça d'un oeil attentif. On a même embarqué d'autres organismes du Saguenay-Lac-Saint-Jean dans le dossier, dont la chambre de commerce, pour faire le lien avec la Mauricie. On essaie d'aller chercher le maximum d'argent au fédéral et le reste auprès du nouveau gouvernement du Québec.»
Le maire de La Tuque ne voit pas pourquoi la Mauricie ne pourrait pas compter sur un service de téléphonie cellulaire alors qu'il est possible d'aller du Saguenay-Lac-Saint-Jean jusqu'à Tadoussac sans interruption de service. «C'est pourtant en région éloignée aussi», note-t-il.