Gentilly-2: onde de choc

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Montréal) Drame humain, tristesse totale, surprise complète. Voilà autant d'expressions utilisées hier par les dirigeants syndicaux pour décrire le désarroi vécu à l'intérieur des murs de Gentilly-2 à la suite de l'annonce officielle de sa fermeture par la première ministre du Québec.

«Les travailleurs sont très inquiets. Le téléphone n'arrête pas. On a du pain sur la planche. On ne connaît pas le plan de match», a confié le président du Syndicat des technologues, Jean-Charles Pelletier, en marge d'une conférence de presse organisée à Montréal.

S'il pouvait s'adresser directement à Pauline Marois, le représentant local aimerait bien lui dire que sa décision est «très rapide». «Je lui dirais que j'aurais aimé ça le savoir d'avance et de prendre le temps de voir», a-t-il ajouté.

Avec la fin de la vie utile de la centrale de Bécancour fixée au 28 décembre prochain, son homologue du Syndicat des employés de métier, Henri-Paul Masson, s'attendait à une convocation éventuelle. «Je trouve ça ordinaire», a-t-il laissé échapper, parlant d'un climat d'incertitude et même, de pleurs.

D'ailleurs, leurs porte-parole au national ont décrié la décision «précipitée et prématurée» du nouveau gouvernement. «L'arrêt des activités de la centrale affectera plusieurs milliers de personnes de la région. L'impact sera majeur sur l'économie de Béancour, Nicolet et Trois-Rivières. La région va perdre des centaines d'emplois spécialisés. Ce moteur économique sera arrêté et le Québec va perdre un atout important dans la diversité de sa production énergétique. Nous sommes surpris qu'une journée seulement après avoir formé son conseil des ministres, Pauline Marois décide de mettre la clé dans la porte», a déclaré la présidente du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) - Québec, Lucie Levasseur.

Celle-ci a rappelé qu'en campagne électorale, la chef péquiste avait promis une consultation avec les syndicats et l'ensemble des acteurs économiques de la région avant d'arrêter sa décision. «Elle avait promis de travailler sur une base de consensus», a-t-elle précisé, souhaitant rencontrer Mme Marois en plus de réclamer une commission parlementaire.

Pour sa part, le directeur québécois du SCFP, Michel Bibeault, est d'avis que la centrale est plus sécuritaire en fonction que fermée, une information qu'il aurait justement aimé communiquer au nouveau gouvernement.

«Comparée aux autres, Gentilly-2 est la cinquième meilleure au monde avec un taux de rendement de 82 %», a-t-il soutenu. Selon lui, la sécurité de la gestion des déchets nucléaires et la sécurité autour de la centrale est et demeurera une question sur laquelle on doit se pencher sérieusement. «Que va-t-il arriver aux 15 000 cartouches d'uranium irradié? Que va-t-on faire avec le terrain? Nous n'éliminerons pas le site de Gentilly-2 par miracle demain. Il vaut mieux l'exploiter et ainsi garder un oeil plus attentif dessus», prétend cet ancien employé d'Hydro-Québec.

Soulignant «qu'il n'y a pas eu de décès dans le nucléaire» au Québec, M. Bibeault se demande comment fermera-t-on la centrale de Bécancour. Et il a donné l'exemple du déclassement de la centrale de Brennilis, en Bretagne, qui, amorcé en 1985, n'est toujours pas complété et ne pourra l'être avant 2030.

Estimé initialement à 50 millions de dollars, le coût de démantèlement atteint aujourd'hui les 482 millions d'euros. Et au cours des différentes phases, «faute de gardiennage», des incidents sont survenus, dont une inondation de la nappe phréatique et un début de feu. «La sécurité de la centrale fermée nous interpelle et le meilleur moyen de l'assurer, c'est que ça continue comme ça», a-t-il poursuivi.

Représentante du secteur Énergie, la vice-présidente du SCFP-Québec, Ginette Paul, a évoqué les deux milliards d'investissements que la réfection de la centrale garantissait à la région.

«À la place, on parle de remplacer cet investissement par un fonds de 200 millions pour la diversification économique pour le Centre-du-Québec et la Mauricie. Va-t-il combler la perte d'activité économique liée à la fermeture de la centrale? Poser la question, c'est y répondre. Les communautés seront forcément affectées», prédit-elle. «Nous avons l'impression que le Parti québécois tourne le dos à la région», renchérit la représentante syndicale.

À son avis, un vrai débat doit avoir lieu sur la fermeture de cette centrale. «Que ça prenne la forme d'une commission parlementaire ou d'une audience publique, le travail de consultation doit être fait correctement», prévient Mme Paul. Finalement, il semble bien que la perte de 800 emplois sera nette, compte tenu qu'une très faible proportion d'employés de Gentilly-2 serait éligible à la retraite au cours des prochaines années. «On ne sait pas où on s'en va. La décision devrait être économique», a conclu M. Bibeault.

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