Enfin, j'ai fait mon devoir de citoyen et suivi l'invitation de IDÉ Trois-Rivières qui, dans le bulletin municipal d'automne, demandait de réserver un accueil cordial et courtois à ces touristes en croisière que nous cherchons à séduire tout en nous spécifiant que la majorité s'expriment en anglais, ce qui avait un certain sens puisqu'ils viennent d'Angleterre où, paraît-il, on parlerait couramment la langue de David Beckham.
Notez, ce n'est pas comme si, en général, on lançait des roches aux touristes en leur criant de retourner chez eux mais c'était quand même une délicate pensée.
Admettons-le: Trois-Rivières était sur son 36. Son 38, peut-être, parce qu'on a fait les choses en grand. Même un peu trop, je trouve. L'idée de la brume épaisse sur le fleuve, hier matin, pour que les Anglais se sentent comme chez eux, c'était un peu excessif. Ça a d'ailleurs mal parti ma journée parce que comme j'habite sur le bord du fleuve, j'étais exceptionnellement debout aux aurores pour voir passer le navire.
Une lourde et pudique purée de pois recouvrait le fleuve. Il fallait naviguer à la cuillère à soupe. Je n'ai donc rien vu et, entendre passer un bateau, même gros, même étranger, je vous le dis, c'est sans intérêt.
Ma blonde et moi, avons été forcés de remballer notre grande bannière disant Welcome to Trois-Rivières, Prince William and Kate! déployée sur le bord de l'eau. Dommage, elle était bien avec son portrait de la reine. Ben oui, c'était un billet de 20 $ à l'envers, et après?
Cela dit, avez-vous vu le bateau? Un géant! Immense, gigantesque. Huit ponts: je ne suis même pas certain qu'on en ait autant dans toute la ville. À peine plus petit que le ponton de Céline Dion, le Balmoral. Presque le maximum de ce qu'il est possible d'accueillir ici. Il existe bien un ou deux autres bateaux de croisières pouvant contenir plus de passagers capables de venir jusqu'à nous mais les autres ne passent pas sous le pont de Québec.
Autrement dit, ce qui freine l'explosion de notre industrie touristique, c'est cette vieille structure qui s'est déjà écroulée deux fois au cours de son histoire. J'en conclus qu'il ne faudrait pas une bien grosse charge de TNT pour que la prospérité se fraie un chemin jusqu'à nous.
Pour les policiers à l'écoute: ce n'est pas une suggestion, juste une innocente considération sur notre avenir et la création de richesse.
Parlant de créer de la richesse, le maire Lévesque, rencontré au parc portuaire, était surexcité, frénétique, survolté, fiévreux. Normal, quoi. S'il avait pu, il se serait littéralement arraché les cheveux de la tête pour plaire aux visiteurs. Je crois qu'il tentait de se faire élire maire du bateau et entre vous et moi, c'était in the pocket. Et nettement majoritaire, lui.
Le monstre des mers valait le coup d'oeil, même externe, et peu de Trifluviens s'en sont privés. Si je me base sur la grille de calcul des foules du FestiVoix, on devait être 250 000 personnes en après-midi. En tout cas, ça contrevenait à la loi 12 parce que personne n'avait soumis d'itinéraire à la police. Vers 14 h, il y avait bouchon de circulation rue des Forges. Je veux bien croire que c'est l'heure de Shopping TVA à la télé, mais habituellement, nul besoin de rouler sur le trottoir pour se rendre au fleuve.
Rue des Ursulines, les promeneurs avaient l'accent nettement plus québécois que britannique. Ça prenait bien un bateau anglais pour amener les Trifluviens à goûter les charmes de leur propre ville.
Se pourrait-il que les retombées les plus significatives ne s'accompagnent pas de signes de dollar?