Les spécialistes en munitions en ont fait détonner 34 sur place.
Ce ne sont là que certains des 300 000 projectiles qui ont été tirés dans le fleuve Saint-Laurent, pendant 50 ans, à partir du Centre d'essais et d'expérimentation de munitions de la Défense nationale à Nicolet.
Cette année, les spécialistes formés à la reconnaissance des obus et autres projectiles d'artillerie lourde ont pu bénéficier du niveau anormalement bas du fleuve pour ratisser les berges.
L'exercice a été répété pendant plusieurs années, mais «depuis les quatre derniers contrats, on ne récupérait plus rien sauf quelques fragments», raconte Josée Gagnon, ingénieure et chef d'équipe des services environnementaux de Construction de Défense Canada.
Mais voilà que la sécheresse prolongée de cette année vient tout changer. Des dizaines de projectiles sont maintenant visibles dans le sable des nouvelles plages, en face de Nicolet.
Durant ce chantier, raconte Mme Gagnon, le personnel a dû mettre en garde des citoyens qui semblaient complètement inconscients du danger que représentent les munitions qui reposent sur les plages nouvellement exondées.
«L'un d'eux se promenait avec ses enfants en 4 roues, nus pieds», raconte-t-elle.
«C'était la pêche, à qui en trouve le plus», ajoute-t-elle, en espérant que les détonations entendues par les résidents du secteur au cours des derniers jours sauront convaincre les gens qu'il ne s'agit pas d'un jeu.
«Les gens nous disent: Vous venez de Montréal et nous, on est d'ici, on a été élevé avec ça et il n'est jamais rien arrivé. Vous dramatisez», rapporte Mme Gagnon avec un certain effroi.
Pourtant, les 34 projectiles que les spécialistes en munitions ont fait détonner, au cours des derniers jours, étaient trop dangereux pour être simplement déplacés et transportés.
Avant chaque détonation, le personnel, au nombre d'une quinzaine, s'assure donc de délimiter une zone d'exclusion.
«Ça prend des sentinelles pendant qu'on fait sauter ça pour s'assurer que personne ne puisse entrer dans la zone d'exclusion», explique Mme Gagnon.
Josée Gagnon en appelle à la prudence des quelques usagers qui fréquentent les plages publiques nouvellement formées.
«Si l'on trouve ce genre d'objet, il faut appeler le 911. On ne peut pas s'improviser expert. C'est dangereux. Il faut toujours prendre pour acquis que c'est explosif», insiste-t-elle.
Fort heureusement, le niveau de l'eau recommence à monter tranquillement. «Sur le plan de la sécurité, c'est moins stressant», reconnaît Mme Gagnon.
Cette dernière assure que désormais, si jamais le fleuve en arrive encore à baisser de niveau de la sorte, «il va falloir s'assurer de faire des suivis» et expliquer plus souvent aux gens les danger de ces projectiles, dit-elle.
«Ça prend une formation spécialisée pour être capable de voir si une amorce est une vraie ou un bouchon représentant une fusée. Pour un non-expert, c'est la même affaire», fait-elle valoir.
Cette phase de travaux devrait se terminer d'ici le week-end.
Les tirs de munitions dans le lac Saint-Pierre ont cessé le 1er janvier 2000 et le gouvernement fédéral a depuis amorcé un programme visant à retirer des eaux le plus possible de ces projectiles, dont certains sont encore explosifs, malgré leur long séjour sous l'eau.