Habitué des aventures axées sur le plein air et l'activité physique, le Trifluvien avait choisi cette année de se faire déposer par un hydravion quelque part au nord de la Mauricie, sans carte ni GPS, sans nourriture non plus. Comme son aventure en était une de «survie» et qu'il était prêt à se perdre mais non à disparaître (!), Frédéric Dion avait tout de même apporté un couteau, un briquet, du ruban adhésif, une boussole, du fil à pêche, un hameçon, du fil à collet, une tête de hache et un tire-roches.
Une embarcation pneumatique (un packraft) faisait aussi partie de ses maigres bagages. L'hydravion avait déposé l'aventurier sur le bord d'un lac, situé quelque part au nord-ouest du lac Manicouagan et au nord-est du lac Mistassini. Le brave volontairement perdu a pris la direction sud, qui l'a mené vers la rivière Péribonka. Il a descendu le cours d'eau jusqu'à l'atteinte d'une terre plus hospitalière, où l'aqueduc et l'électricité ne sont pas optionnels, dans la région du lac Saint-Jean.
Il a rencontré ses premiers êtres humains au jour 10 de son aventure, de généreux villégiateurs qui lui ont offert un copieux déjeuner («trois oeufs et du bacon», précise celui qui, depuis plus d'une semaine, ne s'était nourri que de bleuets, de lichens, de quelques truites, du contenu de sachets de sucre et de soupe en poudre, d'un écureuil et de fourmis).
Pluie, moustiques, famine
Trois obstacles se sont imposés dans son aventure au quotidien: la pluie, les moustiques et la quasi-famine. «Ça n'a pas été facile. Je savais que ce serait difficile, mais je ne m'attendais pas à avoir autant de bibittes, autant de pluie et si peu de nourriture», résumait-il hier matin, après avoir immobilisé son packraft sur les berges de Maïkan Aventure, d'où il était parti le 6 août et où l'attendaient une soixantaine de personnes.
Les bibittes auxquelles Frédéric Dion fait allusion se sont chargées de lui souhaiter la bienvenue dès les premiers instants de son périple. «Juste sur ma main gauche, j'ai compté 80 piqûres. J'ai les oreilles complètement boursouflées. C'est l'enfer», confiait-il le 9 août sur le blogue documentant son aventure.
Deux jours plus tard, il faisait ce constat devant le miroir posé sur le mur d'un camp de chasse abandonné: «C'est inimaginable. J'ai le visage couvert de piqûres, très enflé, avec de grosses gales sur mes joues. C'est pas compliqué, j'ai l'air d'un monstre.» Heureusement pour lui, son visage était revenu lisse et pâle - et certainement moins souffrant - pour son retour à la maison hier.
Pour ce qui est de la pluie, elle a accompagné l'homme pendant une partie de son voyage et n'a pas ajouté une touche «confort» à son périple. Pas de parapluie, évidemment, ni de garde-robe de rechange. «Je me rends compte que la météo fait finalement toute la différence dans ma qualité de vie», observait-il le 9 août. «On a beau être entraîné, nos chances de succès dépendent vraiment de la météo», ajoutait-il quatre jours plus tard.
La faim s'est révélée un écueil peut-être sous-estimé, un irritant, si on peut dire, qui a limité les forces de celui qui espérait de meilleures pêches et des prises au collet plus généreuses. Quand votre «viande» provient d'un écureuil ou de fourmis, c'est que vous avez vraiment faim.
Pour ceux que ça intéresse, «les fourmis, c'est moins pire qu'on l'imagine, c'est un peu amer mais ça va. Et les grosses n'ont pas du tout le même goût que les petites».
Malgré tout, Frédéric Dion semblait fier d'avoir réalisé ce qu'il préfère qualifier d'aventure, de défi personnel plutôt que d'exploit. Il associe le plaisir ressenti à l'effort investi. «Plus on met d'effort, plus on a droit à un plaisir plus fort. Pour moi, l'effort est récompensé par la joie de les revoir», disait-il hier en regardant sa conjointe Caroline et leurs deux filles Adélie, quatre ans, et Danaëlle, à peine un an.
Il a d'ailleurs remercié sa famille, en lançant: «Le plus beau cadeau qu'on peut faire à ceux qu'on aime est de les
encourager à faire ce qu'ils veulent faire». Après ses 11 jours de disette, Frédéric Dion croit que «tout va goûter meilleur et le lit va être plus confortable». Il avait déjà eu un avant-goût de retour au «luxe» jeudi, en attaquant un gros hamburger accompagné de frites à Saint-Ludger-de-Milot, où son père et un ami l'attendaient avant d'être conduit (en voiture!) à Québec pour y passer la nuit.
Il est encore trop tôt pour annoncer le montant qui aura été recueilli au profit d'Opération Enfant Soleil, la cause à laquelle Frédéric Dion a décidé de contribuer.