Le 4 février dernier, la vie du Shawiniganais a pris une tournure inattendue lorsque le minibus qu'il conduisait a été impliqué dans un accident avec un taxi qui a fait trois morts, sur une route de la région du Yucatan au Mexique.
Cette mésaventure l'a conduit directement en prison, où il a été contraint de passer 46 jours avant de finalement obtenir sa libération, moyennant une caution de 46 000 $.
Six mois ont passé depuis cette sombre soirée et, paisiblement installé au domicile familial, le jeune homme de 25 ans semble bien soulagé de pouvoir mettre cet épisode derrière lui.
«Depuis mon retour, j'ai profité de mon temps ici avec ma famille et mes amis. Pour moi, tout ce qui ressort de cette expérience-là, c'est du positif. C'est certain que c'est un événement traumatisant et ça demeure une tragédie parce qu'il y a eu des décès dans l'accident et j'ai fait de la prison. Par contre, je me considère chanceux car ça n'a pas entraîné de traumatisme chez moi ou chez mes amis, heureusement, et ça s'est bien fini», raconte-t-il, dans le confort de son domicile shawiniganais. «C'est juste une page de plus à mon parcours!», ajoute-t-il en rigolant.
Même s'il avoue avoir eu la frousse, notamment pendant ses 46 jours de pénitencier, sa soif d'aventure n'a pas été altérée pour autant. Il compte toutefois s'accorder une petite pause avant de reprendre son sac à dos. Avant la collision avec le taxi mexicain, cela faisait cinq ans qu'il voyageait pratiquement sans arrêt.
«Un voyage, c'est sûr que ça peut être dangereux, mais en même temps ça peut être merveilleux. Il ne faut pas se décourager de voyager. Par contre, pour l'instant, je ne ressens pas l'appel pour repartir tout de suite», soutient le jeune homme.
Avec le recul, Jean-François Beaudet n'en démord pas: c'est bien malgré lui qu'il s'est retrouvé plongé en plein cauchemar en raison d'un bête accident attribuable aux mauvaises conditions routières mexicaines.
D'ailleurs, si jamais il devait remettre les pieds en sol mexicain, il modifierait quelque peu ses habitudes. «Je n'ai rien à me reprocher, c'était un accident. Mais si j'y retourne, je ne conduirai pas de nuit. Dès que le soleil tombe, j'arrêterais pour ne repartir que le lendemain», jure-t-il, en rappelant les piètres conditions de la route.
Angoisse, panique, inquiétude
Néanmoins, le Shawiniganais rappelle que c'est au moment de l'accident qu'il a eu sa plus grande frousse. Dès sa sortie de l'autobus, les jambes ensanglantées, il voyait déjà le pire se dessiner pour lui et son groupe d'amis.
«C'est là que j'ai eu la plus grosse panique. En sortant du bus, je me suis couché par terre car j'étais coupé sur les jambes. Les ambulanciers sont arrivés et là tout ce que je voyais c'était la fin pour nous. On allait être pognés au Mexique, se rappelle-t-il. Puis, une fois à l'hôpital, on m'a averti que les occupants du taxi étaient morts. Là, j'ai vraiment eu un gros down.»
Cependant, c'est en sol québécois que les moments les plus angoissants se sont écoulés... du côté de sa famille. «En bout de ligne, c'est ma mère qui a le plus souffert. Elle n'était plus capable de dormir ou de manger, tellement elle était angoissée», admet-il.
Si le mot «prison» peut effrayer bien des gens, Jean-François Beaudet souligne toutefois ne pas avoir été maltraité lors de son incarcération. À l'entendre parler, on jurerait quasiment qu'il a aimé son séjour derrière les barreaux!
«En prison, j'ai été bien traité. Ç'a quand même été une bonne expérience de vie. Les gens étaient corrects avec moi. Selon ce que les autres prisonniers m'ont raconté, j'ai été chanceux de tomber sur cet établissement. Comme j'étais un étranger, ils m'ont placé avec les gens en attente de procès et ceux qui devaient être protégés. Dans ma cellule, il y avait un lit et quatre hamacs et un soir, on a été jusqu'à 11 personnes dans cette petite pièce!», raconte celui qui gardera tout de même un goût amer du système de justice mexicain. «Les Mexicains sont un bon peuple, mais leur justice, c'est affreux.»
El Guagua se poursuit
Même si leur projet documentaire s'est abruptement arrêté le soir du 4 février, les membres du groupe El Guagua ont encore la tête pleine de projets. D'ailleurs, Jean-François Beaudet vient tout juste de déménager à Montréal où il partagera un appartement en compagnie de ses fidèles compagnons de voyage.
Dans la métropole, il retrouvera ainsi Alexandre Rouleau, Keven Lavoie, Éric Lévesque, Olivier Lemieux, Andréanne Simard, avec lesquels il planchera sur de nouveaux projets cinématographiques. «C'est certain que notre trip a été coupé là avec cet événement. On n'avait plus d'argent. On ne pouvait plus rien faire là-bas. Il fallait revenir, c'était évident. Mais ce n'est qu'un nouveau départ pour moi, pour nous», explique-t-il. Un retour sur les bancs d'école pour parfaire les techniques de montage vidéo est d'ailleurs dans les plans du Shawiniganais. «On ne veut pas arrêter de vivre ensemble. On va se fabriquer un mini studio dans l'appartement. On a encore plein de projets communs», assure-t-il.
Il reste les assurances à régler
De retour au pays depuis le 25 mars, Jean-François Beaudet ne peut pas complètement tirer un trait sur son voyage mexicain encore. Il reste la fameuse question des assurances à régler puisque la compagnie refuse de payer la somme de 46 000 $ qu'a dû débourser le Shawiniganais pour sortir de prison.
S'il a pu recouvrer sa liberté, c'est grâce aux 16 000 $ amassés lors de différentes activités de financement pendant sa détention et aussi à un autre 30 000 $ défrayé par ses parents ainsi que des parents de ses amis du groupe El Guagua.
Toujours en contact avec son avocat mexicain, Jean-François Beaudet ne désespère pas de voir la compagnie d'assurances changer son fusil d'épaule. Mais il ne se berce pas d'illusions non plus.
«Les assurances ont refusé de débourser pour la caution puisque j'avais de la marijuana dans mon sac. Même la juge a dit que ça n'avait pas de bon sens, que ça ne constituait pas une preuve et qu'ils étaient supposés payer», explique-t-il.
«J'espère, mais je ne peux pas me fier que les assurances vont payer. Après tout, c'est au Mexique et là-bas, c'est assez corrompu», tranche le Shawiniganais.
D'ici là, lui et ses amis du groupe El Guagua tentent d'économiser de l'argent pour rembourser les 30 000 $ qui ont été avancés pour permettre sa libération.