Ce bris «n'a eu aucun effet sur la santé des travailleurs ni sur l'environnement», affirme Isabelle Thellen du service des communications chez Hydro-Québec.
«Dans les réacteurs CANDU comme celui de Gentilly-2, l'eau lourde agit comme modérateur de neutrons, c'est-à-dire qu'elle ralentit l'activité issue des réactions de fission nucléaire», explique Hydro-Québec sur son site web.
Cet événement succède à deux épisodes de fuites d'eau lourde survenues les 26 avril et 18 mai dernier.
Le rapport du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs parle d'une fuite de 70 litres, dans le premier cas, tandis que pour le 18 mai, il s'agit de 15 litres. Toutefois, ces émissions respectaient les limites opérationnelles de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, a précisé le MDDEP dans son rapport.
En août 2011, on se rappellera que la centrale avait aussi été arrêtée pendant plusieurs mois. Hydro-Québec avait d'abord planifié un arrêt pour 70 jours afin de «remplacer une vanne de ventilation défectueuse.» Ce que la société d'État n'avait pas dit, à ce moment-là, c'est qu'elle a dû corriger la conception des vannes de refroidissement d'urgence du coeur du réacteur, une lacune qui avait été dépistée en 2007.
En juin 2011, deux vannes de drainage usées ont causé une autre fuite d'eau lourde qui aurait dû se retrouver dans le système de recueil. Ce dernier n'étant pas étanche, le caloporteur s'est mis à fuir par le hublot et 200 litres d'eau lourde se sont retrouvés dans le fond du bâtiment du réacteur.
Depuis 2004, les bris et arrêts se multiplient à la centrale. En novembre 2004, des travaux de maintenance annuels ont été plus longs que prévu car des pièces maîtresses de la turbine principale ont dû être remplacées. En mai 2004, un bris d'alternateur a forcé l'arrêt de production pendant trois semaines.
En novembre 2007, la centrale est à nouveau interrompue en raison du bris d'un appareil servant à charger et décharger le combustible dans le réacteur.
En mai 2008, un nouveau bris d'équipement est signalé. Cette fois l'incident survient dans une enceinte isolée du bâtiment du réacteur au moment du déchargement du combustible irradié.
Le mois de mai 2010 est ensuite marqué par un nouveau déversement d'eau lourde.
Le porte-parole du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire, Philippe Giroul et le physicien nucléaire Michel Duguay, personne-ressource pour l'organisme, expliquent que cette série de bris est «normale pour un réacteur en fin de vie. Il y a des arrêts fréquents et prolongés. Il faut réparer, etc. C'est ce qui s'est passé à Point Lepreau (la centrale jumelle de Gentilly-2 au Nouveau-Brunswick)», signale M. Giroul dont l'organisme réclame la fermeture de Gentilly-2.
«Le réacteur de Point Lepreau est entré en phase de réfection trois ans plus tôt que prévu, au départ, à cause de problèmes de maintenance», signale le professeur Duguay.
Selon un document de l'Association canadienne nucléaire, la performance de Gentilly-2, en 2009, n'a été que de 65,4 % par rapport à sa performance moyenne de 78,4 % depuis 1983.
Philippe Giroul remet en question les affirmations d'Hydro-Québec selon lesquelles la centrale G-2 est indispensable, car elle sert à stabiliser le réseau électrique.
Si tel est le cas, dit-il, il aurait fallu acheter des chandelles, l'an dernier, lorsque le réacteur a été arrêté pendant plusieurs mois.
Isabelle Thellen, d'Hydro-Québec signale que la mise en service de la centrale d'Eastmain, le 28 juin dernier, s'ajoute maintenant à la capacité du réseau.
Vu l'état d'usure de la centrale, la Commission canadienne de sûreté nucléaire a donné à Hydro-Québec jusqu'en décembre 2012 pour procéder à l'arrêt du réacteur, après quoi, elle devra procéder soit à la réfection (ce qui est son intention) soit au déclassement, comme le réclament les groupes environnementaux.
La décision du gouvernement du Québec n'a pas encore été annoncée.