Des traces du tramway mises au jour

Éléonore Aubut-Robitaille, archéologue chargée du projet des fouilles... (Photo: François Gervais)

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Éléonore Aubut-Robitaille, archéologue chargée du projet des fouilles à la place Pierre-Boucher, montre les traverses du tramway datant de 1915 retrouvées sous la rue des Casernes cette semaine.

Photo: François Gervais

Marie-Josée Montminy

Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Moins d'un an après la découverte des traces de la palissade confirmant la fortification du bourg de Trois-Rivières aux XVIIe et XVIIIe siècles, les traverses de bois ayant guidé le tramway à cet endroit de 1915 à 1933 ont été mises au jour à la place Pierre-Boucher. Ces témoins matériels de l'histoire trifluvienne se sont dévoilés dans le cadre des travaux de réaménagement de la place jouxtant le flambeau.

L'été dernier, une équipe d'archéologues dirigée par Éléonore Aubut-Robitaille avait mené des fouilles dans l'arrondissement historique, dans l'optique d'identifier des vestiges ou de trouver des artéfacts pouvant être mis en valeur dans les plans de réaménagement de la place.

Outre les traces de la palissade, les six aires de fouilles ont permis de révéler des sections de murs de l'ancienne église paroissiale, de repérer des fosses de sépulture et d'exhumation et de découvrir de nombreux artefacts associés à la vie domestique des premiers Trifluviens.

Le mandat de l'équipe deMme Aubut-Robitaille comportait aussi une tâche de «surveillance» des travaux de réaménagement de la place Pierre-Boucher. C'est dans ce contexte que furent aperçus les rails de bois ayant soutenu les tramways qui ont sillonné les rues de Trois-Rivières pendant 18 ans.

«On avait réalisé beaucoup d'interventions ici l'été passé. On connaissait bien le terrain, et on s'attendait à trouver des vestiges des traverses. Mais de les trouver aussi bien conservées que cela, ça m'a étonnée!», commentait l'archéologue jeudi, après avoir identifié les quatre traverses qui seront récupérées soit pour une potentielle exposition ou pour une analyse d'essence de bois utilisé dans la construction des rails.

La tâche de surveillance de chantier vise à s'assurer que des éléments significatifs pour l'histoire ne sont pas détruits dans le processus d'excavation. Pas, du moins, après avoir été documentés par les spécialistes.

Ainsi, les rails du tramway, découvertes sous une couche d'asphalte et une autre de béton, ont été photographiées, arpentées et décrites de façon à documenter le tracé et la constitution de ce premier moyen de transport collectif à Trois-Rivières.

Comme le fait remarquer l'archéologue chargée des fouilles et de leur suivi, cette découverte permet de compléter la trame de l'histoire de Trois-Rivières du XVIIe siècle (la palissade) au XXe siècle (le tramway).

«Ce sont des vestiges du Trois-Rivières moderne, celui d'après l'incendie de 1908. On a une séquence d'occupation continue, de la pré-histoire au XXe siècle», apprécie Mme Aubut-Robitaille.

Le tramway

Comme l'indique Jean Lord dans l'étude qu'il a réalisée sur le sujet, c'est à la fin de mai 1915 que débutèrent les travaux d'installation des rails, après des années de discussions, démarches et élaborations de projets.

Le premier système de transport en commun de la ville de Trois-Rivières a été inauguré sept mois plus tard, le 11 décembre, en présence de 300 personnes.

À l'origine, six tramways comptant 36 places assises sillonnaient un circuit de 6,3 km, désigné par le nom Belt Line.

Cette «voie de ceinture» empruntait les rues Sainte-Cécile (à partir de Saint-Maurice), Notre-Dame, des Forges, Champlain, Saint-Georges, Sainte-Marie et Chamflour. La portion de la rue des Casernes où on a trouvé les rails s'appelait Notre-Dame, en continuité avec l'actuelle rue des Ursulines qui a porté ce nom (Notre-Dame) jusqu'en 1947.

En 1916, le service de tramways fut étendu jusqu'à Cap-de-la-Madeleine, et en 1923, un nouveau trajet de 3,2 km partait de l'intersection des rues Notre-Dame et des Forges et parcourait les rues du Platon, du Fleuve, Saint-Antoine, Notre-Dame, Saint-Georges, Saint-Philippe, Normand et Saint-Olivier jusqu'à l'usine St.Lawrence (aujourd'hui la Kruger).

Après la crise de 1929, la compagnie de transport (Three Rivers Traction Company) a intégré des autobus à son système de transport public, de façon à augmenter la rentabilité et l'accessibilité de son réseau.

Dès le 29 septembre 1930, les autobus ont progressivement remplacé les tramways jusqu'à la mise au rancart définitive de ces derniers le 12 septembre 1933.

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